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Les experts financiers recommandent – Fabien Champagne

2 mai 2013 | Fabien Champagne

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Le fait que Sophie et Marc aient réussi, bon an mal an, à accumuler 530 000 $ dans leurs REER depuis l’acquisition du commerce du père de Sophie, en 1978, illustre que leurs revenus ont été suffisants, en faisant preuve de discipline, pour leur permettre d’épargner un tant soit peu en vue de la retraite. C’est de bon augure pour leurs projets de retraite, mais selon nous insuffisant pour qu’ils puissent envisager de la prendre à 60 ans.

Pour cette raison, et diverses autres que nous illustrerons plus bas, nous articulons notre proposition en émettant l’hypothèse que Sophie et Marc prendront leur retraite à 66 ans. Toutes les valeurs sont exprimées en dollars d’aujourd’hui.

Dans l’étude de cas proposée, plusieurs éléments d’information manquent pour nous permettre de ventiler avec justesse la répartition du budget de dépenses du couple, notamment au poste des soins que requiert le handicap d’Ariane.

D’emblée, nous ne saurions assez leur recommander d’établir clairement leur budget, afin notamment de cerner avec exactitude leur capacité d’épargner en vue de la retraite, ainsi que les besoins chiffrés d’Ariane, actuels et futurs.

On sait que l’avoir net actuel du couple est de l’ordre de 1,6 million de dollars, exclusion faite de la valeur de la résidence. Or, pour produire le revenu annuel combiné souhaité de 157 500 $ à la retraite (soit dans 12 ans, dans l’hypothèse où Julie, puis Marc, prendraient leur retraite à 66 ans), toutes sources confondues (épargne-retraite, épargne non enregistrée, REER, CELI, RRI, Sécurité de la vieillesse et Régime de rentes du Québec), Sophie et Marc devront tout mettre en œuvre pour s’imposer une discipline rigoureuse d’épargne.

Nous excluons l’hypothèse que leurs revenus proviendraient exclusivement du placement du capital accumulé, puisque le couple se verrait ainsi astreint à devoir économiser plus de 125 000 $ par année, ce qui ne saurait être plausible, pour qu’il puisse prendre sa retraite à 60 ans.

C’est pourquoi nous émettons l’hypothèse d’une retraite à 66 ans, pendant laquelle ils auront droit aux prestations maximales de la Sécurité de la vieillesse, ainsi que du Régime de rentes du Québec. Ainsi, dans ce scénario, Sophie et Marc toucheraient tous deux une prestation de la Sécurité de la vieillesse de l’ordre de 550 $ chacun par mois (prestations combinées de 1 100 $ par mois, ou 13 200 $ par année), et une prestation du Régime de rentes du Québec d’environ 1 012 $ chacun, par mois (soit 24 288 $ par année).

Or, en présumant que leur capital augmenterait d’environ 4 % par année d’ici la retraite (dans 12 ans, dans le cas de Julie, et dans 13 ans dans le cas de Marc), le capital accumulé leur permettrait d’obtenir le revenu désiré. De plus, selon leur capacité d’épargne, ils pourraient même devancer quelque peu leur retraite.

Il serait toutefois sage que Sophie et Marc revoient à la baisse, autant que possible, l’usage qu’ils prévoient faire de leurs revenus annuels à la retraite, afin de ne pas éroder leur capital.

La possibilité de travailler à temps plein ou à temps partiel, que le couple envisage comme possibilité après la vente de l’entreprise si celle-ci survient au cours des 10 prochaines années, peut également constituer une bonne façon de combler le manque à gagner, dans l’éventualité où l’objectif d’épargne en vue de la retraite ne serait pas tout à fait atteint.

En outre, le couple pourrait envisager de louer l’immeuble commercial, plutôt que de le vendre. Les revenus de location ainsi obtenus pourraient être supérieurs aux revenus qui proviendraient d’un placement du produit de la vente de l’immeuble.

Afin de pourvoir aux besoins d’Ariane, s’il devait survenir un décès prématuré des parents, il serait en outre sage que le couple souscrive une assurance vie payable au deuxième décès. Les revenus de cette assurance, combinés à l’héritage que Marc et Sophie laisseraient à Ariane, seraient selon nous suffisants pour garantir la qualité de vie d’Ariane.

Enfin, outre le REER, le CELI, la Sécurité de la vieillesse et le Régime de rentes du Québec, d’autres sources de revenus s’offrent également au couple pour se bâtir un capital en vue de sa retraite, dont une rente viagère réversible, et le régime de retraite individuelle (RRI), pertinent du fait que Marc et Sophie sont tous deux actionnaires de l’entreprise. Nous ne saurions toutefois assez insister pour que le couple, s’il envisage cette avenue, en circonscrive toutes les forces et faiblesses, avec l’aide de spécialistes-conseils en fiscalité des sociétés.

En conclusion, en établissant clairement leur capacité d’épargne et en se pliant à une discipline rigoureuse, Sophie et Marc devraient être en mesure de cumuler les fonds requis pour atteindre leur objectif de retraite, pour peu qu’ils attendent l’âge de 65 ans pour la prendre. Pour pourvoir aux besoins d’Ariane après leur décès, ils seraient également bien avisés de prévoir une fiducie testamentaire en vertu de laquelle un tiers pourra administrer le patrimoine de manière à garantir une réponse adéquate aux besoins d’Ariane.


 
Fabien Champagne, LL.B., D.D.N., Pl. Fin., directeur régional du service de planification financière et successorale à la Financière Sun Life

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