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Revue de presse

Retraite : entre plans et réalité

18 mai 2017 | La rédaction | Commenter

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boomers_finance_epargne_plan_stress_425À quel âge vos clients pensent-ils prendre leur retraite? Combien d’années durera-t-elle? Auront-ils assez d’argent pour profiter réellement de leur temps libre? Et quel sera le coût de la vie à ce moment? Ces questions, et beaucoup d’autres sont au centre des préoccupations de la plupart des épargnants.

Beaucoup constatent que les rendements offerts par la plupart des véhicules de placements dépassent à peine le niveau de l’inflation, ce qui les empêchera de toucher un revenu décent à leur sortie du marché du travail. Et comme le soulignaient l’automne dernier l’Autorité des marchés financiers (AMF) et Question Retraite, ce facteur combiné à l’allongement de l’espérance de vie complique désormais l’existence de nombreux citoyens.

Une étude publiée en février par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke démontre que plusieurs Québécois sont pessimistes quant au financement de leurs vieux jours. Basée sur un sondage en ligne réalisé en novembre dernier par CROP auprès de 900 personnes, elle relève que 46 % des répondants pensent qu’ils n’auront pas un niveau de vie convenable à ce moment-là. Et même si les 55-64 ans sont plus confiants d’y parvenir (71 %), ce résultat plutôt inquiétant devrait inciter chaque travailleur à « planifier en conséquence », soulignent l’AMF et Question Retraite.

1) Les Canadiens vivent plus longtemps… et se préparent moins

Devant faire face à la perspective de vivre une retraite qui pourrait durer 25 ou 30 ans, voire davantage, les baby-boomers semblent pourtant peu enclins à se donner les moyens financiers de s’adapter à cette nouvelle réalité. Analysant un sondage publié en février par la RBC, Conseiller rapporte ainsi que seulement un tiers des 2 000 Canadiens interrogés (33 %) envisagent de modifier leurs plans, alors même que près de la moitié (46 %) des plus de 55 ans « estiment être “un peu en retard” ou “encore bien loin” » par rapport à leur objectif d’épargne-retraite.

Pourtant, souligne Conseiller, « trois de leurs principales préoccupations sont liées à la longévité : maintenir leur niveau de vie (39 %), avoir suffisamment d’épargne (37 %) et couvrir le coût des soins de santé (34 %). » Viennent ensuite, dans l’ordre : « Comment puis-je optimiser l’emploi de mon épargne? (26 %); comment vais-je gérer l’inflation à la retraite? (20 %); à quels changements à mon mode de vie devrais-je m’attendre à la retraite? (19 %); comment vais-je gérer mes dettes à la retraite? (15 %); comment pourrai-je toucher des revenus à la retraite? (15 %); devrais-je m’installer dans une plus petite habitation ou vendre ma maison? (13 %). »

« Une retraite de 30 ans devrait être un merveilleux cadeau qui vous permet de faire ce que vous voulez pendant plus longtemps, mais vous devez vous y préparer. Si vous êtes dans la cinquantaine et que vous n’avez pas envisagé toutes vos options de retraite, y compris les éventuels rajustements à faire, il n’est pas trop tard pour planifier comment tirer le maximum de toutes vos années de retraite », explique Yasmin Musani, directrice générale, Stratégie, Clientèle des retraités à RBC. 

2) Quatre facteurs dont il faut tenir compte dans un plan de retraite

Planifier sa retraite ne consiste pas seulement à mettre de l’argent dans un REER, un CELI ou un régime à prestations déterminées. Il faut aussi évaluer le revenu annuel dont on aura besoin, insiste la firme Mawer Investment Management dans un texte (en anglais) publié en début d’année par The Globe and Mail. David Fraser, conseiller en placement chez Mawer explique que chacun de ses clients a une opinion différente sur les objectifs qu’il souhaite atteindre et sur le temps de planification que cela implique. Il leur demande alors de lui décrire l’idée qu’ils se font, concrètement, de cette phase de leur existence. Par exemple, prévoient-ils jardiner tous les jours dans leur cour ou veulent-ils voyager dans le monde? Grâce à cet exercice, ajoute-t-il, ses clients sont de plus en plus aptes à déterminer le mode de vie qu’ils recherchent, d’évaluer son coût et de calculer combien ils devront épargner pour transformer leur rêve en réalité.

Pour y parvenir, il est important de prendre en compte quatre facteurs, souligne Mawer. D’abord l’inflation, puisqu’au fil des ans, un même dollar permettra d’acheter de moins en moins de choses. Pour aider les consommateurs à s’y retrouver, David Fraser mentionne l’existence d’outils de calcul du niveau d’inflation moyen sur plusieurs années. La plupart utilisent un taux de 2,5 % à 3 %, la moyenne historique étant de 3,2 %. Cela dit, nuance-t-il, ces outils qui aident à préparer le pire et à espérer le meilleur ne fournissent que des estimations, car ce domaine comporte une bonne dose d’imprévisibilité. Deuxième facteur à considérer, l’indice des prix à la consommation. Cet outil, qui consiste en une sorte de panier de marchandises, illustre la manière dont les Canadiens dépensent leur argent, en moyenne. Ainsi, l’IPC canadien montre qu’ils consacrent environ 40 % à l’habitation et aux autres charges ménagères, avec seulement un peu plus de 5 % alloués aux dépenses de santé et 2 % aux voyages. Remarque de David Fraser : un consommateur dont les habitudes ne sont pas alignées sur cet indice n’a pas intérêt à trop s’y fier au moment où il détermine ses besoins en matière de retraite.

Le revenu brut ou net est le troisième facteur dont il faut tenir compte. Dans ce contexte, il importe que le futur retraité comprenne de quelle manière sa situation fiscale pourrait évoluer selon ses besoins et ses habitudes de dépenses, détaille David Fraser. Il rappelle que la règle générale consiste à planifier pouvoir compter sur 70 % à 80 % de son revenu de travail annuel, même s’il ne s’agit là que d’un point de repère, qui peut varier considérablement d’un individu à l’autre. Enfin, le dernier facteur important est la modification des types de dépenses. En effet, note David Fraser, certaines d’entre elles, liées à la santé, aux voyages et aux activités de loisirs, par exemple, risquent d’augmenter, tandis que celles liées aux impôts ou à l’absence d’hypothèque, notamment, peuvent être réduites puisqu’un contribuable déclare généralement moins de revenus et qu’il a souvent fini de payer sa maison.

3) Pécher par excès de prudence… et trop économiser

En termes de planification de la retraite, « “espérer le meilleur et prévoir le pire” est une devise raisonnable », confirme Morningstar dans un article publié par Les Affaires. Bien qu’il date de quelques mois, ce texte reste pertinent et son angle est original, car il affirme que « le risque existe que des retraités actuels et futurs, croyant bien faire, fassent preuve d’une prudence excessive » et n’économisent plus que ce dont ils auront réellement besoin.

« Les retraités ayant souvent plus peur de la pauvreté que de la mort, il n’est que prudent qu’ils gèrent leurs plans de retraite avec une bonne connaissance de ce qui peut mal tourner. » Toutefois, les retraités actuels et futurs risquent aussi de pécher par excès de prudence même s’ils croient bien faire, observe Morningstar. Si la firme reconnaît « à quel point il semble ridicule de mettre en cause la prudence dans la planification de la retraite, tant il apparaît que de nombreuses personnes ont économisé bien trop peu », elle souligne qu’il y a aussi « un segment de la population qui pourrait faire preuve de prudence excessive dans leurs hypothèses de planification pour la retraite, et ces hypothèses trop prudentes entraînent des coûts. »

Dans ce cas, estime-t-elle, les « accumulateurs » trop prudents risquent de passer à côté d’autres objectifs qu’ils auraient pu atteindre plus tôt dans leur vie, tandis que les retraités trop parcimonieux « pourraient ne pas jouir du fruit de leur travail ou simplement avoir plus peur d’être à court d’argent qu’ils ne le devraient. » Selon Morningstar, les principaux facteurs de l’excès de prudence sont : la présomption qu’on ne touchera jamais les pensions de gouvernements; le choix d’un taux de retrait trop faible à la retraite; l’acharnement sur une probabilité de succès de 100 %; la sous-évaluation de l’apport du marché (du moins quand on a beaucoup de temps devant soi).

4) Les retraités ne vivent pas toujours aussi longtemps que prévu

« De nouvelles recherches concluent que la longévité des retraités canadiens est plus basse que prévu », annonçait en février le Club Vita Canada (CVC). Sur la base de « ses plus récentes données », la firme spécialisée en analyse de la longévité pour les régimes de retraite affirme ainsi que les hommes vivent en moyenne un an et demi de moins que prévu après 65 ans. Dans le cas des femmes, le décalage avec les prévisions est d’environ six mois.

« Selon nos données, certains régimes de retraite PD [à prestations déterminées] surestiment la durée de vie actuelle de leurs participants et adoptent par conséquent une approche trop conservatrice dans la capitalisation de leurs obligations. La correction de cette surestimation pourrait réduire les passifs actuariels jusqu’à 6 % – permettant ainsi d’améliorer le bilan des caisses de retraite et celui des promoteurs de régimes par la simple utilisation d’hypothèses de longévité plus précises et à jour », explique Ian Edelist, chef de la direction de CVC.

Baptisé VitaBank, le nouveau bassin de données sur la longévité provenant des membres de CVC couvre un large éventail d’industries et de régions géographiques, tant dans le secteur public que privé. « VitaBank suit actuellement plus de 500 000 retraités canadiens de plus de 40 régimes de retraite. Contrairement à l’étude la plus largement utilisée pour établir les hypothèses de longévité – l’étude sur la mortalité des retraités canadiens (CPM), qui repose sur des données allant jusqu’en 2008 – VitaBank contient des données nettoyées et validées jusqu’en 2014. [… ] Naturellement, le coût ultime d’un régime de retraite sera déterminé par la durée de vie réelle de ses participants. Mais les hypothèses faites aujourd’hui ont réellement une incidence sur des engagements d’une telle durée », commente CVC.

En décembre dernier, Avantages avait abordé la question du risque de longévité, rappelant que « l’augmentation rapide et continuelle de l’espérance de vie représente un véritable casse-tête pour les régimes de retraite » et que « pour pouvoir gérer un risque, il faut d’abord être capable de bien le mesurer ». Un défi auquel le Régime de retraite du syndicat des débardeurs de Montréal, constatant que celui-ci subissait plus de décès que ce que les tables de mortalité prévoyaient, a choisi de répondre de façon originale. « Nous avons adopté un modèle de longévité basé sur les facteurs socio-économiques en utilisant principalement les codes postaux. On sait que ceux-ci sont liés à des facteurs qui ont un grand impact sur la longévité, comme la richesse, la proximité d’un hôpital ou le fait de vivre dans une zone urbaine, rurale ou industrielle. Au Canada, il existe plus de 850 000 codes postaux que l’on regroupe en 61 classes. Les banlieues de Montréal, de Toronto et de Vancouver ont notamment des caractéristiques socio-économiques similaires », détaille Steve Vincent, directeur administratif du régime. « Au Canada, on est vraiment en retard sur cette question. Les modèles de longévité basés sur les facteurs socio-économiques sont courants depuis très longtemps au Royaume-Uni, par exemple. […] La question de la longévité touche vraiment beaucoup de gens », conclut-il. 

5) États-Unis : vivre plus longtemps, plus dangereusement

Alors que de moins en moins de travailleurs américains profitent de régimes de retraite traditionnels, leur espérance de vie tend à augmenter, ce qui crée des incertitudes concernant les coûts de santé, sans parler de l’inflation, explique Kerry Hannon dans un article (en anglais) paru en février dans le New York Times. Dans ce contexte, souligne-t-il, la planification devient plus importante que jamais. Prenant le cas de Kim Moske, une Américaine de 56 ans établie à Delaware (Ohio), qui rencontre un conseiller une fois par an, vérifie sans cesse des calculateurs de retraite et espère pouvoir partir à la retraite dans six ans après avoir travaillé et économisé durant toute sa vie, le journaliste relève qu’il s’agit là d’une anomalie au pays de l’Oncle Sam. En effet, souligne-t-il, contrairement à Kim Moske, beaucoup d’Américains ne sont pas prêts à quitter le travail, comme en témoigne un rapport publié l’an dernier par l’Economic Policy Institute (en anglais), un groupe de réflexion indépendant à but non lucratif qui étudie l’impact de tendances économiques et des politiques sur les travailleurs aux États-Unis. Selon ce document, près de la moitié des familles au sud de la frontière n’ont pas de comptes d’épargne-retraite, tandis que la réserve financière moyenne dont disposent les ménages pour leurs vieux jours est de… 5 000 $. Quant au montant médian des familles qui possèdent des économies, il atteint à peine 60 000 $. De son côté, la firme Fidelity Investments évalue que plus de la moitié (55 %) des ménages américains à la retraite risquent de ne pas être toujours en mesure de couvrir des dépenses aussi essentielles que le logement, la santé et l’alimentation.

La situation est particulièrement critique pour les 15 millions de travailleurs indépendants recensés chez nos voisins du Sud, note Kerry Hannon, qui cite les propos de Don Blandin, président d’un organisme de protection des investisseurs et coproducteur d’un documentaire télévisé sur la retraite aux États-Unis. Après avoir rappelé les gestes qu’il est essentiel de poser pour élaborer un plan à long terme, l’expert observe que même les personnes qui épargnent consciencieusement ne prêtent pas forcément l’attention qu’il faudrait aux détails des produits financiers qu’elles achètent, notamment en ce qui concerne les frais d’investissement, la planification des soins de santé à la retraite et l’inflation, autant de facteurs qui affecteront pourtant leur avenir. Pour beaucoup de travailleurs indépendants, le seul régime de retraite aujourd’hui consiste à travailler plus longtemps, conclut pour sa part une récente étude du Transamerica Center for Retirement Studies et de l’Aegon Center for Longevity and Retirement (en anglais), qui a constaté que plus de la moitié d’entre eux seraient contraints de prendre leur retraite soit après 65 ans… soit jamais.

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