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Épargne

Étude de cas – Frugalité et retraite anticipée!

13 mai 2016 | Commenter

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Jacques, de Gatineau admet d’emblée qu’il est anxieux de nature. Alors, quand il a récemment appris que son poste serait bientôt supprimé, après presque 30 ans de bons et loyaux services, il a encaissé durement le choc. Jacques a donc fait appel à des experts pour se faire rassurer.

Mais, n’exagérons pas, sa situation n’est pas si dramatique qu’elle en a l’air. Son épouse Suzanne et lui sont tous deux fonctionnaires fédéraux à Ottawa. Comme le gouvernement cherche à réduire son déficit, il a décidé de supprimer des postes dans plusieurs ministères. Celui de Jacques sera aboli dès février 2017, et l’homme de 56 ans sera mis en disponibilité. Il pourrait alors choisir de partir à la retraite avec une rente réduite. Quant à Suzanne, âgée de 57 ans, elle est toujours au boulot. Si son poste n’est pas aboli, elle pourrait continuer à travailler pendant deux ou trois ans et ainsi s’assurer d’une pleine retraite lorsqu’elle rangera ses crayons pour de bon.

La question de Jacques est donc bien simple : son épouse et lui sont-ils bien protégés pour vivre une retraite paisible s’il décide d’arrêter de travailler tout de suite? Ou devrait-il se démener pour se trouver un autre poste dans la fonction publique fédérale?

« Suzanne aimerait bien que j’arrête de travailler maintenant, car ma santé est chancelante », précise Jacques, inquiet. S’il reste jusqu’à 60 ans, sa rente annuelle sera d’environ 67 000 $; s’il part en février, elle tombera à 50 000 $. Une différence substantielle, il va sans dire. Suzanne, en revanche, percevra une rente de 85 000 $, si elle travaille encore pendant quelques années, comme prévu.

Leurs projets de retraite sont simples : voyages, rénovations, jardinage… et peut-être louer ou acheter un condo en Floride pour y passer leurs hivers, si leurs finances le leur permettent.

Gestion serrée

Avec les années, ce couple a su bien gérer ses finances, probablement grâce à une gestion serrée des dépenses. Mensuellement, celles-ci totalisent environ 2 500 $. Ils ont deux voitures, mais comme l’explique Jacques, ils achètent toujours des voitures d’occasion d’un an ou deux qu’ils ont fini de payer.

L’avis d’Alain Doucet

Alain Doucet
Spécialiste de la planification financière et successorale, Financière Sun Life

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Les experts

Kevin Dupuis

François Breton
Planificateur financier, représentant en épargne collective

Nathalie Jacques

Alexandre Demets
Conseiller en sécurité financière

Willie Savard

Nathalie Jacques
Conseillère en sécurité financière

« Cela permet de réaliser de grosses économies », explique Jacques. Lorsqu’ils changent de voiture, ils refilent leur vieille à leur seul fils, qui étudie à l’université.

Ensemble, ils possèdent environ 325 000 $ en REER et 25 000 $ de liquidités pour parer aux imprévus. Ils sont aussi propriétaires d’une maison évaluée à 575 000 $, libre d’hypothèque. Côté assurances, ils sont bien nantis, car leur régime de retraite leur confère une protection pour soins de santé et soins dentaires ainsi qu’une assurance-vie. Ils ont aussi une assurance-vie privée.

Ce qui aide beaucoup dans leur cas, c’est qu’ils sont tous les deux fonctionnaires depuis très longtemps, avec d’excellentes conditions de travail : salaires élevés, bonnes assurances collectives (médicales, dentaires et autres), et pour couronner le tout, un généreux régime de retraite à prestations déterminées indexé.

Leur train de vie est modeste, il se situe à seulement 30 000 $ par année après impôt, soit presque de la simplicité volontaire. Ils ont toujours adopté un profil d’investisseurs très prudent.

Peuvent-ils espérer devenir des retraités migrateurs? Leur retraite est-elle en danger?

Auront-ils besoin du capital accumulé dans leurs REER pour y arriver? Quels judicieux conseils devrait-on leur donner pour le reste de leur vie et pour leur retraite? Peuvent-ils espérer aider leur fils à étudier à l’étranger?

Ils n’en sont pas certains.

 

Kevin Dupuis Opinion no1 :
François Breton, planificateur financier, représentant en épargne collective

Compte tenu de la situation financière du couple, Jacques peut sans problème envisager de donner forme à son projet de retraite dès février 2017, sans compromettre la qualité de vie du couple à la retraite. Un aspect important à retenir dans ce cas particulier est celui de la santé de Jacques, qui semble hypothéquée.

Cela plaide en la faveur du projet du couple. Il n’est pas rare que les gens s’épuisent au cours des dernières années de travail, que ce soit pour prolonger leur carrière, ou parce que leur situation financière ne leur permet pas de cesser de travailler.

Mais le couple a la chance d’avoir les ressources financières voulues pour que Jacques puisse cesser de travailler, sans compromettre le niveau de vie.

On sait, à la lecture du cas, que Suzanne continuera de travailler pendant quelques années. C’est une excellente idée, car cela permettra au couple de s’installer progressivement dans sa nouvelle vie.

Jacques et Suzanne ont nettement vécu en deçà de leurs moyens financiers, ou de leur niveau de vie potentiel. Leur train de vie à la retraite pourrait être beaucoup plus élevé que celui de leur vie active, ce qui peut sembler paradoxal à première vue, mais qui reflète ici le style de vie que le couple a mené à ce jour.

Normalement, avec mes clients, je cherche à faire en sorte que le niveau de vie à la retraite corresponde à celui qu’ils ont connu pendant leur vie active. Compte tenu de leurs revenus, il est surprenant que les dépenses mensuelles de Jacques et de Suzanne ne soient que de 2 500 $; ils pourraient facilement adopter un style de vie plus élevé. Je les inviterais donc à faire une liste de rêves et de projets.

Quand le couple sera à la retraite, ses revenus atteindront 135 000 $ brut, et il paiera environ 34 000 $ d’impôt, en partageant les revenus de retraite entre les deux. Le revenu net serait ainsi de 100 000 $ par année, soit 8 300 $ par mois, alors que les dépenses mensuelles actuelles ne sont que de 2 500 $ par mois.

En outre, Jacques et Suzanne n’ont pas de dettes, ce qui est idéal et constitue habituellement un préalable pour prendre sa retraite. Il est donc clair que le couple peut donner forme aux projets qu’il nourrit actuellement : condo en Floride pour l’hiver, voyages et rénovations.

Le budget de voyages du couple pourrait être, par exemple, de l’ordre de 10 000 $ par année (hypothétiquement).

Quant au condo en Floride, le couple pourrait prévoir un montant d’environ 3 000 $ par mois, soit 12 000 $ par année. Ces deux éléments combinés représenteraient 25 000 $ par année. L’idée de louer un condo avant d’acheter est excellente, puisqu’elle permettrait au couple d’expérimenter ce mode de vie avant de s’engager à plus long terme.

Malgré ces coûts de 2 000 $ par mois environ, qui s’ajouteraient aux dépenses actuelles de 2 500 $ par mois (total de 4 500 $ par mois), le couple aurait une latitude financière de 3 800 $ par mois pour continuer d’épargner, puisque ses revenus nets seront de 8 300 $ par mois.

Cette épargne pourrait être placée dans des CELI, que chacun des membres du couple veillerait à maximiser (jusqu’à concurrence de 46 500 $ chacun) pour se bâtir un filet de sécurité en cas d’imprévus, de problèmes de santé ou autres.

Cette épargne pourrait également être utilisée pour aider le fils du couple à payer ses études. J’émets toutefois une réserve à cet égard, parce que des études à l’étranger peuvent être très coûteuses (les droits de scolarité peuvent atteindre 50 000 $ aux États-Unis, par exemple), et que les ressources du couple ne sont pas illimitées, bien qu’elles soient excellentes.

Il ne serait pas judicieux que Jacques et Suzanne puisent dans leurs REER pour aider leur fils dans ses études, car il y aurait beaucoup d’impôt à payer sur ces décaissements, ce qui ne serait pas sensé du point de vue fiscal et financier.

Le couple pourrait placer les 25 000 $, qui ont été accumulés hors REER en épargne dans des fonds de catégorie de société, avantageux fiscalement.

Notons enfin que l’effet de la rente de Sécurité de la vieillesse et de la RRQ sera marginal, compte tenu de la nature des revenus du couple à la retraite (fonds de pension) et de leur importance, lorsque Jacques et Suzanne auront atteint 65 ans.

En matière d’assurances, si le couple désire avantager son fils au décès, il y aurait peut-être lieu de prendre une assurance-vie payable au deuxième décès pour, par exemple, couvrir certains impôts qui seraient payables sur les REER qui resteraient, ou sur le condo acheté aux États-Unis, ou enfin pour simplement bonifier leur succession.

La résidence, d’une valeur de 575 000 $ actuellement, correspond à un as dans le jeu de cartes du couple, qui pourra éventuellement vendre la propriété pour acheter un condo à moindre prix; le capital résiduel (non imposable) s’ajoutera ainsi à la succession.

En conclusion, Jacques et Suzanne peuvent donner forme à leurs projets de retraite sans crainte, et ce, dès février 2017; ils sont même en mesure d’aider leur fils dans ses études, à condition toutefois de le faire à même les épargnes hors REER, et de ne pas compromettre leur qualité de vie. Je terminerais en insistant sur le fait que le couple vit bien en deçà de son potentiel de qualité de vie, et je n’hésiterais pas à lui recommander de voir découvrir comment tirer parti de ce potentiel.

 

Opinion no:
Alexandre Demets, conseiller en sécurité financière

Si je rencontrais Jacques et Suzanne pour une première entrevue, après avoir pris connaissance des données sur leur situation financière, d’emblée je n’hésiterais pas à leur dire de dissiper toute inquiétude; ils sont en excellente posture pour donner forme à leurs projets de retraite, et ce, dans le cas de Jacques, dès le mois de février 2017.

Toute la discussion qui suivrait serait orientée vers l’établissement d’une stratégie qui tient compte à la fois de leur style de vie actuel et de celui qu’ils souhaitent adopter à la retraite, et des aspects fiscaux qui revêtent une valeur particulière, dans leur cas, compte tenu de l’importance de leurs revenus et de leurs avoirs.

Le montant des rentes, même réduites, serait de 50 000 $ brut, dans le cas de Jacques, s’il quitte son travail en février et de 85 000 $ brut dans le cas de Suzanne, si elle envisage de continuer à travailler quelques années, soit un total de 135 000 $ brut par année. Dans le pire scénario, soit celui où Suzanne prendrait également sa retraite en février, on pourrait déduire que sa rente annuelle tomberait à environ 60 000 $; le revenu total en rentes du couple serait dans ce cas de l’ordre de 110 000 $ brut.

Même si le couple adoptait ce deuxième scénario, il aurait ainsi toutes les ressources financières voulues pour non seulement maintenir son niveau de vie actuel, fondé sur des dépenses de 2 500 $ par mois, mais également pour l’améliorer.

Retenons que la maison du couple, d’une valeur actuelle de 575 000 $, est libre d’hypothèque, et qu’ensemble, Jacques et Suzanne possèdent des REER d’une valeur totale de 325 000 $. Ce montant, combiné à leurs rentes, est déjà supérieur aux ressources dont dispose la moyenne des baby-boomers à la retraite (de l’ordre de 150 000 $), ce qui place le couple dans une situation privilégiée pour faire face à l’avenir.

S’il y a une problématique, c’est que, paradoxalement, le couple se retrouverait avec trop d’argent à la retraite. Comme Jacques et Suzanne ont depuis longtemps un train de vie frugal et économe, s’ils maintiennent leurs habitudes, malgré l’importance de leurs revenus, ils paieront « trop » d’impôt. Comme leurs revenus de retraite seraient pleinement garantis à des degrés qui excèdent leurs besoins, ma première recommandation serait de maintenir leur train de vie à la retraite, et de placer tous les excédents dans des CELI. Cet instrument d’épargne, dont ils ne se sont pas prévalus à ce jour, permettrait à chaque membre du couple de cotiser à hauteur d’un maximum de 46 500 $, ce qui devrait prendre quelques années, en raison du maximum annuel autorisé. Notons que le CELI procure un avantage important aux retraités sur le plan fiscal, le rendement du portefeuille étant à l’abri de l’impôt, jusqu’à ce qu’il y ait décaissement.

Compte tenu des surplus dont disposeront certainement Jacques et Suzanne, l’option du CELI est incontournable. Les fonds qui y fructifieront à l’abri de l’impôt pourront être gardés en réserve jusqu’à ce que le couple vieillissant soit confronté, par exemple, à des dépenses liées à l’état de santé. S’il devait rester des sommes excédentaires, je leur recommanderais d’investir dans des instruments d’épargne fiscalement avantageux, tels que les fonds de catégorie de société – malgré la nouvelle règle fédérale, entrant en vigueur à l’automne 2016, selon laquelle il n’est plus possible de faire des transactions entre fonds, sans que ces transactions aient une incidence fiscale. Je conseillerais également au couple d’investir dans un fonds dont la démarche est plus équilibrée, de type compte « carte blanche » (wrap-account), ou fonds de fonds (obligations, titres canadiens, américains ou internationaux) afin de répartir le risque au niveau mondial. Je privilégierais cette approche plutôt que de créer un portefeuille de cinq ou six fonds différents, assortie d’un service de rééquilibrage automatique tous les mois, car dans ce dernier cas, chaque fois que l’argent sera transféré d’un compte à l’autre, un relevé T4 imposable à la fin de l’année sera produit.

Une fois cette stratégie d’optimisation fiscale mise en place, le couple pourra établir des priorités quant à ses projets de retraite, dont les voyages et le condo en Floride. Toutefois, afin d’assurer une transition progressive de la vie active à la vie à la retraite, je veillerais à inviter le couple à s’adapter en premier lieu à son nouveau mode de vie, pendant deux ou trois ans, avant de s’engager dans l’achat d’un condo.

Au cours de cette période, je rencontrerais périodiquement les membres du couple pour faire un suivi de l’évolution de leur adaptation, afin de les aider à prendre des décisions judicieuses, car il n’est pas rare qu’au cours de cette période, une fois l’euphorie des premiers jours de la retraite passée, certains couples connaissent une désillusion et choisissent de recommencer à travailler.

Pour cette raison, l’achat d’un condo dès le début de la retraite serait prématuré. J’inviterais plutôt le couple à louer et à expérimenter pendant un à trois ans ce mode de vie avant d’engloutir des sommes considérables dans l’achat du condo et dans les nombreux frais accessoires liés à la propriété d’un condo en Floride, dont les frais de condos régis selon des règles différentes de celles qui ont cours au Québec, l’impôt américain, les taxes municipales et celles du comté de l’État et du pays, entre autres.

La réalité de la retraite est parfois fort différente des rêves que l’on nourrit. Par expérience auprès de clients qui ont pris leur retraite, on sait par exemple qu’un couple qui n’a jamais eu l’habitude de voyager au cours de sa vie active ne le fera pas davantage une fois à la retraite.

Pour toutes ces raisons, il serait primordial d’établir avec Jacques et Suzanne une analyse de l’évolution de leur style de vie et de leur niveau de vie, aux différentes étapes de la retraite.

Ainsi, jusqu’à 75 ans, on pourrait établir qu’à leurs dépenses mensuelles actuelles (2 500 $) s’ajouteraient les frais de voyage, ainsi que les frais liés à la location, initialement, puis à l’achat d’un condo, les autres dépenses non récurrentes telles que les rénovations à leur maison, notamment.

Je recommanderais au couple de ne pas intégrer à son budget mensuel les frais de voyage, puisqu’il est incertain qu’ils voyageront assidûment, compte tenu du fait qu’ils ne l’ont jamais fait à ce jour.

Jacques et Suzanne pourront aider leur fils dans ses études, mais il est important qu’ils ne s’étranglent pas financièrement. D’une part, afin de préserver leurs avoirs pour donner forme à leurs projets et améliorer leur propre qualité de vie, mais aussi pour permettre à leur fils d’acquérir une autonomie, qui lui sera précieuse toute sa vie durant.

Enfin, je recommanderai au couple de se prévaloir sans tarder d’une assurance soins de longue durée, compte tenu de leur âge actuel, de leur bon état de santé et de l’incidence de ces variables sur le montant de la prime. Il est permis de penser que pour une prime de quelque 200 $ par mois, le couple pourra ainsi éviter plus tard, lorsque la santé commencera à décliner, d’avoir à puiser de manière trop importante dans ses avoirs pour régler les différents frais liés, par exemple, à une hospitalisation, à l’hébergement dans des établissements spécialisés, à l’achat de médicaments ou encore à des soins auxiliaires à domicile.

Compte tenu de leurs revenus de rentes, auxquels s’ajouteront les prestations de la Sécurité de la vieillesse, celles de la RRQ, et en raison également de leurs avoirs dans leurs REER, dans leurs éventuels CELI, dans leurs placements non enregistrés, ainsi que de la valeur nette de leur maison, Jacques et Suzanne sont promis, avec l’aide d’un bon conseiller financier, à vivre une belle retraite et à laisser à leur fils un patrimoine important. Ils veilleront pendant tout ce parcours à consulter périodiquement un professionnel qui saura les aider à prendre les meilleures décisions pour préserver leur qualité de vie et leurs acquis.

 

Opinion no 3 :
Nathalie Jacques, conseillère en sécurité financière, conseillère en assurances et rentes collectives et planification financière, représentante en épargne collective, Solutions financières N. Jacques inc.

Pour établir des hypothèses de travail, dans l’analyse du cas de Jacques et Suzanne, je me fonde sur un taux d’inflation de 2 %, ainsi que sur l’indexation de tous les régimes de retraite (prestations déterminées, prestations des gouvernements), à raison également de 2 %. Le scénario que je propose est celui où Jacques prendrait sa retraite en février 2017, comme il le souhaite à 57 ans, et Suzanne à 60 ans, car elle aura également droit à une rente non réduite à cet âge. Notons toutefois que compte tenu de la situation financière du couple, Suzanne pourrait également se retirer avant, moyennant une pénalité actuarielle sur son régime de retraite.

Ce scénario est également fondé sur le fait que le couple conservera l’assurance collective bonifiée dont il bénéficie pendant que Suzanne est encore au travail et que la santé de Jacques est actuellement fragile. Pendant ces trois années, celui-ci pourra profiter du régime d’assurance en étant dûment couvert.

J’ai également prévu, dans le scénario proposé, un taux de rendement conservateur de 3 % pour le REER, avant et pendant la retraite, et calculé une estimation de la rente de la RRQ, en fonction de leurs revenus, qui sont largement au-dessus du revenu moyen canadien.

Quant au budget à la retraite, j’augmente le montant des dépenses actuel du couple de 2 000 $ net supplémentaires par mois, pour un total de 4 500 $ net par mois, pour financer le train de vie occasionné par les voyages et d’autres dépenses liées au nouveau mode de vie du couple, y compris l’achat de condos. Cette hypothèse tient compte de la volonté de Jacques et Suzanne de s’acheter un condo en Floride et des frais supplémentaires que cela pourrait occasionner (frais de condo, frais d’entretien, transport aérien et activités diverses dans le Sud), en présumant que le couple vendra sa résidence et s’achètera également un condo au Québec. La valeur de la maison, lorsque Suzanne aura 60 ans, est établie dans notre hypothèse à quelque 610 000 $, ce qui constitue suffisamment de liquidités pour acheter un condo en Floride et au Québec également. On présume que le couple ne contracterait pas d’hypothèque pour régler ses achats immobiliers, mais le scénario adopté ici tient compte des divers frais récurrents liés aux deux propriétés. Il est à noter que le couple pourrait également choisir de louer un condo ou un appartement au lieu de les acheter, et de tout de même vendre sa résidence pour récupérer le produit de la vente.

Dans ce scénario, nous estimons que le couple a amplement de revenus, et même des surplus, pour que Jacques puisse prendre sa retraite à 57 ans. Monsieur n’aurait aucunement l’obligation de se trouver un autre emploi, que ce soit à la fonction publique ou ailleurs. Le projet de devenir des retraités migrateurs est également tout à fait réalisable, en raison de leurs rentes de retraite.

Jacques et Suzanne auront des revenus et des avoirs suffisants pour aider leur fils à payer ses études.

Le capital accumulé dans les REER devra bien sûr commencer à être décaissé au plus tard à partir de l’âge de 71 ans, pour chacun des membres du couple, comme l’exige la loi. Selon un calcul rapide, à l’âge de 60 ans, les revenus mensuels du couple seront de l’ordre de quelque 13 300 $ par mois, ce qui est amplement suffisant pour que le couple puisse réaliser tous ses projets, et même accumuler un surplus. Leur revenu de retraite élevé aura toutefois des incidences fiscales (facture fiscale) et il y aura sans doute récupération progressive de la PSV.

Également, je serais tentée d’inviter le couple à mener une réflexion sur les options qui s’offrent à eux : laisser un avoir successoral important (condos et placements), qui sera imposable au deuxième décès, ou profiter des surplus de revenus pour faire des « dons » ponctuels de leur vivant à leur héritier.

Je recommanderais fortement à Jacques et Suzanne de consulter un spécialiste en planification fiscale et successorale, compte tenu des actifs qui leur survivront.

En outre, le couple n’aura aucune inquiétude à nourrir quant aux possibles dépenses médicales liées à la santé de Jacques. Il faut toutefois retenir que si un des deux conjoints devait séjourner dans un CHSLD, les frais connexes seraient élevés, car ceux-ci sont déterminés en fonction des revenus et des placements du particulier.

En résumé, Jacques et Suzanne sont en excellente posture pour prendre leur retraite au moment de leur choix et donner forme à tous leurs projets.


 

Alain Doucet

L’avis d’Alain Doucet, spécialiste de la planification financière et successorale, Financière Sun Life

Suzanne gagne plus de 100 000 $, si l’on se fie à sa rente; elle pourrait donc facilement faire vivre son couple si Jacques prenait sa retraite maintenant. Il peut attendre confortablement jusqu’à 65 ans pour toucher sa rente.

D’ici là, pour maximiser les revenus, Suzanne peut ajouter Jacques à titre de personne à charge dans sa déclaration annuelle, et profiter ainsi d’un crédit d’impôt. Ou bien, Jacques peut transférer chaque année une somme de son REER pour constituer son CELI. Ainsi, ces retraits seraient minimalement imposés, et permettraient de diminuer l’impôt quand arriveraient la Régie des rentes (RRQ) et la Sécurité de la vieillesse (SV).

Si Jacques a peur pour sa santé et son espérance de vie, il pourrait commencer à toucher la RRQ dès 60 ans, mais le montant pourrait être réduit de 36 % à cet âge. S’il attend en revanche jusqu’à 67 ou 68 ans, il peut toucher davantage. Les personnes qui commencent à 70 ans reçoivent 142 % de plus qu’à 65 ans!

Ils ont droit également à une rente de raccordement pour les années de retraite prises avant 65 ans. Il faudrait vérifier les montants et l’impact que ça aurait.

Côté assurances, la prestation supplémentaire de décès pour Suzanne correspond à deux fois son salaire et sera réduite de 10 % par an à partir de 66 ans, jusqu’à un minimum de 10 000 $ à 75 ans. Au moment du départ à la retraite, comme c’est le cas pour Jacques, ils ont le choix de conserver cette protection en assumant son coût en cas de retraite immédiate. Si Suzanne est en bonne santé, il pourrait peut-être lui en coûter moins cher de souscrire une protection individuelle.

Pour Jacques, étant donné son état de santé, il faudrait évaluer s’il devrait toucher sa rente immédiatement pour avoir droit à cette protection, s’il lui est possible de se procurer une protection individuelle et si, bien sûr, son objectif vise à en conserver une. Une assurance de soins longue durée pourrait également être envisagée afin de protéger le couple dans le futur.

En cas de pépin, le couple a de bonnes réserves, mais il pourrait prendre une marge de crédit sur valeur domiciliaire plutôt que d’effectuer des retraits imposables dans le REER. Les taux d’intérêt sont si bas qu’il vaut la peine d’en profiter.

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