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Épargne

Julie rêve d’une maison à elle

27 mars 2015 | René Lewandowski, Charles Girard, Nicolas Ritoux | Commenter

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La vie de Julie est une suite de projets qui ne semblent pas s’arrêter. Elle veut réaliser plusieurs choses en même temps et se demande si elle en aura le temps et les moyens.

Un de ses rêves serait de s’acheter une maison le plus tôt possible pour y vivre avec sa fille de 8 ans dont elle a la garde à temps plein. Mais voilà, elle ne s’y connait pas trop en finances personnelles, elle se demande si c’est une bonne idée et si elle peut y arriver.

Son véritable problème, en fait, c’est qu’elle ne sait pas par où commencer, car elle essaie de concilier trois choses en même temps.

Le REEE devrait être la priorité de Julie. Découvrez pourquoi.

Jean Turcotte,
Directeur, groupe fiscalité, assurance et gestion de patrimoine à la Financière Sun Life

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Les experts

Martine Bourassa

Martine Bourassa,
conseillère en sécurité financière

Christiane Van Bolhuis

Julie Trottier,
conseillère en sécurité financière

Christiane Van Bolhuis

Christiane Van Bolhuis,
planificatrice financière

  1. Rembourser l’hypothèque de 80 000$ @ 2,9% de son condo de 260 000$ plus rapidement?
  2. Maximiser ses épargnes?
  3. Cotiser à un REEE pour sa fille?

«Je ne sais pas comment prioriser mes paiements», dit la jeune mère de 38 ans, qui aimerait bien se faire guider dans la bonne direction.

Idéalement, elle voudrait demeurer dans son quartier, où elle a ses amis et de la parenté. Elle estime qu’elle pourrait se permettre l’achat d’une propriété de 325 000$, une fois son condo vendu.

Julie a déjà une situation enviable pour sa retraite. Comme fonctionnaire, elle aura droit à une pension équivalant à 70% de son salaire après 35 ans de service. Elle a de plus accumulé un REER de 13 000$ et y cotise 60 $ par période de paie, soit le maximum calculé par Revenu Canada et qui est précisé sur son avis de cotisation.

N’ayant pas encore cotisé au CELI, Julie a une limite de 20 000 $. Rappelons que le rendement en intérêts, en dividendes et en gain en capital du CELI est non imposable. Enfin, Julie entend cotiser une partie du montant non imposable du Soutien aux enfants du Québec de 130 $ qu’elle reçoit mensuellement pour le REEE de sa fille. Combien? Elle n’est pas certaine.

Martine Bourassa Opinion no 1
Martine Bourassa, conseillère en sécurité financière

Il serait souhaitable qu’en premier lieu, Julie mène avec un conseiller financier une analyse de sa situation et de ses besoins afin d’établir un plan d’action bien adapté à son profil d’investisseur.

À partir des données dont nous disposons dans l’étude de cas de Julie, rien ne s’oppose à ce qu’elle effectue la vente de son condo, dont la valeur établie est de 260 000 $, en vue de l’achat d’une maison dont le prix serait de l’ordre de 325 000 $. La valeur nette de son condo actuel, après remboursement de l’hypothèque de 80 000 $, étant de 180 000 $, nous lui recommandons d’utiliser 100 000 $ en acompte sur le prix d’achat de la nouvelle maison, et de contracter une hypothèque de 225 000 $, qui serait à un taux de l’ordre de 2,6 %.

Comme les cotisations de Julie à un REER sont plafonnées à cause du généreux fonds de pension de son employeur, nous lui recommandons de continuer de cotiser à son REER comme elle le fait déjà (60 $ par période de paie).

Par ailleurs, puisque Julie ne s’est pas encore prévalue d’un CELI et qu’il lui reste quelque 27 ans avant l’âge de la retraite, nous lui conseillons de cotiser le maximum admissible dans cet instrument très avantageux. Il est à noter que depuis 2015, le plafond des cotisations admissibles au CELI est passé de 20 000 $ à 36 500 $.

Il serait judicieux que Julie place la totalité du 130 $ qu’elle reçoit mensuellement du Soutien aux enfants du Québec dans un REEE, ainsi qu’un total de 10 000 $, afin d’obtenir le maximum des subventions gouvernementales prévues pour cet instrument (550 $ par année). Compte tenu de son revenu familial, Julie aurait droit à 30 % de subvention sur le premier 500 $ de cotisation, et 20 % sur les tranches supplémentaires situées entre 500 $ et 2 500 $, soit une subvention totale de 550 $ par année. Ainsi, pour un coût de 10 000 $, Julie cumulerait une épargne de 25 000 $ sur 10 ans. À 18 ans, sa fille pourra utiliser ces fonds pour payer une partie de ses études. Si elle devait choisir de ne pas poursuivre ses études, toute la partie qui aura été versée en cotisations par Julie (soit 25 000 $) lui reviendra, libre d’impôt (les subventions lui seront cependant alors retirées).

Nous recommandons enfin à Julie d’utiliser une partie du solde du fruit de la vente de son condo pour souscrire une assurance vie temporaire de 20 ans de 500 000 $, qui couvrira son hypothèque et les besoins de sa fille dans l’éventualité de son décès prématuré. Une assurance permanente de 100 000 $ contribuera à couvrir divers autres coûts dans cette éventualité. Enfin, Julie devrait veiller à se prévaloir d’une assurance en cas de maladie grave avec remboursement des primes après la 15e année. Grâce à ce type de produit d’assurance, Julie sera bien protégée en cas de maladie grave. Si elle ne fait aucune réclamation entre la date de souscription du contrat et la 15e année suivante, elle pourra retirer toutes les primes versées, à l’abri de l’impôt, ce qui représenterait un montant de l’ordre de 17 000 $, exempt d’impôt, qu’elle pourra utiliser pour rembourser une partie du solde de son hypothèque, par exemple.

En respectant ce plan d’action, Julie pourra atteindre tous ses objectifs : acquisition de la maison convoitée, épargne-études pour sa fille, fonds d’urgence dans un compte non enregistré, et accumulation d’un capital pour la retraite, qui, jumelé aux rentes du fonds de pension de son employeur, lui assurera une retraite sereine.

Opinion no 2
Julie Trottier, conseillère en sécurité financière

Selon nous, Julie a toutes les ressources nécessaires pour atteindre ses objectifs. Le plan d’action que nous lui proposons tient compte du fonds de pension avantageux auquel elle aura droit une fois venu le moment de la retraite. Pour cette raison, selon nous, le REER ne revêt qu’un intérêt minime pour elle, du fait du plafonnement de ses cotisations autorisées à un REER, et également de ce qu’une fois à la retraite, elle touchera 70 % de son salaire après 35 années de service. Nous privilégions plutôt la démarche qui suit, compte tenu de ses revenus et de sa situation financière actuelle.

L’investissement dans un REEE serait selon nous la première étape de son plan d’action. En raison des subventions gouvernementales accordées dans le cadre de ce programme, cet instrument est extrêmement avantageux pour accumuler de l’épargne en vue de payer les études de sa fille. Comme cette dernière est âgée de 8 ans, Julie dispose de 10 ans pour contribuer au régime et bénéficier des subventions qu’il prévoit (jusqu’à 8 700 $ par enfant – SCEE + IQEE + BEC). Pour avoir droit à la subvention complète, Julie devra cotiser à hauteur d’environ 2 500 $ par année. Au-delà de ce niveau, elle ne recevra aucune subvention supplémentaire.

Lorsque sa fille entreprendra ses études, elle pourra retirer à la fois le rendement et les subventions reçues, ainsi que le capital, qui sera non imposable du fait qu’il n’aura donné droit à aucun crédit d’impôt. Seuls le rendement accumulé et les subventions seront imposables aux mains de l’enfant.

Si par ailleurs la fille de Julie décidait de ne pas entreprendre d’études, elle disposerait de six mois pour demander un retrait de son REEE. S’il reste des sommes dans le REEE, les subventions devront être remises à l’État et le reste des fonds pourra être encaissé par Julie, qui devra payer l’impôt, selon son taux d’imposition habituel, auquel s’ajoutera une pénalité de 20 %. Pour éviter cette pénalité, Julie peut verser les revenus du REEE dans son REER, si elle n’a pas atteint le maximum autorisé.

La deuxième étape consisterait à cotiser à un CELI, en se prévalant en premier lieu des droits de cotisation non utilisés, Julie n’ayant pas utilisé cet instrument depuis sa création en 2009. En plus de permettre un rendement à l’abri de l’impôt, le CELI offre l’avantage de la liquidité des fonds. Ainsi, après quelques années, Julie pourrait utiliser une partie des sommes accumulées dans le CELI pour accélérer le remboursement de son prêt hypothécaire, par exemple. Julie devrait cotiser à son CELI à hauteur de 5 500 $ par année, jusqu’à concurrence du plafond des cotisations admissibles, qui est de 36 500 $. À titre indicatif, si Julie versait une cotisation de 5 000 $ dans son REER, elle obtiendrait un remboursement d’impôt de 1 918,50 $. À sa retraite (dans 25 ans), si nous calculons un rendement de 6 %, ce 5 000 $ aura atteint 21 459,35 $. La totalité de ce montant sera imposée lors du retrait à un taux hypothétique de 38,37 %. Elle pourra utiliser 13 225,40 $ net d’impôt.

Par ailleurs, si ce même 5 000 $ était placé dans un CELI, il ne produirait pas le remboursement d’impôt immédiat de 1 918,50 $. Cependant, si nous conservons le même rendement de 6 %, Julie aura 21 459,35 $ dans son CELI, mais n’aura aucun impôt à payer sur cette somme! Elle aura donc gagné 8 233,95 $, moins son remboursement d’impôt (1 918,50 $) qu’elle n’aura pas eu en cotisant à son CELI au lieu de son REER. Ainsi, elle se sera enrichie de 6 315,45 $ pour cette seule année d’imposition! Le CELI est donc clairement plus avantageux que le REER dans son cas.

Par ailleurs, à l’occasion de l’achat de sa nouvelle maison, nous suggérons à Julie de verser un acompte de 20 % comptant et d’utiliser le solde du fruit de la vente de son condo pour investir le maximum dans son CELI, ainsi que dans des fonds de catégorie de société; le rendement annuel n’étant pas imposé dans ce cas, sauf s’il y a retrait. Cette hypothèse vaut dans la mesure où Julie se sentira à l’aise d’avoir une hypothèque élevée.

Julie est promise à une retraite confortable avec 70 % de son salaire, après 35 années de service, du fait, en outre, que son hypothèque sera entièrement remboursée lorsqu’elle aura atteint l’âge de se retirer.

En terminant, afin de protéger son patrimoine et de parer à toute éventualité, nous recommandons fortement à Julie de souscrire une assurance vie avec participation, payable en 20 ans. Elle pourra ainsi récupérer toutes les primes payées après 20 ans. Noter toutefois que cette forme d’épargne n’offre pas l’avantage de la liquidité, contrairement au CELI. Une assurance en cas de maladie grave s’impose également, afin de ne pas compromettre sa santé financière et le bien-être de sa fille, si elle devait recevoir un diagnostic de maladie grave.

Opinion no 3
Christiane Van Bolhuis, planificatrice financière

Notre toute première recommandation à Julie serait d’établir un budget reflétant sa situation financière actuelle de manière détaillée, puis de cerner ses projets par ordre de priorité, afin de brosser un plan d’action axé sur ses priorités et qui tiendrait compte de ses ressources financières. Julie aurait ainsi, notamment, une meilleure idée des paiements hypothécaires qu’elle pourrait se permettre, mais aussi de sa capacité d’épargner. Cet exercice est à la base de toute bonne planification financière.

Comme elle a une petite hypothèque, que son taux hypothécaire est bas et qu’elle ne bénéficie d’aucun avantage fiscal à faire des remboursements anticipés sur son prêt, nous lui conseillons de privilégier tout type d’épargne, qui lui permettrait de profiter d’un certain allégement fiscal. Compte tenu du fonds de pension offert par son employeur, la stratégie REER actuelle de Julie pourrait être maintenue telle quelle (cotisation maximale annuelle, prenant en considération le plafonnement des droits de cotisation).

Nous recommandons à Julie de se tourner vers une stratégie qui privilégierait l’épargne sous forme de cotisations à un REEE, ainsi qu’à un CELI.

Au chapitre du REEE, Julie devrait cotiser à hauteur de 2 500 $ par année, afin de maximiser les subventions gouvernementales accordées dans le cadre de ce régime. Ainsi, le gouvernement fédéral contribuera au régime à hauteur de 20 % des cotisations versées par le parent, jusqu’à concurrence de 500 $ par année, et le gouvernement provincial contribuera quant à lui à hauteur de 10 %, jusqu’à concurrence de 250 $ par année.

Quant au CELI, nous suggérons à Julie de mettre cet instrument financier à contribution, car il lui permettra d’obtenir un rendement des sommes cotisées, à l’abri de l’impôt. Du fait de son caractère liquide et de sa souplesse, le CELI peut servir à diverses fins : comme compte pour couvrir les dépenses de divers projets reliés à la maison, ou pour tout autre besoin. La croissance générée n’est jamais imposée au retrait, et il est possible de remettre la cotisation retirée l’année suivante. Il s’agit donc d’un instrument financier très avantageux.

Comme la valeur nette du condo de Julie s’élève à 180 000 $, nous l’incitons à cotiser un maximum de 36 500 $ au CELI, et à hauteur de 2 500 $ par année au REEE. Les sommes accumulées dans le CELI pourront l’aider dans son projet de nouvelle maison et ainsi être utilisées pour payer des rénovations, les taxes de bienvenue, ou les frais de notaires, par exemple.

Une autre possibilité pour Julie consisterait à utiliser la valeur nette de son condo comme mise de fonds au moment de l’achat de la nouvelle maison afin d’accélérer le paiement de l’hypothèque, et d’en diminuer le fardeau mensuel.

Dans le but de protéger son patrimoine et la sécurité financière de sa fille, Julie devrait également souscrire une assurance vie et une assurance en cas de maladie grave, afin, dans ce dernier cas, de parer aux diverses dépenses occasionnées par une éventuelle maladie grave. Il existe certains contrats d’assurance qui, moyennant une prime légèrement plus élevée, permettent de récupérer les primes au décès ou à la résiliation du contrat, après une certaine période suivant la mise en vigueur du contrat. Julie devrait se renseigner auprès de son conseiller financier à ce sujet. Retenir toutefois qu’il importe de ne pas être sous-assurée, ni d’être surassurée, mais bien de couvrir son besoin.

En conclusion, soulignons qu’il y a plusieurs solutions possibles pour aider Julie à atteindre ses objectifs. Un bon conseiller financier saura personnaliser son plan financier, en respectant son profil financier, et en adoptant des stratégies qui sauront correspondre aux priorités et à la personnalité de Julie.


 

Jean Turcotte

L’avis de Jean Turcotte
Directeur, groupe fiscalité, assurance et gestion de patrimoine à la Financière Sun Life

La première chose que Julie devrait faire, en tant que mère monoparentale, serait de maximiser les REEE pour sa fille.

Elle évoque une cotisation de 1 560 $ par an, mais si j’étais son conseiller, je lui proposerais de faire un petit effort pour atteindre 2 500 $. Cela lui permettrait de tirer le meilleur parti des aides gouvernementales que sont l’Incitatif québécois à l’épargne-étude (IQEE) de 250 $ et la Subvention canadienne pour l’épargne-étude (SCEE) de 500$.

Quant à son épargne-retraite (REER), c’est une idée louable, mais encore faudrait-il dresser un budget pour connaître sa capacité à mettre de l’argent de côté. Julie a déjà une bonne base de sécurité financière grâce au régime à prestations déterminées de son employeur. C’est un revenu de retraite garanti. Cet argent lui permettrait peut-être de prendre un peu plus de risque dans la portion REER de son épargne-retraite, même si celui-ci est limité par un facteur d’équivalence élevé.

Le choix entre le remboursement de l’hypothèque ou l’investissement dans le REER dépendra de son profil d’investisseur, de son horizon de placement, de sa tolérance au risque et de son taux d’imposition au moment du retrait du REER.

Si Julie est de nature prudente, elle devrait préférablement rembourser sa dette en priorité, étant donné les taux de rendement anémiques actuels des produits de placement garantis. Toutefois, si elle est prête à investir de façon un peu plus dynamique pour une période suffisamment longue, elle pourrait viser à obtenir un taux de rendement de 5 ou 6 % dans son REER, ce qui est supérieur à son taux hypothécaire actuel. Ainsi, si son taux d’imposition projeté au moment du retrait de son REER est inférieur ou égal à son taux actuel, il serait préférable d’investir dans un REER que de rembourser son hypothèque.

Dans le cas où Julie choisirait d’investir dans un CELI plutôt que de rembourser son hypothèque, la seule variable à considérer serait le taux de rendement du CELI par rapport au taux d’intérêt sur la dette. Si le taux de rendement du CELI est supérieur au taux d’intérêt de l’hypothèque, le CELI s’avérera plus avantageux. Dans le cas contraire, il vaudrait mieux rembourser l’hypothèque.

Dans tous les cas, Julie aurait intérêt à rencontrer un conseiller afin d’établir ses objectifs, valider certaines informations et dresser un plan clair.

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