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Épargne

Étude de cas – De nouveaux horizons pour Charlotte, 63 ans

18 mars 2016 | Soumis par la Financière Sun Life | Commenter

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femmes_conseillere_boomer_425On dit souvent qu’il n’y a pas d’âge pour tomber amoureux, mais ce dicton s’applique-t-il aussi lorsqu’on veut changer de carrière? En tout cas, Charlotte, âgée de 63 ans, de Montréal, célibataire sans enfant, n’a pas hésité une seconde. L’année dernière, elle s’est inscrite à une formation de huit mois en restauration architecturale, un domaine qui la passionne depuis toujours. Voilà qui est bien courageux pour cette traductrice de carrière.

Sauf qu’aujourd’hui, après réflexion, elle se demande si elle a vraiment envie de retourner sur le marché du travail, surtout à temps plein, elle qui n’a presque pas travaillé depuis 2008 et qui a eu quelques problèmes de santé.

« Je ne me vois pas du tout faire du 9 à 5 toute l’année », affirme Charlotte, qui perçoit son nouveau métier davantage comme un passe-temps.

L’avis de François Bernier

François Bernier
Directeur, techniques avancées de planification, Financière Sun Life

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Les experts

Pascale Vachon

Julie Carrier
Conseillère en sécurité financière

Jean-François Dufour

Martin Côté
Conseiller en sécurité financière

Karine Labelle et Salvatore Mulé

Nathalie Jacques
Conseillère en sécurité financière

L’ennui, c’est qu’elle ne sait pas si elle a les moyens financiers de choisir de travailler ou pas. Sans revenu d’emploi depuis quelques années, elle vit de sa rente de la RRQ et surtout de son « coussin » accumulé grâce à quelques beaux coups d’argent réalisés en immobilier, lorsqu’après avoir acheté et rénové un immeuble à revenus et un condo, elle les a revendus à profit.

Idéalement, dit-elle, elle aimerait racheter une maison en banlieue – elle vit en logement et déteste payer un loyer – et la retaper comme elle l’a déjà fait. Ce serait une façon de mettre en pratique ce qu’elle a appris durant sa formation, sans le stress d’avoir à se pointer au boulot tous les matins.

« Mais je ne sais pas si c’est possible, dit-elle. Chaque fois que je demande conseil à un planificateur financier, tout ce qu’il essaie de faire est de me vendre des produits! »

Même si, comme traductrice, elle a travaillé toute sa vie pour un employeur sans fonds de retraite, puis quelques années comme pigiste, Charlotte s’est bien débrouillée financièrement. Elle dispose d’un capital hors REER de 370 000 $, d’un REER de 250 000 $, d’un CELI de 15 000 $ et d’un portefeuille de rente garantie à vie, qui lui assurera à compter de 65 ans, une rente de 5 760 $ par année.

Son plan consisterait donc à utiliser 200 000 $ de ses économies, ainsi que 25 000 $ de son REER, pour acheter sa maison en banlieue; pour 225 000 $, elle pense trouver quelque chose de potable. Charlotte n’a jamais réellement fait ses comptes, elle n’a pas de budget précis. Elle estime néanmoins avoir besoin d’un budget modeste de 22 200 $ par année pour vivre. Est-ce réaliste? Ses épargnes et sa petite rente lui permettront-elles de se payer le bungalow de 275 000 $ qu’elle convoite? Devrait-elle utiliser un RAP? Que devra-t-elle faire pour que ses économies lui fournissent de quoi vivre jusqu’à 95 ans, sans devoir vendre sa maison?

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Julie Carrier

Conseillère en sécurité financière et conseillère en régimes d’assurance collective

Pour bien répondre aux attentes de Charlotte, qui souhaite être conseillée pour la planification de sa retraite, la première étape serait d’obtenir une rencontre initiale avec elle. L’objectif consisterait à recueillir plusieurs éléments d’information manquants qui sont indispensables pour brosser un tableau complet de sa situation actuelle. Par exemple : son budget actuel, son profil d’investisseur, le montant exact des prestations qu’elle reçoit de la RRQ et de celles qu’elle recevra de la Sécurité de la vieillesse, ainsi que la nature du portefeuille de rentes garanties, qui lui assurera une rente de 5 760 $ par année à compter de 65 ans.

À première vue, de manière purement théorique, si nous soustrayons de ses actifs de 635 000 $ (hors REER, REER et CELI combinés) la valeur de la maison qu’elle souhaite acheter, soit 225 000 $, on obtient un solde de 370 000 $, ce qui constitue son capital actuel pour financer sa retraite, en sus des prestations qu’elle recevra.

C’est, selon moi, suffisant pour qu’elle puisse donner forme à son projet, compte tenu de son âge. Nous ne connaissons malheureusement pas le niveau d’imposition, ne savons pas si le montant dont elle dit avoir besoin pour vivre est brut ou net ni si sa rente est imposée. Sous toute réserve, compte tenu de ces informations manquantes, il est permis de croire que son capital de 370 000 $ serait suffisant pour lui survivre au-delà de 95 ans.

Cette hypothèse tient la route, si l’on calcule un taux d’inflation de 2 % et un rendement de 4 %, en présumant que le profil d’investisseur de Charlotte permet d’aspirer à un rendement à cette hauteur (ce que ne permettrait pas de détenir un portefeuille exclusivement composé de titres garantis).

Il est nécessaire, pour une bonne planification, de connaître le montant des prestations qu’elle recevra de la RRQ, et de savoir si elle aura droit au maximum de la pension de la Sécurité de la vieillesse. Par ailleurs, dans le cas de la rente de 5 760 $ par année, il serait également important de connaître le taux d’imposition pour établir le revenu net que ce montant représente. S’agit-il d’un fonds enregistré, ou non enregistré? L’imposition est-elle différée, et est-ce le plein montant qui est imposé? Il serait important d’avoir le budget détaillé de Charlotte, sans quoi nous ne pouvons fonder notre démarche que sur des hypothèses, au risque de faire erreur et de ne pouvoir, par exemple, payer les obligations financières, qui vont de pair avec l’achat d’une maison. Il serait également important de savoir si le montant de 22 200 $ que Charlotte estime être suffisant pour vivre est un montant net, après impôt, et s’il tient compte des dépenses liées à la maison qu’elle compte acheter, ou s’il s’agit uniquement du montant dont elle a besoin aujourd’hui pour suffire à ses besoins, alors qu’elle vit en appartement.

Charlotte doit tenir compte du fait que, même si elle paie entièrement l’achat de la maison, elle ne doit pas négliger les frais d’entretien et d’assurance (qui seront plus élevés que les frais actuels, puisqu’elle vit en appartement) dans l’établissement du budget à la retraite, éléments qui n’entrent pas dans son budget actuel.

Nonobstant toutes ces questions qui demeurent sans réponse selon les données dont nous disposons actuellement, il nous est tout de même permis de faire certains calculs pour apporter un élément de réponse à Charlotte.

Si nous prenons le 370 000 $ évoqué précédemment (capital actuel moins le coût d’achat de la maison), plus 250 000 $ et 15 000 $, on obtient 635 000 $, montant duquel on enlève 225 000 $ (achat de la maison), pour obtenir un solde de 410 000 $. Soustrayons ensuite 40 000 $, puisque Charlotte ne touchera pas de rente de 63 à 65 ans (elle aura besoin d’environ 20 000 $ par année pour vivre jusqu’à l’âge de 65 ans, soit pendant 2 ans). Il reste donc 370 000 $.

En calculant un décaissement d’environ 15 000 $ par année, soit 1 200 $ brut par mois, il est permis de conclure que Charlotte a un capital suffisant pour donner forme à son projet (en nous fondant sur un taux d’inflation de 2 % et un rendement de 4 %).

Je tiens à souligner que, selon moi, son budget de 22 200 $ par année est modeste quand on est seule et qu’on possède une maison, qu’on paie l’épicerie, qu’on vit un petit peu et qu’il y a des imprévus. Par ailleurs, il faudrait savoir si ce 22 200 $ est net ou brut, et s’il tient compte des dépenses liées à la maison.

On constate l’importance que Charlotte établisse un budget exhaustif fondé sur un échantillon de quelques mois, en ne négligeant aucune dépense, prévue et imprévue, pour ensuite établir une moyenne (épicerie, loisirs, frais fixes, etc.) pour bien mesurer sa consommation. Il s’agit simplement de calculer les dépenses, en moyenne, selon son mode de vie actuel.

Il revient à Charlotte de faire cet exercice : établir un budget détaillé, fondé sur la réalité, afin de déterminer sa capacité de payer, surtout dans la perspective de l’achat d’une nouvelle maison. Il faut être conscient de la portée financière de nos décisions.

Au chapitre des assurances, je recommanderais à Charlotte de se prévaloir sans tarder, compte tenu de son âge, d’une protection contre une éventuelle perte d’autonomie (soins de longue durée du vivant), afin de préserver ses acquis et éviter de rogner son capital si elle devait, par exemple, être placée en établissement de soins de longue durée. Avec l’aide d’un conseiller financier, elle pourra évaluer le montant de la protection à prévoir et inscrire la prime à son budget.

En conclusion, compte tenu de ses actifs et de son style de vie, à mon avis, à première vue, Charlotte peut donner forme à son projet. Mais je ne saurais assez insister sur l’importance que celle-ci prenne le temps de répondre aux questions évoquées précédemment, et mène une analyse complète de sa situation financière actuelle, en ne laissant rien au hasard, pour prendre une décision bien éclairée et réaliste.

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Martin Côté

Conseiller en sécurité financière

Le cas de Charlotte est à mes yeux assez simple. D’entrée de jeu, je suis porté à affirmer que Charlotte n’aura pas à retourner travailler, ce qui la préoccupe et qui a sans doute suscité sa démarche. Cela vaut, à moins d’une débâcle financière imprévue et sans doute peu probable, mais même dans cette éventualité, on s’assurerait de sécuriser a priori une bonne partie de ses avoirs, en tenant compte de son profil d’investisseur, pour parer à tout imprévu. Si l’on tient compte des actifs qu’elle détient actuellement, elle n’a vraiment pas à s’inquiéter au point de vue financier, selon moi.

Pour le projet de s’acheter une maison, en me fondant sur le fait qu’elle a acquis un certain bagage de connaissances en la matière, je suis porté à croire qu’elle porte un jugement éclairé quant aux dépenses et à l’investissement que l’immobilier représente en temps et en énergie; elle devrait donc être en mesure de naviguer adéquatement auprès des bonnes ressources, si jamais des problèmes devaient survenir.

Il serait intéressant de savoir si Charlotte peut bénéficier du Régime d’accession à la propriété (RAP), ce qui pourrait s’avérer une approche stratégique, si elle y est admissible. Pour ce faire, elle ne doit pas avoir été propriétaire depuis au moins 5 ans, notamment. Cette approche pourrait être une option à envisager, puisqu’elle lui permettrait de ne pas rogner les fonds de son épargne non enregistrée. Si elle y a accès, je lui recommanderais sans hésiter de se prévaloir d’un RAP à hauteur d’un maximum de 25 000 $ afin de profiter des avantages de ce programme.

Selon ma compréhension, Charlotte a un revenu de 5 760 $ par année (480 $ par mois), qui provient d’une rente viagère. Elle reçoit également une prestation de la RRQ, dont le montant n’est pas précisé, mais que nous établirons ici hypothétiquement à environ 6 000 $ à 8 000 $ par année, pour les besoins de notre analyse. Par ailleurs, à compter de 65 ans, la Sécurité de la vieillesse lui procurera un montant additionnel de 7 000 $, au bas mot. Ses revenus seront donc de l’ordre de 18 000 $ à 20 000 $ par année, si l’on additionne les prestations gouvernementales et le montant de la rente qu’elle reçoit.

Par ailleurs, son besoin, nous dit-elle, est de 22 200 $ par année, montant sur lequel elle paiera des impôts minimes, de l’ordre de 2 000 $ à 3 000 $ par année.

Par conséquent, le montant qu’elle devra prélever dans ses réserves, pour maintenir son niveau de vie, ne sera pas très élevé annuellement. En obtenant un rendement, fût-il modeste, de ses placements, elle n’aura probablement jamais à toucher à son capital.

Je n’ai donc aucune crainte qu’elle puisse atteindre son objectif de ne pas retourner sur le marché du travail.

Charlotte peut également sans crainte acheter la maison convoitée, au prix envisagé (225 000 $). Les taux hypothécaires étant actuellement assez bas, il est possible que le rendement de ses placements excède légèrement le coût d’une éventuelle hypothèque. Il serait donc intéressant d’explorer avec Charlotte la possibilité de contracter, et d’évaluer tous les tenants et aboutissants de cette option, qui demeure facultative, compte tenu de sa situation financière.

Au chapitre des REER, qui s’élèvent à 250 000 $, je recommande à Charlotte de repousser le début des décaissements de REER jusqu’à 71 ans.

À 71 ans, on pourrait transformer ses REER en rente viagère, ce qui lui procurerait un revenu à vie garanti de 17 000 $ par année jusqu’à la fin de sa vie. Si l’on ajoute ce montant aux autres revenus établis plus haut, environ 17 000 $ à 18 000 $, soit un total de 34 000 $ à 35 000 $ par année, Charlotte n’a aucune inquiétude à avoir en donnant forme à son projet.

Quant à ses placements non enregistrés (370 000 $), elle pourrait en utiliser une partie pour payer la maison, partie qui serait à établir en discutant avec elle.

Pour conclure, je dirais à Charlotte d’aller de l’avant sans inquiétude au niveau financier. La seule préoccupation, s’il en est une, serait la question de la santé; il faudrait définir avec elle ses priorités à ce sujet. Nous savons qu’elle souhaite acheter une maison, mais, si une maladie survient à l’âge de 75 ou 85 ans, la protection d’une assurance soins de longue durée pourrait être un atout important pour préserver son patrimoine. Ce serait selon moi un bon investissement. Elle recevrait ainsi, le cas échéant, les sommes nécessaires pour obtenir un soutien financier qui lui permettrait d’obtenir, par exemple, de l’aide à domicile (Charlotte n’a pas d’enfant) et les meilleurs soins de santé possible, sans toucher à son capital.

Mais assurément, Charlotte ne manquera pas de capital pour réaliser ses projets. Elle devrait, en conclusion, s’assurer de maximiser son CELI, et de placer ses fonds non enregistrés dans des fonds de catégorie de société afin de minimiser les impacts fiscaux, et opter éventuellement pour des rentes non imposables. Une diversité de stratégies s’offre à elle pour minimiser ces impacts, et un conseiller financier saura la guider dans le choix de celles qui conviennent le mieux à sa situation.

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Nathalie Jacques

Conseillère en sécurité financière, conseillère en assurances et rentes collectives et planification financière, représentante en épargne collective, Solutions financières N. Jacques inc.

D’emblée, la réponse à la question de Charlotte quant à la faisabilité du projet de prendre sa retraite et d’acheter une maison est « oui ».

Pour arriver à cette conclusion, j’ai dû en premier lieu émettre certaines hypothèses dans les cas où il manquait certaines informations dans l’énoncé de l’étude de cas. J’énoncerai ici les variables, qui ont servi de fondement à mon analyse.

L’espérance de vie de Charlotte a été établie à 95 ans. Le taux d’inflation utilisé, comme recommandé par l’IQPF, est de 2 %. La projection de rendement brut sur les comptes est de 3 %, ce qui correspond à un profil prudent. Compte tenu du niveau de vie de Charlotte, il n’a pas été jugé nécessaire d’augmenter le niveau de risque pour obtenir un rendement plus élevé.

Dans le cas de la rente de la RRQ, pour les besoins de l’analyse, comme le montant n’est pas précisé dans l’étude de cas, je l’ai établi à 590 $ brut par mois (estimation basée sur un salaire moyen), montant qu’elle recevrait depuis l’âge de 60 ans.

Par ailleurs, Charlotte bénéficiera de la pleine pension de la Sécurité de la vieillesse à 65 ans, soit un montant mensuel de l’ordre de 560 $ par mois. J’ai indexé ce montant à raison de 2 % par année, en calculant que Charlotte recevra ces prestations dans 3 ans, à l’âge de 65 ans, à raison d’environ 595 $ brut par mois.

Charlotte a une rente annuelle garantie de 5 760 $, que j’ai présumé être non enregistrée, du fait qu’il n’est pas indiqué que cette rente provient de son employeur. Pour les fins de notre raisonnement, je n’ai pas indexé le montant de cette rente, afin de maintenir une approche conservatrice.

Le revenu annuel net requis dont Charlotte estime avoir besoin est de 22 200 $, mais il est permis de penser que cela s’applique à son mode de vie actuel, en appartement.

Comme le coût de la vie est plus élevé dans une maison dont on est propriétaire, j’ai augmenté ce budget et propose 29 000 $ net par année, de l’âge de 63 ans jusqu’à 85 ans. Pour la période de 85 ans à 95 ans, j’ai augmenté ce montant et conseille 36 000 $ net par année, pour tenir compte de la possibilité d’avoir besoin de soins de santé en établissement d’hébergement.

J’ai établi le capital alloué à l’achat de la maison à 225 000 $, tiré de son placement hors REER. Ce montant aurait pu être constitué d’un capital de 200 000 $ provenant de ses placements hors REER, et d’un montant de 25 000 $ obtenu du REER en se prévalant du Régime d’accession à la propriété (RAP), auquel elle est selon moi admissible. Mais il n’est pas certain que le recours au RAP soit vraiment avantageux dans le cas de Charlotte, compte tenu des aspects administratifs reliés à la gestion de cet outil et des conditions qui s’appliquent aux personnes âgées de 71 ans et plus. À mon avis, l’avantage fiscal du retrait serait vite annulé par les inconvénients.

Dans un cas comme dans l’autre, il n’y aurait qu’une faible différence quant à l’impôt à payer sur les montants décaissés. Charlotte n’a donc pas de raison valable de s’investir dans la gestion d’un RAP. J’ai donc conclu qu’elle devrait plutôt utiliser 225 000 $ tirés de ses placements non enregistrés.

Comme Charlotte étudie en restauration architecturale et qu’elle souhaite s’exercer sur sa maison, j’ai alloué un montant supplémentaire de 50 000 $ pour rénover la maison la première année.

Au départ, nous avons donc 370 000 $, non enregistrés, dont Charlotte retirera 225 000 $ pour l’achat de la maison et 50 000 $ pour les rénovations. Le solde de ses placements non enregistrés sera donc de 95 000 $. À cela s’ajoutent les 15 000 $ du CELI. Le REER de 250 000 $ demeure ainsi intact.

J’ai estimé la valeur de la revente de la maison, à l’âge de 85 ans, à 400 000 $, ce qui correspond à une croissance d’environ 2 % sur la valeur de la maison depuis son achat, une fois les rénovations terminées. Cette approche, soit vendre la maison à 85 ans, est fondée sur ces raisons : à cet âge la plupart des gens ne sont plus en mesure de tenir maison et choisissent de vendre, soit pour aller dans un condo ou dans une résidence où il est possible d’obtenir des soins. La valeur de revente servira à financer les revenus de retraite futurs.

Dans le cas de Charlotte, nous recommandons d’adopter cette stratégie au plus tard à 85 ans, sans quoi elle manquera de ressources financières à compter de 86 ans.

Dans mes recommandations générales, j’ai envisagé diverses possibilités. La première étant de se prévaloir du RAP, dont un petit avantage aurait été fiscal. Mais je sais par expérience que les gens à la retraite estiment que la gestion du RAP représente un souci inutile pour une faible économie d’impôt à long terme. Cette option aurait pu néanmoins être envisagée ici. Par ailleurs, au chapitre des placements non enregistrés, Charlotte devrait veiller à maximiser son CELI en transférant chaque année le maximum du montant admissible dans ce compte afin d’économiser ainsi de l’impôt sur les revenus de placement.

Charlotte pourrait également choisir d’emprunter une partie du capital requis pour l’achat de la maison, puisque les taux d’intérêt sont bas à l’heure actuelle.

Par contre, comme les taux hypothécaires et le taux de rendement de son portefeuille sont à peu près égaux, le recours au prêt hypothécaire est facultatif. Tout dépendra de sa façon de voir les choses. Elle pourra, au choix, retirer le montant de ses fonds non enregistrés pour ne pas avoir de dettes, ou éviter de toucher à son capital et préférer rembourser une hypothèque mensuellement. Les deux approches seraient presque équivalentes, tant que les taux d’intérêt sur les emprunts se maintiendront aussi bas qu’ils le sont actuellement. Si les taux venaient à augmenter pour atteindre 4,5 % ou 5 %, il serait alors plus avantageux pour elle de rembourser l’hypothèque avec son capital.

Enfin, je recommanderais à Charlotte, dans la mesure de son assurabilité, de souscrire une assurance soins de longue durée. On se souvient qu’elle n’a personne pour l’épauler dans l’éventualité d’une perte d’autonomie. Ses épargnes seraient également protégées de décaissements imprévus, puisque l’assurance ferait les paiements de soins en santé de longue durée.

En respectant la démarche proposée, Charlotte aurait à son décès un solde successoral d’environ 166 000 $. Puisqu’elle n’a pas d’héritier, elle dispose donc d’une certaine souplesse financière de son vivant pour améliorer sa qualité de vie, faire des voyages ou encore payer des dépenses reliées aux éventuels changements de son état de santé.

Enfin, pour s’accorder encore plus de souplesse financière et pour se maintenir alerte, compte tenu de sa profession, Charlotte pourrait continuer d’accepter quelques mandats de traduction à la pige chaque année. Certaines dépenses de la maison pourraient ainsi devenir déductibles d’impôt.

En résumé, selon les hypothèses énoncées précédemment et les informations fournies, Charlotte peut envisager une retraite à la hauteur de ses attentes!


François Bernier

L’avis de François Bernier, notaire
Directeur, techniques avancées de planification, Financière Sun Life

Charlotte exprime deux désirs difficiles à concilier. D’une part, elle veut acquérir son chez‑soi et s’y établir pour de bon, et d’autre part elle veut se lancer dans un projet d’affaires en retapant une propriété pour la revendre.

L’achat d’une maison implique des frais annuels comme les taxes foncières et scolaires, l’entretien et le chauffage; dans ce contexte, le budget annuel de 22 200 $ établi par Charlotte me semble très modeste. Une bonne idée pour réduire ces coûts serait peut-être d’opter pour un condo.

Si elle se lance dans un projet de rénovation, elle s’expose à de mauvaises surprises. Les inspections ne permettent pas de voir certains problèmes coûteux qui se cachent dans les murs ou dans les fondations, par exemple. Cela grugerait son capital, et à son âge, elle manquerait de temps pour se remettre à flot. Elle peut le faire, mais avec un budget serré, en gardant à l’œil les risques encourus.

J’ai établi deux scénarios pour Charlotte :

1) Elle achète une maison pour la retaper, en utilisant son compte non enregistré et son RAP. Il lui reste 170 000 $ non enregistrés et 15 000 $ en CELI. Elle place 225 000 $ de son REER dans un fonds distinct, qui lui garantit à vie un revenu de 9 675 $. Elle reçoit aussi des sommes de la RRQ, et bientôt une pension de la Sécurité de la vieillesse. Si l’on ajuste ses besoins annuels à 8 000 $, en raison des frais liés à la propriété, elle pourra vivre confortablement jusqu’à 89 ans. Mais, si elle investit 50 000 $ dans son projet de rénovations, et qu’elle ne réalise pas de profits lors de la revente, elle se retrouvera en déficit dès 81 ans, ce qui n’est pas souhaitable.

2) Elle achète un condo en bon état, au même prix. Ainsi, les frais d’entretien et de chauffage seront moindres. Elle place son capital enregistré dans une rente viagère, qui lui versera un revenu plus élevé de 20 % que si elle l’avait placé dans un fonds distinct. Dans ce cas, elle peut assurer son train de vie jusqu’à 100 ans. Mais, elle devra abandonner ses projets de rénovation.

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