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Indice de report de la retraite : Passer des perceptions à la planification

1er août 2013 | Sylvain Bouffard, SimplementBrillant.ca

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À en croire la plus récente mouture de l’Indice de report de la retraite Sun Life1, tout indique que les Canadiens se résignent progressivement à l’idée d’une retraite qui devra se faire attendre un peu plus longtemps.

En effet, l’imposant sondage (plus de 3 000 répondants), réalisé pour une cinquième fois par la Financière Sun Life, permet de valider et surtout de confirmer cette tendance observée dans les éditions précédentes : les Canadiens s’attendent à travailler plus longtemps avant de pouvoir goûter les joies de la retraite. En moyenne, ils s’attendent maintenant à devoir travailler jusqu’à l’âge de 67 ans — et ici, l’emploi du verbe «devoir» est particulièrement indiqué : 63 % des Canadiens qui s’attendent à travailler passé l’âge habituel de la retraite anticipent qu’ils le feront par obligation, comparativement à 37 % qui s’attendent à le faire par choix personnel.

De ce point de vue, on pourrait penser qu’au-delà de facteurs circonstanciels comme la crise financière de 2009, les attentes des Canadiens par rapport à la retraite sont en train de changer de manière plus profonde. Prenons, par exemple, le pourcentage de répondants qui ont dit s’attendre à travailler à temps plein au-delà de l’âge de 65 ans. En 2008 et 2009, cette proportion était de 16 %. Au lendemain de la crise, celle-ci est passée à 20 %. En 2012, elle a bondi à 26 %! Ainsi, même s’il est vrai que les préoccupations demeurent vives quant à la suffisance des épargnes, d’autres facteurs sont possiblement à l’origine de ce changement. On peut supposer, par exemple, qu’après la hausse annoncée l’hiver dernier par le gouvernement Harper de l’âge d’admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse, plusieurs croient que ce n’est qu’une question de temps avant que le Canada ne fasse comme plusieurs autres pays et n’ajuste à la hausse l’âge officiel de la retraite.

S’il est un élément qui frappe particulièrement parmi les résultats détaillés de l’étude, ce n’est pas seulement que les perceptions évoluent à l’égard de la retraite; c’est le fait que nos attentes personnelles par rapport à notre propre retraite tendent à s’appuyer de manière disproportionnée sur des perceptions et des impressions. Et c’est particulièrement vrai au Québec.

En effet, on peut difficilement faire autrement que de s’interroger sur la solidité de nos prévisions en vue de la retraite : s’appuient-elles sur des calculs rigoureux ou sur de simples impressions?

Par exemple, de toutes les provinces, le Québec est celle où la prise d’actions concrètes liées à la planification de la retraite est la moins présente. Les répondants du Québec (n=505) sont les moins portés à faire des cotisations régulières dans un compte d’épargne-retraite enregistré (16 % vs 22 % pour l’ensemble du Canada) ou à avoir discuté de leur situation avec un conseiller ou un planificateur financier (24 % vs 29 %). Ils sont aussi les moins enclins à avoir commencé à penser à la planification de leur retraite (34 % vs 43 %) ou même à avoir discuté de la chose avec leur conjoint (20 % vs 30 %).

Dans l’ensemble, seulement un répondant du Québec sur deux (49 %) considère qu’il possède les connaissances nécessaires pour planifier sa retraite. C’est passablement moins que ce que l’on retrouve du côté de l’Alberta (58 %) ou du Manitoba et de la Saskatchewan (59 %).

Qu’à cela ne tienne, les Québécois ont bon moral quant à leurs finances personnelles : quand on leur demande de qualifier leur épargne personnelle ou leur niveau d’endettement, ils sont proportionnellement plus nombreux que partout ailleurs à les qualifier de «bonnes» ou «d’excellentes» (24 % vs 18 % pour le Canada sur l’épargne personnelle; 41 % vs 35 % pour ce qui est de l’endettement). Pas de doute, le niveau de bonheur est plus présent au Québec (65 % des répondants qui le qualifient de bon ou d’excellent, vs 58 % à l’échelle canadienne).

Ce ne sont toutefois pas là des statistiques pour nous rassurer.

Si les Québécois ont une perception comparativement positive de l’état de leurs finances, peut-être est-ce lié à leurs attentes très – ou trop? – optimistes quant au niveau d’épargne nécessaire pour s’assurer des revenus de retraite adéquats. En effet, les répondants du Québec s’attendent à disposer durant leur retraite de revenus annuels de 45 000 $, ce qui est à peu près identique aux répondants des autres provinces. Par contre, pour s’assurer de tels revenus, ils se donnent un objectif total d’épargne qui est de 27 % inférieur à la moyenne canadienne (281 536 $ vs 385 687 $).

Bref, s’il est une chose à retenir des résultats détaillés de l’Indice de report de la retraite Sun Life, c’est que les répondants québécois semblent avoir une façon un peu plus insouciante d’aborder la préparation de la retraite. Derrière l’absence d’inquiétudes saillantes par rapport à leur niveau d’épargne, force est de remarquer une propension plus grande qu’ailleurs à ne pas avoir une vision précise de ce que l’avenir réserve. Une personne sur cinq a répondu « ne sais pas » lorsqu’interrogée sur ce qu’elle pensait faire à l’âge de 66 ans. Dans la même veine, lorsqu’on a demandé aux Québécois s’ils se considèrent à risque de vivre plus longtemps que leur épargne, la réponse la plus fréquente a été « ne sais pas » à 42 %!

C’est probablement là l’élément le plus préoccupant, parce que la compréhension de nos réels besoins financiers à long terme est le préalable naturel à la prise de mesures concrètes. Aussi, il y a un risque réel à baser la préparation de sa retraite principalement sur ses propres perceptions et impressions. On ne le dira jamais assez, une planification rigoureuse est beaucoup plus souhaitable et, en fin de compte, beaucoup plus fiable.


 
1 Sondage Ipsos Reid mené entre le 29 novembre et le 6 décembre 2012 pour le compte de la Financière Sun Life


 
Source originale : Indice de report de la retraite : Passer des perceptions à la planification, par Sylvain Bouffard pour SimplementBrillant.ca.

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