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Voyager à la retraite

21 juin 2018 | La rédaction | Commenter

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Photo : Wang Tom / 123RF

Photo : Wang Tom / 123RF

Les baby-boomers sont de grands voyageurs; ils ont même inventé le tourisme de masse. Alors que sonne pour eux l’heure de la retraite, la découverte de nouveaux territoires demeure l’une de leurs activités favorites. Mais ils choisissent de plus en plus souvent de sortir des sentiers battus. 

Contraception, droits et libertés, féminisme… et aujourd’hui, droit à mourir dans la dignité; cette génération a tout bouleversé sur son passage. Et ce n’est pas parce que certains approchent de la retraite qu’ils ont l’intention de s’assagir. Ils ont au contraire la volonté de redéfinir la retraite, changer l’image préconçue de la vieillesse ainsi que tous les préjugés et les comportements qui l’accompagnent.

« L’industrie touristique n’y échappera pas, car se payer du bon temps, découvrir de nouveaux horizons, vivre des expériences enrichissantes, relever des défis et franchir des barrières s’inscrivent à leur agenda », affirme Michèle Laliberté, agente de recherche au Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme Transat de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Les 50 à 70 ans forment 29 % de la population canadienne. Le Conference Board du Canada prévoit qu’ils représenteront le plus important marché de voyageurs au cours des dix prochaines années avec des dépenses annuelles de 35 milliards de dollars.

JEUNES DE CŒUR

Préretraite, temps partiel, temps partagé, télétravail, mentorat, coaching, horaire flexible, etc. Plus tout à fait sur le marché du travail, mais pas encore complètement à la retraite, les baby-boomers veulent profiter du fait qu’ils sont en santé pour parcourir le monde. Un sondage d’American Express révèle en effet que 88 % d’entre eux envisagent la retraite comme une nouvelle phase de croissance personnelle et de développement.

« Voulant défier son âge, le baby-boomer cultive son côté rebelle, décrit Mme Laliberté. Il préfère emprunter la voie de desserte plutôt que l’autoroute et révèle un goût pour l’aventure, l’expérimentation, la nouveauté, la découverte d’horizons inconnus, l’apprentissage, le plaisir et l’excitation. Son profil s’apparente plus à la génération X qu’à celle des personnes âgées. »

Si les aînés vieillissants, en fonction de leur état de santé, privilégient l’aspect santé-sécurité et accessibilité dans leur choix de voyages, les baby-boomers se sentent « jeunes de cœur » et souhaitent découvrir de nouvelles cultures, en plus d’expérimenter différentes activités, analyse le Réseau de veille en tourisme de l’UQAM. Cette génération ne mesure plus sa richesse en fonction des biens matériels qu’elle possède, mais plutôt en fonction de ce qu’elle vit.

Les 60 ans et plus, souvent mieux nantis que leurs enfants, veulent partager des expériences enrichissantes en famille en effectuant, entre autres, des voyages multigénérationnels. Ils recherchent des activités altruistes et perçoivent notamment le « volontourisme », alliant bénévolat et tourisme, comme une manière de participer positivement à la vie en société.

PREMIÈRE NÉCESSITÉ

Le Réseau de veille en tourisme de l’UQAM insiste également sur le fait que le baby-boomer effectue souvent des circuits thématiques qui regroupent des gens qui partagent les mêmes intérêts – les vins, les excursions historiques, les circuits religieux, etc. Si comme leurs parents, certains voyagent dans le Sud pendant de longues périodes, ils sont de plus en plus nombreux à privilégier les séjours actifs.

« Les voyages sont une composante importante de leurs activités et considèrent de première nécessité ce qui était parfois luxueux pour leurs parents, ajoute madame Laliberté. Ils sont habitués à un rythme de vie trépidant. Consommateurs avisés, ils savent que la qualité a un prix et c’est ce rapport qu’ils veulent optimiser. »

Ils voyagent ainsi le plus souvent en compagnie de leur conjoint (88 %). Près de la moitié d’entre eux (48 %) partent également avec leurs enfants et 20 % avec leur famille élargie. Le principal objectif de leur voyage demeure la visite de parents ou d’amis (52 %), suivi de visites touristiques, de vacances à la plage ou à la ville, de croisières et de visites de parcs thématiques.

Ils ont ainsi effectué 4,4 voyages d’une moyenne de 5,4 nuits au cours des douze derniers mois et ont dépensé de 1 000 $ à 7 499 $ en moyenne pour ces vacances annuelles. Plus du tiers d’entre eux (35 %) leur ont même alloué 10 000 $ et plus.

Le point de vue de
Yvon Gratton, conseiller en sécurité financière à SFL Placements

Comme tout projet, voyager à la retraite, ça se planifie, indique Yves Gratton. Il souligne que même si ce ne sont pas tous ses clients qui ont la bougeotte, il en rencontre cependant de plus en plus qui souhaitent parcourir le monde une fois qu’ils auront levé le pied.

« Lorsque l’on fait une planification financière, il y a le court, le moyen et le long termes, explique t il. Le court terme comprend tous les besoins du quotidien, soit se nourrir, se loger, se vêtir et se déplacer. Partir quelques jours à Londres peut faire partie du moyen terme, alors qu’un grand voyage de plusieurs semaines ou même le fait de passer six mois quelque part dans le monde entre dans la planification à long terme. »

M. Gratton fait valoir que la différence entre une personne encore active et une personne retraitée, c’est que cette dernière ne perçoit plus de revenus de travail, n’ayant que ses fonds de pension et ce qu’elle a épargné; ses moyens financiers ne vont plus beaucoup évoluer.

« Il y a moins de rentrées d’argent ou même pas du tout; il faut gérer ce que l’on a, précise-t-il. Si on budgète 40 000 dollars par an, cela fait 3 000 dollars nets par mois environ. Pour faire un grand voyage par an qui coûtera 12 000 dollars, il ne reste plus que 2 000 dollars nets par mois. Il faut donc adapter sa réalité quotidienne afin de ne pas dépasser cette somme. Sinon, on déséquilibre son budget. »

Yves Gratton souligne qu’il n’est pas très compliqué de calculer son niveau de vie. Il estime qu’il suffit pour cela d’observer les comptes bancaires et les cartes de crédit d’une personne pendant les trois derniers mois. Il ajoute que voyager ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour certains, rendre visite à sa famille au Lac-Saint-Jean, c’est déjà tout un voyage. D’autres sont à l’affût de bonnes affaires et peuvent passer trois semaines ou un mois dans le sud de la France pour 2 000 à 3 000 dollars, alors que d’autres dépenseront 20 000 dollars.

« Il faut être créatif et analyser ce qu’il est possible de faire en fonction de son budget », conclut-il.

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