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Revue de presse

Les nuages s’accumulent pour les futurs retraités

27 janvier 2015 | La rédaction | Commenter

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retraite_aine_nuage_inquiet_425Relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 67, voire 70 ans, mécanismes d’indexation moins favorables aux salariés, contingentement des préretraites : la plupart des pays industrialisés ont cherché à réduire le coût collectif de leurs pensions au cours des 10 dernières années.

Même si environ le tiers d’entre eux, dont le Canada, ont aussi engagé des efforts pour renforcer les filets de sécurité et aider certaines catégories de personnes ayant quitté le marché du travail sans avoir suffisamment cotisé, la situation de plusieurs futurs retraités de classe moyenne s’annonce difficile, si l’on en croit les prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En effet, l’évolution du marché du travail ainsi que l’accélération du vieillissement de la population auront des répercussions sur le niveau des pensions et représenteront des « défis importants », prévoit l’organisation internationale. Sans compter que tous ceux qui préparent leur retraite devront également tenir compte d’autres obstacles qui pourraient remettre en cause leur souhait d’avoir une fin de vie confortable et paisible.

1) Le niveau de vie des retraités va chuter

C’est en tout cas ce que prévoit une étude de l’OCDE publiée en décembre dernier, qui recommande à tous les gouvernements de réagir rapidement pour enrayer ce phénomène.

« Les réformes menées récemment ont amélioré la pérennité financière des systèmes de retraite et le niveau de vie des retraités. Toutefois, la générosité des droits à pension devrait fortement diminuer pour les générations futures et de nombreux pays pourraient être confrontés à un risque sérieux de pauvreté parmi [leurs] retraités », met en garde l’institution, qui dresse un portrait plutôt positif de la situation au Canada (en anglais).

L’OCDE souligne par ailleurs « les nouvelles difficultés à plus long terme (…) apparues à la suite de la crise financière et économique », à la fois pour les épargnants et pour les prestataires de services financiers tels que les contrats d’assurance vie et les rentes viagères. En effet, indique-t-elle, « la faiblesse des taux de croissance actuels et un environnement marqué par des taux d’intérêt bas ne permettent pas d’obtenir les rendements nécessaires pour atteindre des niveaux de pension appropriés ».

Sa conclusion? « Tout ceci peut pousser les organismes de retraite et les assureurs-vie à mettre en place des stratégies d’investissement plus risquées susceptibles d’éroder, in fine, leur solvabilité » et de « mettre en péril la sécurité actuelle et future des revenus des retraités ».

2) Quand les enfants retardent la retraite de leurs parents

Autre phénomène relativement nouveau mis en exergue par un récent sondage de BMO Gestion de patrimoine : un tiers des parents canadiens ayant des enfants âgés de 18 à 34 ans disent épargner moins que prévu pour la retraite parce qu’ils les soutiennent financièrement. La moitié d’entre eux seraient même prêts à quitter le marché du travail plus tard que prévu afin de poursuivre ce soutien, tandis que 32 % seraient prêts à s’offrir une retraite moins confortable. Toujours d’après ce sondage, 22 % des parents iraient jusqu’à s’endetter et 19 % accepteraient de puiser dans leur épargne-retraite pour aider leur progéniture.

S’ils sont prêts à faire ces sacrifices, constate BMO, c’est avant tout parce qu’ils sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants adultes. Leurs principaux soucis concernent les problèmes financiers liés à l’endettement (41 %), les difficultés à atteindre l’indépendance financière (34 %) et l’insuffisance ou le manque de travail (31 %).

En parallèle, un autre sondage, cette fois de RBC Planification financière, démontre qu’une majorité des 18 à 34 ans (72 %) se disent également prêts à aider leurs parents à subvenir à leurs besoins durant leurs vieux jours… mais que les trois quarts de ces derniers (76 %) refuseraient ce coup de main.

D’après RBC, ce refus des baby-boomers est dû au fait qu’ils jugent que la génération de leurs enfants subit davantage de pressions financières (61 %) et est moins bien préparée pour la retraite (59 %) que la leur. Et pourtant, plus du tiers (37 %) des 50 à 69 ans ayant déterminé le montant qu’il leur faudra pour vivre à cette étape de la vie estiment être en retard ou très en retard par rapport à ce qu’ils avaient prévu en matière d’épargne.

3) Le poids de la démographie

L’espérance de vie au Canada chez les personnes de 65 ans s’est accrue de près de 40 % de 1966 à 2013 et elle devrait continuer de s’allonger de 10 % à 15 % d’ici à 2050, note Denis Méthot dans un article publié sur le site Conseiller.ca. Or, cette augmentation de la longévité « a déjà eu un impact majeur sur les régimes de retraite, notamment dans le secteur public, et ses effets vont continuer de s’amplifier alors que les gens vivront de plus en plus longtemps », observe-t-il.

L’article cite Louis Adam, professeur d’actuariat à l’Université Laval, qui souligne que si « vivre plus vieux est une bonne nouvelle pour les êtres humains, c’en est une mauvaise pour les régimes de retraite ». De son côté, Serge Charbonneau, actuaire et associé chez Morneau Shepell, estime que ce phénomène « aura un impact inévitable sur l’économie et la consommation » et qu’il est impératif de bâtir de nouvelles tables de mortalité des retraités. Selon lui, une femme de 65 ans aujourd’hui peut espérer vivre en moyenne encore 22,2 ans et un homme 19,4 ans.

Par ailleurs, les données recueillies par Louis Adam suggèrent qu’il existe un lien direct entre les revenus et la longévité. Ainsi, les mieux nantis peuvent espérer vivre plus longtemps que les autres, car leurs taux de longévité progressent plus vite (3,5 % par an, comparativement à 2,8 %).

4) Les résidences pour les personnes âgées sont de plus en plus chères

En matière de finances personnelles, la prudence veut que l’on ne consacre pas plus du tiers de ses revenus au logement. Or les résidences de personnes âgées, ayant des loyers mensuels pouvant atteindre 2 500 $ par mois, engloutissent la majeure partie des revenus de leurs locataires, met en garde Jean-Sébastien Marsan, dans le site de TVA Nouvelles.

Ainsi, le plus récent rapport du Réseau FADOQ (ex-Fédération de l’âge d’or du Québec) indique notamment qu’« une femme seule en résidence avec un revenu de 18 000 $ dédie 88 % de son budget à son logement et à ses services ». De même, le coût moyen d’une place régulière en résidence, en 2014, était de 1 557 $ par mois, tandis qu’une place avec « soins assidus » coûtait 2 656 $.

Dressant un portrait de la situation au Québec, Jean-Sébastien Marsan rappelle qu’il existe six types de résidences, mais que les établissements privés à but lucratif représentent 72 % des maisons pour personnes âgées. Or, note-t-il, en raison de la faible capacité d’accueil du réseau public de la santé, c’est souvent vers eux que se tournent les Québécois.

Même si l’aide du gouvernement du Québec pour le maintien à domicile permet de réduire les frais de loyer, le Réseau Fadoq souligne que son coût total après crédit d’impôt représente plus de 15 000 $ annuellement, soit « une dépense considérable pour un nombre important d’aînés ».

5) En France aussi, la retraite s’amenuise et devient plus tardive

« Imaginez un marathon durant lequel les organisateurs repousseraient sans cesse la ligne d’arrivée. Cruel ? C’est pourtant ce que vivent les Français, pour lesquels l’horizon de la retraite s’éloigne réforme après réforme », écrit Frédéric Cazenave dans Le Monde.

Pourtant, relève le journaliste, les reports successifs de l’âge légal de départ à la retraite ne généreront que 500 millions d’euros d’économie en 2020 (environ 760 millions de dollars canadiens) et 800 millions (1,2 milliard) à l’horizon 2030, soit un très faible montant à l’échelle du budget de l’État français. « En théorie, souligne-t-il, rester plus longtemps en activité ne serait pas dramatique, puisque notre espérance de vie ne cesse de s’allonger. (…) À ceci près que l’espérance de vie en bonne santé a, elle, tendance à stagner » (63,5 ans en France, selon les statistiques officielles).

Surtout, ajoutent deux experts du Centre d’études européennes de Sciences Po et de l’Observatoire français des conjonctures économiques cités dans l’article, « il existe une contradiction énorme entre le report de l’âge du départ à la retraite et l’état actuel du marché du travail », puisqu’« à partir de 55 ans, il est quasi impossible d’en retrouver un ».

« Ce paradoxe entre un marché de l’emploi toujours plus difficile et la nécessité de travailler davantage explique en grande partie l’angoisse croissante des Français lorsqu’ils pensent à leur retraite », conclut Frédéric Cazenave.

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