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Épargne

Prendre sa retraite sans dette : Une idée révolue?

6 août 2013 | Commenter

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Mise en contexte

Selon les plus récentes données de Statistique Canada, 48 % des retraités de 55 à 64 ans, 37 % des retraités de 65 à 74 ans et 20 % des retraités de plus de 75 ans ont des dettes. Tous groupes d’âge confondus, le montant médian de l’endettement des retraités s’établit à 19 000 $. À la lumière de cette réalité, nous avons demandé à deux conseillers de commenter l’affirmation suivante : « L’idée d’être affranchi de ses dettes avant le départ à la retraite est révolue. »

Scott Plaskett, PFA
Planificateur financier principal et PDG, IRONSHIELD Financial Planning, Toronto

Je ne dirais pas nécessairement que c’est une idée révolue, mais il arrive que des retraités décident sciemment de maintenir un certain endettement, et cela peut être acceptable selon le cas. Par exemple, j’ai une cliente qui a décidé de déménager à Vancouver après son départ à la retraite. Les maisons s’y vendent plus cher et elle a donc souscrit une hypothèque de 100 000 $. J’avais certaines appréhensions au départ, mais j’ai fait les calculs et, selon ses dépenses et les ressources dont elle dispose pour maintenir son train de vie, elle ne devrait avoir aucune difficulté à rembourser son prêt hypothécaire aux taux d’intérêt actuellement en vigueur. Cela étant dit, chaque fois qu’elle revient me voir parce qu’elle a un peu d’argent à placer, je lui recommande toujours de l’utiliser pour rembourser une tranche de son prêt hypothécaire.

C’est important de planifier, mais c’est tout aussi important de définir son mode de vie. Selon moi, les gens de nos jours savent qu’ils peuvent faire des sacrifices aujourd’hui pour rembourser leurs dettes d’ici un certain âge, mais ils sont tout aussi conscients qu’ils pourraient ne plus être là demain. La vie est précieuse, et plusieurs personnes préfèrent en profiter. Elles acceptent donc d’être endettées à la retraite. Bien qu’il soit nécessaire de planifier son avenir financier, je demande toujours à mes clients si leur objectif est vraiment d’être la personne la plus riche de leur résidence pour personnes âgées.

La technologie permet aux conseillers financiers de produire des prévisions beaucoup plus précises qu’il y a vingt ans, par exemple. Lorsque j’ai commencé ma carrière, les modèles de planification financière que nous utilisions étaient beaucoup moins raffinés et les gens redoublaient souvent de prudence pour éviter de survivre à leurs économies. Aujourd’hui, une fois que nous avons établi la somme dont le client a besoin pour atteindre ses objectifs, s’il me dit qu’il veut épargner davantage, je vais lui demander pourquoi.

Cependant, il est essentiel d’avoir une vue d’ensemble. On doit tenir compte de tous les objectifs du client et répondre à la question suivante : « Ce niveau d’endettement est-il soutenable en fonction de son train de vie? » Si le client doit faire de lourds sacrifices pour réussir à acquitter ses versements mensuels, il est surendetté. Mais si les rendements de ses placements ou ses prestations de retraite lui permettent de rembourser ses dettes et qu’il lui en reste assez pour soutenir son train de vie, il peut se permettre un certain niveau d’endettement à la retraite.

Jeff Swanson, PFA, AVA, BAA, RHU, CHS
Conseiller en gestion du patrimoine, Swanson Financial Footprint Inc., Vancouver

Au cours des dernières décennies, il n’était pas aussi courant de voir des retraités maintenir des dettes importantes. Cependant, compte tenu de la faiblesse historique des taux d’intérêt, un trop grand nombre de Canadiens – retraités ou non – vivent aujourd’hui avec la conscience relativement tranquille malgré un niveau d’endettement élevé. Actuellement, ces personnes sont à l’aise avec le montant de leurs mensualités, et les retraités ont les moyens de payer de telles mensualités. Mais lorsque les taux d’intérêt augmenteront – et ça finira par arriver – le montant des mensualités augmentera également et beaucoup de Canadiens seront alors coincés. Ce sera surtout le cas des retraités qui disposent d’un revenu fixe.

Il y a des exceptions. La plupart de mes clients arrivent à la retraite avec des portefeuilles de placements considérables, mais certains ont une deuxième propriété – par exemple, un chalet au bord d’un lac ou un pied-à-terre à Palm Springs ou en Arizona – qui est grevée d’une petite hypothèque. Ils ne veulent pas liquider leurs placements pour rembourser le prêt hypothécaire. Dans de tels cas, je ne suis pas nécessairement d’avis que c’est une mauvaise dette. Cependant, je suggère à ces clients de liquider certains placements, de rembourser le prêt hypothécaire, puis de réemprunter le même montant pour réacquérir les placements qu’ils ont liquidés. Ainsi, leur portefeuille de placements demeure inchangé, mais nous transformons une dette non déductible du revenu imposable en une dette déductible du revenu imposable. Bien entendu, cette stratégie soulève des considérations fiscales, alors je recommande toujours à mes clients de consulter un comptable ou un conseiller professionnel. Il en demeure que cette avenue peut contribuer à améliorer la situation d’un retraité qui a des dettes.

Je n’aime pas voir les gens prendre leur retraite lorsqu’ils ont une hypothèque très élevée à rembourser, parce qu’une augmentation des taux d’intérêt pourrait les forcer à prendre des décisions difficiles, comme vendre leur maison ou sacrifier le train de vie qu’ils souhaitaient pour leur retraite. Si j’avais une règle pratique à proposer, ce serait d’inciter les gens à rembourser toutes leurs dettes avant la retraite, surtout leurs marges de crédit et autres dettes qui – dans les faits – leur permettaient de financer leur train de vie. Cependant, je n’aime pas généraliser, car ceux qui ont une deuxième propriété ou une grande entreprise ainsi que des portefeuilles de placements considérables voudront préconiser le statu quo. À mon avis, un certain endettement est acceptable dans de tels cas, surtout s’il est possible de déduire les frais d’emprunt du revenu imposable.

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