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Revue de presse

Retraite : le temps des vaches maigres

23 mars 2016 | La rédaction | Commenter

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personne_agee_fenetre_residence_malade_vieux_425Le niveau de vie des futurs retraités pourrait se dégrader partout dans le monde au cours des prochaines années, affirme l’Organisation de coopération et de développement économiques. Dans l’édition 2015 de son Panorama des pensions (en anglais) publié en décembre dernier, l’OCDE entrevoit même le potentiel d’une hausse de la pauvreté parmi les aînés d’aujourd’hui, y compris dans les pays industrialisés.

Le Canada n’échappe pas à ce sombre pronostic, et toutes les études démontrent que les régimes gouvernementaux qui assurent une couverture retraite universelle à ses citoyens sont largement insuffisants pour leur permettre de subvenir à leurs besoins durant leurs vieux jours. Alors qu’il est généralement admis qu’une retraite confortable exige un revenu représentant de 60 % à 70 % de celui perçu durant la vie active, le système public en procure, dans le meilleur des cas, 40 %.

Plus précisément, le Régime de rentes du Québec remplace 25 % du revenu gagné (jusqu’à un plafond salarial de 54 900 $, pour une rente maximale 13 110 $ en 2016), tandis que la Pension de sécurité de la vieillesse et, éventuellement, le Supplément de revenu garanti complètent le dispositif avec environ 15 % du revenu gagné. Dans ces conditions, si l’on n’a pas la chance de bénéficier d’un régime complémentaire de retraite, mieux vaut avoir des épargnes personnelles…

1) « Les retraités canadiens s’en tirent plutôt bien »

Même s’ils doivent apprendre à vivre, en moyenne, avec 62 % du revenu (64 % au Québec) qu’ils gagnaient avant de quitter la vie active, 88 % des retraités au pays disent conserver une vision positive de leur situation, rapporte l’agence QMI.

Reprenant des informations extraites du Rapport sur la retraite aujourd’hui publié en février dernier par la Financière Sun Life, QMI indique que 32 % des personnes sondées par l’institution ont été « surprises » de constater qu’elles pouvaient « vivre avec un budget réduit », tandis que 10 % considéraient même leurs dépenses « moins élevées que prévu ».

Dans le communiqué de presse du 17 février, le président de la Financière Sun Life au Québec, Robert Dumas conclut que « malgré la conjoncture économique actuelle, les retraités canadiens s’en tirent [donc] plutôt bien » et souligne au passage que « les gens sondés se sentent beaucoup plus confiants lorsqu’ils font appel aux services de professionnels financiers et lorsqu’ils ont pris les bonnes mesures d’épargne au cours de leur vie active ».

2) La peur de manquer d’argent est souvent présente

Un autre sondage récent, mené pour BMO Gestion de patrimoine, montre que si plus de la moitié des Canadiens voient leur retraite d’un bon œil, les deux tiers craignent de ne plus avoir les moyens de subvenir à leurs besoins.

En effet, bien que 55 % des répondants « se disent enthousiastes lorsqu’ils y pensent, pas moins de 67 % avancent que le manque d’argent risque d’être le principal obstacle à surmonter après avoir quitté la vie active », écrit Conseiller.ca. Autrement dit, si une majorité de répondants jugent que la retraite est une bonne chose, « la disparition de leur revenu d’emploi, elle, l’est beaucoup moins ».

La joie de se retrouver « à la retraite » est d’autant plus ambivalente que cette période de la vie « s’accompagne aussi d’autres sources d’inquiétude, comme la peur des maladies graves (66 % des répondants) et la crainte de se sentir inutile (42 %) », précise Conseiller.ca.

3) Le taux de pauvreté déjà en hausse chez les aînés

« Les taux de pauvreté ont augmenté et ont récemment atteint un plateau pour les aînés », selon un rapport publié en février par l’Institut Broadbent, à Ottawa. Intitulé La condition économique des personnes âgées, ce document révèle que le niveau de précarité économique dans cette catégorie de la population a presque triplé en moins de 20 ans, passant de 3,9 % en 1995 à 11,1 % en 2013.

Comme le rapporte Radio-Canada (séquence sonore), on y apprend également que « la très grande majorité des Canadiens de 55 à 64 ans qui s’apprêtent à quitter le marché du travail et qui n’ont pas de régime de retraite de l’employeur ont des économies de retraite insuffisantes ». Ainsi, la moitié d’entre eux possèdent l’argent nécessaire pour vivre une année seulement, et moins de deux sur dix ont suffisamment épargné pour tenir cinq ans.

L’auteur de l’étude, le statisticien Richard Shillington, a par ailleurs calculé que le revenu médian des personnes âgées de 65 ans et plus vivant seules et ne touchant pas de bénéfices d’un régime de retraite de l’employeur était inférieur à 20 000 $ par an. Enfin, il souligne que « les taux de pauvreté chez les personnes âgées vivant seules, en particulier chez les femmes (près de 30 %), sont très élevés ».

4) Des conséquences graves en cas de retraite prématurée

Une étude effectuée en juin dernier pour Groupe Investors n’est guère plus rassurante. Comme le rapporte Le Devoir, plusieurs Canadiens seraient incapables de survivre financièrement en cas de retraite prématurée immédiate, y compris ceux qui épargnent assez en vue de la retraite. Plus précisément, 43 % des Québécois âgés de 45 à 64 ans ne seraient pas en mesure d’assurer leur train de vie plus de cinq ans, et 17 % ne pourraient subvenir à leurs besoins plus d’une année.

Au total, souligne Le Devoir, plus du tiers des répondants estiment ne pas pouvoir assumer le style de vie qu’ils espéraient à la retraite au rythme où ils épargnent et investissent actuellement. « REER, CELI, REEE, REEI, RVER… Les gouvernements peuvent bien multiplier les véhicules incitatifs, encore faut-il que l’épargne soit présente », observe le journaliste Gérard Bérubé. Or, ajoute-t-il, « sondage après sondage », les Québécois sont « toujours plus nombreux » à répéter que celle-ci n’est pas au rendez-vous.

Gérard Bérubé juge ce constat inquiétant et cite un précédent sondage de l’Institut Info-Patrimoine BMO indiquant que « 40 % des retraités actuels ont pris leur retraite à une date qu’ils n’avaient pas prévue ». De ce nombre, près du tiers l’ont prise plus tôt en raison de problèmes de santé ou d’une perte d’emploi, tandis que 11 % l’ont repoussée par nécessité d’épargner davantage.

5) Un guide pour aider les « retardataires » de l’épargne-retraite

Conscient de l’ampleur du problème, Comptables professionnels agréés du Canada (CPA Canada) vient de publier un ouvrage qui s’adresse justement aux quinquagénaires dont le plan de retraite est incomplet. Intitulé Retraite en vue : Guide du retardataire. Comment rattraper le temps perdu en 10 ans ou moins (19,99 $CAD), cet outil a été conçu par David Trahair (en anglais), formateur en finances personnelles, conférencier et chroniqueur à CPA Magazine.

« Côté planification de la retraite, nous accusons souvent un certain retard, notamment parce que le coût de la vie augmente, surtout pour les parents, justifie le spécialiste. Les Canadiens ne sont pas irresponsables, mais les aléas de la vie nuisent à l’atteinte de leurs objectifs d’épargne ». En effet, les dépenses qu’ils doivent assumer sont souvent multiples, explique-t-il : maison, santé, nourriture, voiture, enfants, loisirs, etc. Il leur faut élever leur famille et s’adapter au coût de la vie, « si bien que certains, malgré eux, se trouvent à remettre à plus tard l’épargne pour leur retraite ».

Selon CPA Canada, ce guide aborde « les questions cruciales auxquelles il faut s’attarder avant un départ à la retraite », avec « des stratégies, des conseils et des outils pour aider chacun à se doter d’un plan de retraite réaliste et efficace ». Il comprend en outre « de nombreuses feuilles de calcul gratuites pour aider les lecteurs à s’y retrouver dans le dédale des enjeux liés à la retraite ».

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