A A A
Épargne

Quoi faire avec 100 000 $ à 25 ans?

18 septembre 2015 | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer

On rêve tous d’être jeune, riche et en bonne santé, mais, soyons réalistes, ce n’est pas donné à tout le monde. Pourtant, Jérémie, de Trois-Rivières, y est parvenu. À 25 ans, celui-ci a encore toute la vie devant lui, il est en très grande forme et, oui, on peut dire que son emploi lui permet d’être relativement riche. Assez en tout cas pour avoir déjà accumulé 100 000 $, dont il ne sait que faire.

« Cet argent dort dans mon compte de banque », avoue le jeune homme, conscient néanmoins que ce n’est pas la meilleure stratégie…

Il est vrai que Jérémie est en âge de réaliser des projets. Parmi eux, il y en a un qui concerne son emploi : il travaille dans les médias, et il sera probablement muté à Montréal, éventuellement. Mais quand? Il n’en a aucune idée. D’ici un an? Possible, mais peut-être plus tôt ou plus tard.

Cette incertitude soulève chez lui une foule de questions d’ordre financier. Par exemple, s’il déménage à Montréal, devra-t-il acheter un triplex, un duplex, un condo, et utiliser ses économies comme mise de fonds? En raison des prix actuels de l’immobilier et parce qu’il n’est pas très doué manuellement pour les rénovations, Jérémie n’est pas certain que ce soit une bonne idée.

« Ne serait-il pas plus sage que je demeure locataire et que j’utilise cet argent à d’autres fins? » s’interroge‑t‑il.

L’avis d’Antoine Falciglia

Antoine Falciglia
Directeur régional, planification financière et successorale Financière Sun Life

En savoir plus

Les experts

Kevin Dupuis

Kevin Dupuis
Conseiller en sécurité financière

Nathalie Jacques

Nathalie Jacques
Conseillère en sécurité financière

Willie Savard

Willie Savard Conseiller en sécurité financière

Jérémie occupe un logement qui lui coûte environ 500 $ par mois. En déménageant à Montréal, celui-ci sait qu’il devra payer un peu plus cher. Il en a les moyens, car son salaire s’élève à 90 000 $ par année.

Le jeune homme n’a pas de dettes et ne possède aucun bien de grande valeur, hormis une voiture payée au comptant, l’an dernier, au prix de 36 000 $. Bref, à part le 100 000 $, il ne possède rien d’autre : pas de placements dans un REER ni de CELI ni de placements non enregistrés ni d’assurances. Il en est de même pour sa conjointe, âgée aussi de 25 ans, qui, toujours aux études, n’aura vraisemblablement pas grand-chose à investir avant plusieurs années.

N’ayant jamais rencontré de conseiller financier, que suggérerait un professionnel avisé à Jérémie? Placements, fiscalité, immobilier, assurance maladie grave et assurance vie? Par où devrait-il commencer pour se faire une excellente santé financière?

C’est plus difficile, certes, mais pas impossible.

Kevin Dupuis Opinion no 1
Kevin Dupuis
Conseiller en sécurité financière,
Représentant en épargne collective,
Comptable professionnel agréé CPA,

En matière de sécurité financière, il est important de rappeler que chaque client est différent par sa situation, ses besoins, ses objectifs, l’étape de vie où il se trouve (âge, situation professionnelle et familiale). Il est également à retenir que tous les instruments financiers sont bons et que la réflexion stratégique doit porter sur les instruments qui doivent être utilisés, et bien utilisés en fonction des divers paramètres sur lesquels la stratégie sera fondée.

Compte tenu de son jeune âge, et des nombreux choix qui s’offrent à lui quant à son avenir financier, il est de toute première importance que Jérémie fasse appel aux services d’un conseiller financier compétent, initialement, mais également aux différentes étapes de son futur parcours de vie.

Dans la stratégie que je propose, l’accent est mis sur l’importance que Jérémie doit accorder à la liquidité de ses fonds, compte tenu de son jeune âge. À 25 ans, tout est possible, et Jérémie doit pouvoir avoir accès à ses fonds, au moment où le besoin se présentera.

Ainsi, comme il a droit à 45 000 $ de cotisations CELI non utilisées, je lui recommande de s’en prévaloir, en privilégiant l’utilisation de fonds communs de placement, avec un profil assez prudent. Il pourrait avoir besoin de ces liquidités, que ce soit pour des investissements futurs, ou l’achat d’une propriété, par exemple.

À 25 ans, il est utopique de penser que ces fonds seront entièrement consacrés à la retraite. Retenons que Jérémie a un capital de 100 000 $, mais que ce sont ses seules économies en ce moment.

Par ailleurs, je recommande à Jérémie de placer le solde de 55 000 $ dans un fonds commun de placement de catégorie de société. Ce type de fonds communs de placement, non enregistré, permet de reporter l’impôt sur le rendement.

Au chapitre du REER, rappelons que Jérémie est jeune et qu’il a des perspectives de revenus assez élevés pour plus tard. Il importe donc selon moi, pour le moment, de privilégier le CELI et les fonds communs de placement en catégorie de société, plutôt que de maximiser le REER.

Je lui recommande donc de cotiser à son REER, mais seulement jusqu’à hauteur de 25 000 $, étalé sur trois ans, s’il envisage d’acheter une propriété à la fin de cette période, afin de profiter du Régime d’accession à la propriété (RAP). Jérémie devrait attendre avant de cotiser davantage à son REER, car tout montant excédant ces 25 000 $ ne pourra être retiré du REER par la suite, sans s’ajouter à ses revenus imposables.

Si Jérémie maximise trop rapidement son REER et qu’il devait avoir besoin de liquidités, tout retrait du REER augmentera son revenu imposable, et il devra payer de l’impôt supplémentaire.

Dans la perspective de l’achat d’une propriété, s’il envisage de faire un acompte de 20 % au moment de l’achat d’une propriété, ce qui lui est recommandé afin d’éviter le paiement de la prime de la SCHL, il pourra, grâce au RAP, retirer 25 000 $ de son REER, sans impact fiscal. Au besoin, il pourra accéder à son CELI, si une somme était nécessaire pour la mise de fonds de 20 %. Il faut retenir que le montant de 25 000 $, dans ce cas, sera divisé par 15 et ajouté au titre d’autre revenu, pendant les 15 années suivant la deuxième année de participation au RAP.

Par la suite, au-delà de l’achat de la propriété, Jérémie pourra continuer à cotiser à son REER, à hauteur d’environ 8 000 $ par année, afin de maintenir son taux d’impôt sur le revenu à environ 24 % (pour des revenus de 82 000 $ par année). Par contre, s’il poursuit l’objectif de faire un achat immobilier, le REER viendra réduire ses liquidités disponibles.

Comme les revenus de Jérémie seront sûrement appelés à augmenter dans le futur, sans doute au-delà de 100 000 $, il serait sage qu’il préserve des droits de cotisation au REER pour plus tard à des taux d’imposition marginaux plus élevés. Il faut retenir qu’il est toujours intéressant d’utiliser le CELI comme compte transitoire au REER.

Si Jérémie envisage d’acheter une maison dans un an, il doit absolument cotiser 25 000 $ au REER (pour le RAP), 90 jours avant l’achat. Il est donc important qu’il s’assure de bien planifier son achat.

S’il entend acheter un immeuble à revenu, il doit garder à l’esprit qu’il ne peut utiliser le RAP que pour sa propriété de résidence, et non pour l’ensemble de l’immeuble. Si Jérémie cotise trop rapidement à son REER, il sera fiscalement pénalisé s’il désire le ressortir pour l’achat d’immobilier. Dans le cas de l’achat d’un duplex ou d’un triplex, il devra également être en mesure de gérer l’immeuble. Il s’agit d’un investissement actif, et non passif. Jérémie devra s’investir dans la saine gestion et l’entretien adéquat de l’immeuble, ce qui demande des compétences qu’il doit s’assurer d’avoir avant d’aller plus de l’avant.

Le très faible loyer que paie Jérémie est une donnée très importante, dont il doit tenir compte dans sa décision d’acheter ou non une propriété. Sur le plan strictement financier, il n’est pas nécessaire que Jérémie s’achète une résidence pour investir judicieusement, même si, comme on le sait, la plus-value de la maison est exonérée d’impôt à la vente.

Ainsi, Jérémie pourrait plutôt placer un montant équivalent à la différence entre son loyer de 500 $ et ce que lui coûterait l’achat d’une résidence dans des instruments offrant un bon rendement, pour obtenir potentiellement un rendement équivalant à la plus-value de l’immeuble. Il n’y a donc aucune urgence qu’il achète une propriété. Mais le moment venu, bien sûr, cet achat demeurera judicieux.

Au chapitre des assurances, ma première recommandation serait de prendre une assurance-invalidité de haute qualité, qui protégera toujours sa profession et dont il pourra augmenter la protection sans devoir répondre à un questionnaire médical. Les prestations en cas d’invalidité devront être garanties, sans étude préalable de sa situation financière au moment de la réclamation.

Ma deuxième recommandation serait de prendre une assurance maladie grave, avec somme forfaitaire prévue, de l’ordre de 250 000 $ (ou tout au moins trois fois le salaire son salaire net), en cas de problème grave de santé.

Rappelons qu’il est possible, pour une personne qui souhaite faire des économies forcées, de prendre une assurance-invalidité ou maladie grave qui prévoit le remboursement des primes après une certaine période, s’il n’y a pas eu de réclamation.

Enfin, pour ce qui est de l’assurance-vie, une assurance-vie temporaire de 10 ans répondrait selon moi aux besoins immédiats de Jérémie, compte tenu de son jeune âge. Cette assurance pourrait être revue, sans questions médicales, par la suite.

Si Jérémie devait avoir des enfants, plus tard, il pourrait se prévaloir de son droit de transformation pour convertir son assurance initiale de 10 ans en assurance de 20 ou 30 ans, au cours des cinq prochaines années, sans questionnaire médical à remplir. Il pourrait également transformer la protection pour une assurance-vie permanente, jusqu’à 65 ou 70 ans, sans questionnaire médical.

En conclusion, Jérémie a tout le temps devant lui pour faire des économies en vue de la retraite. D’ici là, ce qui importe dans son cas, c’est qu’il veille à investir dans les bons instruments pour avoir accès à des liquidités pour donner bonne forme à ses projets plus immédiats, y compris l’achat éventuel d’une première résidence, et à se prévaloir de bonnes assurances-invalidité, maladie grave et vie pour préserver ses acquis.

Un bon conseiller financier pourra lui expliquer en détail toutes les options qui s’offrent à lui en matière de planification financière, pour la réalisation de ses projets immédiats et à moyen terme, et pour sa sécurité financière à long terme.

Opinion no 2
Nathalie Jacques
Conseillère en sécurité financière,
Conseillère en assurances et rentes collectives et planification financière,
Représentante en épargne collective,
Solutions financières N. Jacques inc.

Compte tenu de son jeune âge, de nombreuses possibilités s’offrent à Jérémie pour donner forme aux nombreux projets qui émailleront sans doute son parcours, y compris l’achat d’une propriété, tout en accumulant un capital en vue de sa lointaine retraite.

Comme conseillère financière, il n’est pas rare que des clients qui ont accumulé un certain capital me demandent s’il serait plus sage de l’investir dans l’achat d’une propriété ou encore de l’utiliser pour rembourser leur hypothèque, plutôt que de privilégier des placements.

À une jeune personne de l’âge de Jérémie, ma réponse serait : pourquoi ne pas faire les deux, soit l’achat éventuel d’une propriété, à court ou moyen terme, et des placements judicieux qui tiennent compte de ses besoins de liquidités, et de sa volonté d’épargner en vue de la retraite?

Dans un premier temps, pour l’achat de la propriété, je recommanderais à Jérémie d’envisager l’achat d’un condo, plutôt que d’un immeuble à revenu, qui demande de l’investissement en temps et de la gestion de locataires. Je fonderais donc mon hypothèse sur l’éventuel déménagement de Jérémie à Montréal, d’ici un à trois ans, dans un condo dont la valeur serait de l’ordre de 300 000 $.

Plutôt que d’utiliser l’ensemble du montant de 100 000 $ qu’il a en main comme mise de fonds pour l’achat de la propriété, je recommanderais à Jérémie de prévoir une mise de fonds (acompte) qui correspondra à 20 % du prix d’achat de 300 000 $ (soit 60 000 $), afin d’éviter les frais inhérents à un prêt garanti par la SCHL. Pourquoi? Afin de profiter des taux d’intérêt aussi bas et d’investir avec de meilleurs rendements nets.

Le solde en main, à investir à long terme ou à utiliser pour d’autres projets, serait ainsi de 40 000 $.

Le montant de l’hypothèque serait ainsi de 240 000 $, à un taux de l’ordre de 3 %, pour les besoins de notre analyse, et en nous fondant sur les taux actuels.

Bien sûr, à l’occasion de ma première rencontre avec un client comme Jérémie, je déterminerais préalablement avec lui quels sont ses projets à court, moyen et long termes. Nous établirions ensuite son budget et, de là, sa capacité d’épargne, qui est sans doute bonne, compte tenu de son salaire annuel. À cette occasion, nous établirions également son profil d’investisseur, et je lui présenterais sommairement les divers types de placements, les instruments financiers qui sont à sa disposition, ainsi que certains principes de fiscalité essentiels.

Lors de la deuxième rencontre, après avoir fait mon analyse, qui tiendrait compte de l’achat d’une propriété, j’établirais également avec lui une stratégie de placement du solde de 40 000 $ qui resterait après avoir versé son acompte sur la propriété. Cette stratégie tiendrait également compte de sa capacité d’épargne périodique (par paie ou mensuelle, par exemple) en examinant les options qui s’offrent à lui.

Dans l’optique de l’achat éventuel de la propriété, j’inviterais Jérémie à cotiser à son REER à hauteur de 25 000 $ en vue de se prévaloir du Régime d’accession à la propriété (RAP). Il serait important que Jérémie ne tarde pas à faire cette cotisation, puisque les fonds doivent se trouver dans le REER depuis au moins 90 jours pour qu’il puisse les utiliser dans le cadre du RAP.

Le montant de 25 000 $ placé dans le REER donnera droit à Jérémie, compte tenu de son taux d’imposition, à un remboursement d’impôt de l’ordre de 11 000 $, montant qu’il pourra investir à long terme.

En résumé, en suivant cette stratégie, Jérémie aura 25 000 $ dans son REER (en vue de le convertir dans le cadre du RAP), un solde de 35 000 $ sur les 60 000 $ qu’il destine à l’acompte de 20 % sur le condo de 300 000 $, ainsi que 40 000 $ auxquels s’ajouteront les 11 000 $ du remboursement d’impôt, qu’il pourra investir à plus long terme.

La prochaine étape sera de maximiser le CELI, que Jérémie n’a pas encore utilisé. Compte tenu de son âge (il n’avait pas 18 ans au moment de l’entrée en vigueur du CELI, en 2009), il pourra maximiser son CELI, à hauteur de 36 000 $.

Jérémie pourra placer le solde de 39 000 $ (soit 100 000 $ – 25 000 $ au REER – 36 000 $ au CELI) dans un compte non enregistré de Fonds communs de placement de catégorie de société, un instrument également avantageux sur le plan fiscal. Il pourra y ajouter les 11 000 $ provenant du remboursement d’impôt plus tard… À ce compte s’ajouteraient les épargnes périodiques de Jérémie avant et après l’achat du condo.

Les montants cotisés au REER et au CELI seraient investis dans des placements à court terme (CPG, par exemple), puisqu’il en aura besoin pour l’achat du condo. Les fonds investis dans les fonds communs de placement de catégorie de société pourraient être placés à plus long terme. Le but poursuivi jusqu’à l’achat du condo ne serait donc pas de maximiser le rendement, mais plutôt de bien tenir compte de l’aspect fiscal.

Une fois que l’achat de la propriété aura été fait, Jérémie pourra investir ses cotisations périodiques à plus long terme, notamment en vue de la retraite.

Pour constituer sa mise de fonds de 60 000 $ sur l’achat de la propriété, le moment venu, Jérémie utilisera les 25 000 $ de son REER (RAP), et 35 000 $ qu’il retirera de son CELI. Pour les autres frais (notaire, déménagements, achat de meubles, taxe de bienvenue, notamment), Jérémie pourra utiliser les fonds de son compte non enregistré.

Une fois que les frais liés à l’acquisition de la propriété auront été réglés, Jérémie pourra déterminer, avec l’aide d’un conseiller, sa nouvelle capacité d’épargne périodique dans le REER, le CELI et, peut-être, dans les fonds communs de placement de catégorie de société. En priorité, Jérémie devra maximiser son CELI avant d’investir dans d’autres formes d’épargne. Il ne sera peut-être pas nécessaire, compte tenu de son jeune âge, qu’il maximise ses REER, mais il aurait tout de même avantage à y cotiser pour bénéficier de l’économie d’impôt et du rendement à l’abri de l’impôt.

Je recommanderais à Jérémie d’acheter la maison à son nom initialement, et non conjointement avec sa conjointe. À compter du moment où celle-ci aura un emploi à temps plein, ils pourront établir une convention de vie commune, déterminer de quelle façon ils se partageront les frais et, si sa conjointe veut devenir propriétaire, comment elle pourra investir un montant pour acheter sa part de la propriété.

Il serait également important que Jérémie prépare un testament où il établira qui seront les héritiers de la maison, advenant son décès.

Au chapitre des assurances, il serait important que Jérémie souscrive une assurance-vie de qualité pour amortir les frais et régler l’hypothèque, advenant son décès, ainsi qu’une assurance-invalidité de haute qualité, afin qu’il puisse recevoir une partie de son revenu mensuel pour payer les frais au décès et rembourser le solde de l’hypothèque.

Pour le moment, l’achat d’une assurance en cas de maladie grave ne ferait pas partie de mes recommandations prioritaires.

En résumé, selon moi, en respectant cette stratégie et en prenant soin de consulter un conseiller en placement aux grandes étapes qui jalonneront son parcours de vie, afin de rajuster le tir, Jérémie est en excellente posture pour réaliser son projet d’acquisition d’une propriété, accumuler un patrimoine intéressant, et se garantir une excellente qualité de vie à court, moyen et long termes.

 

Opinion no 3
Willie Savard
Conseiller en sécurité financière,
Représentant autonome,
Partenaire de : MICA Services Financiers inc. et représentant de courtier (épargne collective),
rattaché à MICA Capital Inc.

Le cas de Jérémie est tout à fait atypique, et exige l’établissement d’une stratégie différente de l’approche habituelle fondée sur la simple maximisation du REER, du CELI.

Après avoir bien établi, dans le cadre d’une première rencontre, l’analyse des besoins de Jérémie et son profil d’investisseur, sa tolérance au risque, et lui avoir expliqué les rudiments des instruments financiers qui sont à sa disposition, il s’agira de mettre au point une stratégie bien adaptée à son jeune âge, qui présuppose qu’il aura notamment besoin de liquidités pour donner forme à ses projets, tout en veillant néanmoins à faire fructifier ses avoirs le plus judicieusement possible, sur les plans du rendement et de la fiscalité, en vue de sa lointaine retraite.

Si on suppose que Jérémie travaille depuis plus ou moins quatre ans, période au cours de laquelle il a pu accumuler 100 000 $, on peut conclure qu’il a eu une capacité d’épargne annuelle de l’ordre de 34 000 $.

Par ailleurs, en supposant qu’il a eu un salaire constant de 90 000 $ pendant ces quatre années, ses cotisations non utilisées au REER auront été de 16 000 $ par an. Ainsi, Jérémie peut donc aujourd’hui se prévaloir de ses droits de cotisation inutilisés cumulatifs de 64 000 $.

Un élément central du cas de Jérémie est son projet d’acquisition éventuelle d’une propriété. Nous estimons qu’il serait risqué, compte tenu de son âge et de son profil professionnel, que Jérémie s’aventure dans l’acquisition et la gestion d’un immeuble à revenu. Nous lui recommandons plutôt l’achat d’un condo, d’ici environ un an, au moment de sa mutation à Montréal, à un prix de 350 000 $ ou moins, avec un acompte de 20 %, soit 75 000 $, afin d’éviter les frais liés à un prêt hypothécaire garanti par la SCHL.
De cette façon, les mensualités hypothécaires seraient de l’ordre de 1 500 $ par mois, frais auxquels s’ajouteraient les autres frais habituels (taxes, électricité, câble, système de sécurité, frais de condo, notamment). Pour les besoins de nos projections, nous émettons l’hypothèse que le total des frais mensuels liés à l’habitation serait ainsi de 2 500 $ par mois, soit 30 000 $ par année, tout compris.

Le loyer actuel de Jérémie est de 500 $ par mois, soit 6 000 $ par année. Nous suggérerions donc à Jérémie de mettre dès maintenant de côté, dans un compte d’épargne ou dans un CELI, par exemple, la différence entre les frais qu’il paierait après l’achat de son condo et son loyer actuel, soit 2 000 $ par mois, afin de simuler la situation qui sera la sienne après l’achat du condo et de juger de son degré de confort avec ce scénario. Ainsi, il pourra par la suite revoir, à la hausse ou à la baisse, le prix qu’il serait prêt à payer pour son condo, le moment venu (dans un an environ).

Au chapitre de la planification de la retraite, si Jérémie souhaite maintenir son niveau de vie, il devra accumuler un capital de retraite qui lui garantira un revenu équivalent à 70 % de son salaire net actuel, à 65 ans, combiné aux rentes de la RRQ (12 780 $ par année) et aux prestations de la Sécurité de la vieillesse (6 765 $).

Jérémie devra, pour atteindre cet objectif, avoir accumulé 2 141 467 $ d’épargne-retraite à 65 ans. Dans ce scénario, nous émettons une hypothèse de rendement du portefeuille de 6 % avant la retraite, et de 4 % à partir de la retraite.

Ainsi, Jérémie devra mettre de côté 8 000 $ par année, en plus montant de 100 000 $ qu’il a déjà accumulé, pour atteindre son objectif de revenus de retraite à 65 ans.

Bien sûr, et c’est la une question de choix, Jérémie pourrait s’il le préfère maximiser son REER en mettant de côté chaque année 18 % de son salaire, soit 16 200 $. Ces économies, jumelées au montant de 100 000 $ qu’il a déjà accumulé, lui permettraient de prendre sa retraite à 59 ans, ou d’avoir des revenus plus élevés à la retraite à 65 ans.

Voyons maintenant notre plan de match.

Nous recommandons à Jérémie d’investir le 100 000 $ dans un fonds distinct, non enregistré. Dans ce type d’instrument financier, le capital est garanti à 100 % à l’échéance. Le placement pourrait être constitué à 100 % d’actions, ce qui est avantageux puisque Jérémie pourra aller chercher un gain de capital. Nous privilégions également cet instrument non enregistré parce qu’il permettra à Jérémie d’avoir accès à des liquidités pour ses projets, ce qui ne serait pas le cas si les fonds étaient placés dans le REER. Mais aussi et surtout, Jérémie pourra mettre ce placement en garantie pour obtenir une marge de crédit.

Ainsi, Jérémie aura accès à des liquidités au gré de ses besoins, le montant disponible étant de 75 000 $ (soit 75 % de la valeur de 100 000 $), et son placement non enregistré continuera de fructifier (à un rendement hypothétique de 6 %). Quoi qu’il advienne, le capital de 100 000 $ sera garanti à 100 %.

Jérémie pourra utiliser ce 75 000 $ pour maximiser son CELI à hauteur de 41 000 $, dans des placements qui fructifieront à l’abri de l’impôt.

Le solde de 34 000 $ pourra être placé dans un compte non enregistré, tel qu’un fonds commun de placement de catégorie de société, instrument qui permet de faire fructifier le capital à l’abri de l’impôt, et de ne payer l’impôt qu’au moment du rachat.

Annuellement, à raison de 10 000 $ par année (maximum autorisé), Jérémie pourra transférer graduellement ce 34 000 $ dans son CELI. Ainsi, en plus ou moins 4 ans, il aura transféré la totalité du montant dans le CELI.

L’argent du CELI demeurera accessible au besoin, et son rendement est à l’abri de l’impôt.

Jérémie a donc maintenant un capital total de 134 000 $ (soit 100 000 $ plus 34 000 $) placé dans des instruments non enregistrés, et 41 000 $ dans le CELI, pour un total de 175 000 $.

Pour rembourser sa marge de crédit, nous recommandons à Jérémie de verser optimalement 1 500 $ par mois en remboursement du capital et des intérêts de sa marge de crédit. Au minimum, il devra rembourser les intérêts (de l’ordre de 250 $ par mois).

Ainsi, pour avoir un placement de 75 000 $ de plus, Jérémie ne paie qu’un minimum de 250 $ par mois (coût du placement). Ce coût équivaut à 4 % environ, pour un rendement de placement de l’ordre de 6 %. Nous obtenons donc un rendement net de 2 % (ce rendement ne tient pas compte de la déductibilité d’une partie des intérêts dans le calcul).

Plus vite Jérémie remboursera sa marge de crédit, plus vite il disposera de nouveaux capitaux pour ses projets.

Rappelons que Jérémie, dans l’hypothèse de départ, économise annuellement 34 000 $. De ce 34 000 $, Jérémie utilise 19 000 $ par an (1 500 $ par mois) pour la maison, et 8 000 $ par an pour cotiser au REER. Il lui reste donc 7 000 $ de fonds disponibles pour l’épargne. Ce montant lui permettra de pourvoir à ses besoins d’assurance.

Nous lui recommandons de se prévaloir d’une assurance-invalidité de haute qualité, jusqu’à 65 ans. Le coût de cette assurance serait de l’ordre de 1 700 $ par année (coût moyen).

Jérémie devrait également prendre une assurance en cas de maladie grave de 100 000 $, pour couvrir sa dette, avec une protection supplémentaire de 75 000 $ pour aider sa conjointe. Le coût de cette assurance serait de l’ordre de 600 $ par année.

Enfin, même s’il n’a pas un besoin réel d’assurance-vie pour le moment, Jérémie devrait profiter de son excellente assurabilité actuelle pour se prévaloir d’une assurance-vie temporaire, jusqu’à 65 ans, de 350 000 $, soit l’équivalent de la valeur du condo. Le coût de cette assurance serait de l’ordre de 450 $ par année.

Ainsi, sur le 7 000 $ de fonds disponibles pour l’épargne, le solde de 4 250 $ (soit 7 000 $, moins 1 700 $, moins 600 $, moins 450 $), il restera 4 250 $ qu’il pourra mettre de côté dans un compte non enregistré, ou utiliser pour payer plus rapidement son hypothèque et la marge de crédit.

En se conformant à cette stratégie, révisable annuellement, Jérémie maximisera ses avoirs tout en donnant forme à son projet d’acquisition d’une propriété et en accumulant un capital pour s’assurer une belle qualité de vie à la retraite.


 

Antoine Falciglia

L’avis d’Antoine Falciglia
Directeur régional,
planification financière et successorale
Financière Sun Life

Le cas de Jérémie est attrayant pour un conseiller, car il offre la possibilité d’établir les bases et de préparer le terrain pour une relation à long terme.

Tout d’abord, il y a lieu de féliciter ce jeune homme pour sa capacité d’épargner et sa discipline financière. Il doit maintenant procéder à une introspection : que veut-il faire dans la vie? Quels sont ses projets? Il doit faire en sorte que ses choix n’affectent pas les directions qu’il voudrait prendre à l’avenir.

Il s’agit ensuite pour lui d’assurer sa sécurité financière, en rédigeant son testament, ainsi qu’un mandat en cas d’inaptitude, en se procurant certaines protections de base. Même si son employeur lui offre déjà des avantages sociaux, je lui recommanderais d’acquérir une assurance-vie qui inclut une accumulation en franchise d’impôt, de même qu’une assurance maladies graves comportant un remboursement de prime à terme. À son âge, il obtiendra une prime avantageuse, sous réserve d’adopter un style de vie jugé sain par les assureurs.

Et les 100 000 $… Puisqu’il touche un salaire de 90 000 $, il serait important d’exploiter dès maintenant le REER, qui sert à la fois d’épargne-retraite, d’abri fiscal, et de fonds pour l’acquisition éventuelle d’une propriété. S’il lui reste de l’argent, il pourrait le placer dans un CELI, puisque les gains ne sont pas imposables, ou pour d’autres produits fiscalement avantageux comme les fonds de catégorie de société. L’essentiel consiste à éviter de créer une nouvelle source de revenus imposables pour Jérémie, qui n’a déjà pas accès à beaucoup de déductions (famille, enfant, etc.).

Par la suite, on discute de décisions personnelles. Pense-t-il emménager avec sa conjointe, se marier, fonder une famille? S’il déménage à Montréal, quel type de propriété préfère-t-il habiter?

En tant que conseiller, on ne peut pas décider à la place du client. Cependant, il est possible de lui recommander de garder des options ouvertes en adoptant une stratégie de placement conservatrice dans son REER et son CELI, s’il souhaite acheter une première maison à court terme. Il ne doit pas se retrouver à contracter une hypothèque à un moment où ses actifs auront perdu de la valeur. Sans compter qu’il va traverser plusieurs corrections boursières tout au long de sa vie.

Vous aimerez peut-être aussi :
8 caractéristiques incontournables des produits de fonds distincts
Les plans financiers de vos clients passent-ils le test?
Revenu minimal garanti par l’État : insuffisant pour 80 % des gens

Loading comments, please wait.
Rogers médias numériques