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Épargne

Faut-il forcer les gens à épargner?

3 juin 2013 | Sylvain Bouffard, directeur, Affaires publiques – Québec, Financière Sun Life | Commenter

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Règle générale, les spécialistes s’entendent pour dire qu’un nombre préoccupant de Québécois n’épargne pas suffisamment en vue de la retraite. Ainsi, au-delà des revenus de retraite que procurent les régimes publics de base, les personnes qui n’ont ni régime de retraite d’entreprise, ni épargne personnelle suffisante courent le risque d’avoir à réduire substantiellement leur niveau de vie après avoir quitté le marché du travail. À ce sujet, le billet d’Alain Dubuc Retraite : nous ne sommes pas prêts, paru sur le site Simplement Brillant, jette un très bon éclairage sur l’ampleur du défi auquel nous faisons face.

La chose a été dite à de nombreuses reprises : épargner n’est pas facile, ni nécessairement agréable. C’est un cas classique de « privez-vous maintenant, profitez beaucoup plus tard », ce qui est en profonde rupture avec notre époque très « ici et maintenant — quitte à ce que ce soit à crédit ». À cela s’ajoute le fait que pour certaines personnes, il est très difficile, ou tout simplement impossible, de mettre de l’argent de côté.

Ainsi, on peut dire qu’en général, la préparation à la retraite en solitaire est un défi qui n’est pas simple à relever. Et c’est la raison pour laquelle ceux qui ont recours aux services d’un conseiller en sécurité financière ou qui ont la chance d’avoir accès à un régime collectif ont généralement une longueur d’avance sur les autres.

La différence est remarquable entre ces deux groupes et elle est aussi inquiétante. Une partie importante de la population se trouve en position de vulnérabilité par rapport à ses vieux jours. Et comme la solution — l’épargne — doit idéalement commencer tôt, il y a effectivement une certaine urgence à agir.

Dans ce contexte, la tentation est grande de mettre en place une nouvelle forme d’épargne obligatoire qui forcerait les gens à mettre de l’argent de côté. En soi, ce n’est pas une idée nouvelle. Déjà, nous avons avec le Régime de rentes du Québec (RRQ) une forme d’épargne obligatoire, à laquelle doivent contribuer les travailleurs autant que les employeurs. L’avantage du RRQ, combiné aux autres régimes publics comme la pension de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti, est d’ailleurs que chaque personne est assurée d’avoir des revenus de base à la retraite. Même si elles procurent des revenus très modestes, ces sources permettent au moins aux personnes retraitées d’éviter des situations de grande pauvreté.

Cela étant dit, si le modèle existe, est-ce que cela veut dire qu’il serait le plus approprié pour répondre à la situation actuelle? Cela dépend beaucoup de la perspective que l’on a sur les questions de finances personnelles.

En effet, s’il est vrai que de forcer les gens à épargner réglerait le problème de ceux qui ne font rien pour l’instant, ce genre de solution comporte aussi plusieurs inconvénients — et non les moindres.

Le premier est d’ordre philosophique : qui devrait décider de ce que l’on fait avec son argent? L’État? La personne qui le gagne?

Certes, il est généralement préférable de mettre de l’argent de côté, il existe aussi de nombreuses raisons légitimes pour lesquelles un individu pourrait décider de ne pas le faire : fonder une entreprise, investir pour acheter un immeuble à revenus, financer des rénovations imprévues… Il y a autant de cas qu’il y a de personnes. Et pour une société qui reste encore largement fondée sur la notion de liberté individuelle, l’imposition d’une obligation supplémentaire par l’État sur quelque chose d’aussi personnel que le revenu suscite à tout le moins des questionnements importants.

La liberté de choix : un incitatif supplémentaire à l’épargne?

Les choses obligatoires sont rarement flexibles et c’est l’une des raisons pour lesquelles la population tend généralement à s’en méfier. Aussi, la diversité des besoins auxquels les revenus de chacun doivent répondre fait en sorte que la préservation d’un degré important de souplesse sur ce que l’on peut en faire reste souhaitable.

Est-ce à dire que rien d’autre ne peut être fait pour aider les gens à épargner?

Entre la passivité totale et l’obligation complète, il existe des approches que nous n’avons pas encore explorées et qui méritent de l’être. De ce point de vue, les régimes volontaires d’épargne-retraite (RVER), qui pourraient voir le jour aussi vite qu’avant la fin de l’année, présentent des innovations particulièrement intéressantes dont le potentiel n’est pas encore pleinement apprécié.

Tout d’abord, l’un des fondements des RVER est de rendre accessible l’épargne en milieu de travail (avec cotisation directe par retenues salariales), à tous les travailleurs de PME de plus de 5 employés où il n’existe pas de régime de retraite (les PME dans cette situation auront en effet deux ans pour se conformer à cette nouvelle exigence, à partir de la date officielle de création des RVER). En soi, le simple fait de pouvoir épargner à la source a le potentiel de simplifier la vie à plusieurs.

Plus intéressant encore, l’automatisation des cotisations qui caractérisera les RVER fera en sorte que, pour un nouveau participant, l’épargne ressemblera pratiquement à un « fait accompli » tout aussi efficace que s’il avait été obligé d’épargner — à la différence que s’il souhaite faire autre chose avec son argent, il conservera toute la liberté de le faire. C’est d’ailleurs pour cela que, même s’ils seront automatisés au point de ressembler un peu à des régimes obligatoires, les RVER resteront toujours des régimes volontaires.

C’est ce que l’on pourrait appeler une forme de « volonté dirigée dans la bonne direction », mais qui laisse néanmoins à chaque individu un véritable choix s’il se donne la peine de l’exercer. Comme il s’agit d’une façon de faire totalement nouvelle au Québec, il est normal que les preuves de cette approche restent encore à faire. Mais considérant que la solution pour aider les gens à épargner serait de les contraindre sans leur laisser d’autre choix, il apparaît d’autant plus pressant de mettre les RVER à l’essai.


 
Source originale : 2013, l’année de la retraite au Québec, par Sylvain Bouffard pour SimplementBrillant.ca.

© Sun Life du Canada, compagnie d’assurance-vie, 2013

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