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Les experts financiers recommandent – Guylaine Lafleur

21 mai 2013 | Guylaine Lafleur

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Compte tenu des objectifs de revenus de retraite que Sophie et Marc ont établis, et de leur volonté de garantir à Ariane le maintien de sa qualité de vie, de leur vivant et advenant leur décès, tous les efforts du couple doivent être axés sur une maximisation de l’épargne jusqu’à ce que Sophie atteigne l’âge de la retraite, soit pour les 12 prochaines années, dans l’hypothèse d’une retraite complète à 65 ans.

Le couple envisage de prendre une retraite progressive, en deux temps. Ainsi, lorsque Sophie atteindra l’âge de 60 ans (dans 7 ans), le couple prendrait une semi-retraite, où chacun travaillera à mi-temps, jusqu’à ce qu’elle atteigne son 65e anniversaire (Marc aura alors 64 ans). À ce moment-là, successivement, Sophie et Marc pourront toucher la rente maximale de la RRQ et le montant maximal de la Sécurité de la vieillesse.

Comme le couple souhaite maintenir à la retraite le même coût de vie qu’actuellement, soit l’équivalent de 120 000 $ net après impôt, toute la stratégie doit converger vers cet objectif. Ce coût de vie correspond à leurs revenus nets actuels en considérant une cotisation maximale au REER, puisque leurs revenus avant impôt sont de 112 000 $ chacun.

Voyons en chiffres quelle pourrait être la source des revenus annuels souhaités par le couple, afin de mieux établir quelle devra être leur discipline d’épargne d’ici l’âge de la retraite.

En premier lieu, dans l’hypothèse où chacun des deux conjoints aura droit à la rente maximale de la RRQ à l’âge de 65 ans, les revenus provenant de cette source seraient de l’ordre de 12 150 $ chacun, soit un total de 24 300 $.

Au chapitre de la Sécurité de la vieillesse, nous émettons l’hypothèse que les deux conjoints auraient également droit à la rente maximale qui, selon les données actuelles, serait de 6 553 $ chacun, pour un total combiné de 13 106 $.

En combinant la rente de la RRQ et celle de la Sécurité de la vieillesse, le couple sait donc que, lorsque les deux conjoints auront atteint l’âge de 65 ans, il touchera un total de 37 406 $. Les revenus manquants devront être comblés par le capital accumulé dans leurs REER, leurs CELI et autres épargnes hors REER.

Voyons maintenant de quels éléments sera constitué ce capital.

Si chacun des deux conjoints veille, d’ici l’âge de la retraite, à verser annuellement dans son REER la cotisation maximale autorisée, soit, selon nos calculs, quelque 20 160 $ chacun par année, la somme combinant les sommes déjà accumulées dans leurs REER, soit 530 000 $ (réparti également entre Sophie et Marc), et leur apport combiné au chapitre du REER d’ici la retraite, sera de 1,5 M$.

Quant au CELI, Sophie et Marc n’ont pas les surplus annuels actuellement pour y cotiser au maximum, puisqu’avec leur revenu brut de 112 000 $ chacun, tenant compte de leur coût de vie, ils dégagent un surplus annuel de l’ordre de 3 500 $. Ils devraient commencer par y investir, préalablement, les 25 000 $ qu’ils ont déjà mis de côté au chapitre de l’épargne non enregistrée, puisqu’ils ont fort probablement une marge disponible de 25 500 $ chacun en 2013. En cotisant annuellement leurs surplus, ils devraient avoir cumulé dans leurs CELI, à l’âge de 65 ans, un total combiné de 250 000 $.

S’ils veulent y cotiser au maximum, ils devront réduire leur coût de vie, qui est actuellement de 120 000 $.

Le placement du produit de la vente de l’immeuble commercial, dont la valeur nette actuelle est de 300 000 $, combiné à la vente de la société par actions, dont la valeur nette après impôts est actuellement établie à 800 000 $, soit un total de 1,1 M$, viendra compléter les épargnes requises.

Dans ce contexte, le couple sera en mesure d’assumer son coût de vie de 120 000 $ indexé annuellement selon notre hypothèse d’inflation de 2,5 % jusqu’à l’âge de 83 ans, en supposant un rendement sur leurs placements de 4 % par année. À ce moment, leurs épargnes seront complètement épuisées. Selon les Normes d’hypothèse de projection de l’Institut Québécois de la planification financière, l’épuisement du capital suggéré est au moment où la probabilité de survie d’un des conjoints est de 25 %, soit 96 ans dans leur cas.

Nous avons rejeté l’hypothèse de la vente de la résidence familiale, que le couple souhaite conserver, ainsi que celle de la location, plutôt que de la vente, de l’immeuble commercial. La location d’un immeuble commercial peut certes être une source de revenus, mais comporte des contraintes administratives, notamment, que nous estimons inappropriées pour un couple à la retraite.

Afin de respecter la durée d’épuisement du capital, le couple devra prévoir soit des sources de revenus additionnels, dont des revenus d’emplois à temps partiel ou occasionnels, des revenus d’autres placements, ou encore une épargne additionnelle réduisant ainsi son coût de vie actuel. En fait, s’ils réduisaient leur coût de vie actuel à 110 000 $ afin de maximiser leur épargne au CELI et qu’ils réduisaient ce coût de vie à 95 000 $ en dollars d’aujourd’hui à compter de 70 ans, Marc et Sophie épuiseraient leur capital à l’âge de 95 ans.

Ils pourront aussi accepter de vendre leur résidence actuelle d’une valeur de 500 000 $, s’ils préfèrent ne pas réduire leur coût de vie !

Toutes les conditions sont réunies pour préserver la qualité de vie du couple à la retraite, mais aussi celle d’Ariane. Compte tenu de l’importance du capital dont dispose déjà le couple, si par malchance les deux conjoints devaient décéder, le patrimoine, que le couple veillerait à léguer à Ariane sous la forme d’une fiducie testamentaire, serait amplement suffisant pour répondre aux besoins d’Ariane de son vivant.


 
Guylaine Lafleur, LL.B., D.D.N., Pl. Fin.

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