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Épargne

Sujet d’actualité – La gestion du risque de longévité

2 décembre 2014 | Camilla Cornell | Commenter

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Au moment de passer de la phase d’accumulation à la phase de décaissement, les clients doivent faire face à de nouveaux risques. Le principal, soit le risque de longévité augmente la possibilité que leur épargne-retraite s’épuise de leur vivant et qu’ils ne puissent pas maintenir leur train de vie.

En 1979, une Canadienne âgée de 65 ans pouvait espérer vivre jusqu’à 84 ans, comparativement à 80 pour un Canadien. Cette année, l’espérance de vie a atteint 87 ans chez la femme et 83 ans chez l’homme. Cette différence ne semble pas être considérable, sauf lorsqu’on estime que 20 % de ces femmes et 17 % de ces hommes sont susceptibles de vivre jusqu’à 95 ans et même plus. Que proposeriez-vous pour atténuer le risque que présente la longévité?

Lise Andreana, CFP, CPCA
Continuum II
Auteure de Financial Care for Your Aging Parent, Self-Council Press, 2014

La longévité comporte de nouveaux risques pour les baby-boomers qui prendront bientôt leur retraite; cette situation n’affecte cependant pas tous les retraités de la même manière. Les personnes les plus exposées sont les baby-boomers qui, à la retraite, ne disposent que d’un budget restreint et tirent un revenu qui dépend uniquement de l’ensemble de leurs épargnes.

Des projections financières usuelles permettent de définir la durée du portefeuille de placement à un taux de rendement fixe qui tient compte de l’inflation, mais ne démontrent ni l’éventualité d’épuisement des ressources ni l’obligation de réduire le niveau de vie à un âge avancé. Parfois, j’utilise la simulation de Monte-Carlo comme test de tension sur le portefeuille : il permet de modifier divers facteurs tels que la taille et la répartition de celui-ci, le retrait du revenu annuel, le taux d’inflation anticipé et l’horizon temporel afin de déterminer la probabilité pour les clients de maintenir un niveau de revenu satisfaisant, et ce, jusqu’à leur décès.

Le plus récent rapport réalisé pour un de mes clients démontrait qu’il avait 37 % de chance d’atteindre ses objectifs en matière de revenu à la retraite s’il possédait un portefeuille équilibré comprenant 60 % d’actions et 40 % de revenu fixe. Par contre, le même test effectué sur un portefeuille modéré détenant seulement 40 % d’actions indiquait que le pourcentage de chance avait chuté à 15 %.

Ce client avait l’intention de ponctionner 7 % de son portefeuille annuellement : 2 % pour tenir compte de l’inflation annuelle et obtenir un taux de rendement de 5 %. Sa planification a été élaborée à la perfection – rien de moins, mais le bateau pourrait sombrer. Les simulations de Monte-Carlo ont démontré que des ponctions annuelles supplémentaires de 10 000 $, vivre plus âgé que 90 ans ou une baisse du marché boursier pourrait compromettre ses projets de retraite.

Dans le cas qui nous occupe, j’ai suggéré à ce client âgé d’à peine 60 ans d’investir son argent dans un fonds équilibré composé d’actions de grande qualité et de titres à revenu fixe, peut-être en plaçant tous les fonds dans une société de fonds spécifiques afin de profiter des ratios de frais de gestion (RFG) peu élevés. Pendant les années où son FERR génère un excédent, il devrait placer cet argent dans un CELI pour utilisation dans les années plus difficiles. Et à 70 ans ou plus, il pourrait commencer à acheter des rentes viagères par tranches, afin de bénéficier de l’augmentation de revenus alors qu’il avance en âge. (Plus vous les achetez à un âge avancé, plus le revenu est élevé.)

Je conseille généralement à mes clients d’avoir une portion de revenu de retraite garanti, soit un régime de retraite à prestations déterminées de leur employeur, ou encore des rentes, ce qui permet de couvrir les dépenses mensuelles avec des placements à faible risque. Le surplus des actifs devrait être placé dans un portefeuille diversifié comprenant aussi des actions.

Les clients dont le revenu de retraite ne couvre pas leurs dépenses pourraient répartir l’achat de rentes sur quelques années en plaçant de 20 % à 50 % de leurs actifs. Moins ils ont de ressources financières, plus je recommande l’achat d’une rente, puisqu’il n’y a pas de marge d’erreur. Pour ceux qui désirent laisser un héritage, je précise que ce ne sont pas toutes les rentes qui se terminent au décès; un grand nombre offre maintenant le remboursement du solde du capital. Mais bien sûr, plus vous ajoutez de garanties, moins la rente est élevée.

J’ai tendance à conseiller à mes clients de se procurer un « compte santé et bien-être », soit le dernier actif en argent pour couvrir les coûts de fin de vie. Les rentiers doivent dépenser avec plus de prudence, car il n’y a rien en réserve en cas d’insuffisance de fonds. Concernant les autres clients qui doivent rembourser leur prêt hypothécaire et d’autres dettes alors qu’ils approchent de la retraite, je propose toujours de travailler plus longtemps et de réduire la dette, surtout s’ils ne disposent que d’un REER ou de toute autre forme de revenu taxable, comme unique ressource.

Moshe Milevsky, Ph. D.
Professeur de finance associé, Schulich School of Business de l’Université York
Auteur de Life Annuities: An Optimal Product for Retirement Income, CFA Research Institute, 2012

(propos recueillis par Camilla Cornell)

Lorsqu’il est question du risque de longévité, on sous-évalue souvent la rente viagère à prime unique comme outil de planification de la retraite. Pour la personne qui les achète (le rentier), ces rentes constituent une source de revenu garanti la vie durant.

La plupart des gens vous diront qu’en raison du taux d’intérêt d’aujourd’hui, les rentes ne sont pas une bonne affaire. Cependant, les crédits de mortalité (paiement de rentes initialement remises aux personnes qui décèdent tôt au début de la retraite) peuvent en fait augmenter le rendement de la rente au-delà du taux d’intérêt prescrit pour les rentiers plus âgés.

Il faut cependant voir au-delà chiffres. Par exemple, je sais que ma mère aspire à la tranquillité d’esprit et recherche la stabilité ainsi que la prévisibilité, ce qui signifie recevoir un chèque de paie par la poste, chaque mois. Une rente offre cela.

La rente établit aussi un excellent cadre de dépenses. Lorsque vous travaillez, vous avez une limite de dépenses; on appelle cela une paie. Vous savez ce que vous ne pouvez pas vous offrir, parce qu’il ne restera plus d’argent à la fin du mois. Certains clients perdent le nord lorsqu’ils prennent leur retraite; la rente procure, entre autres, un nouveau cadre de dépenses.

L’inverse peut aussi se produire : certains clients ne dépensent pas assez. Même si leur conseiller affirme qu’ils peuvent retirer plus d’argent, ceux-ci craignent de dépenser toutes leurs épargnes. Acheter une rente permet d’automatiser un processus de dépenses, sans avoir peur de trop dépenser.

Cela dit, les rentes ne conviennent pas à tout le monde. Bill Gates n’en a pas besoin, car il ne pourra jamais dépenser tout son argent de son vivant. D’autre part, les personnes dont la majeure partie des besoins sont couverts par la RRQ, le PSV et un régime de retraite à prestations déterminées n’ont pas besoin de revenu de rente – ils sont déjà bien pourvus.

Si vous analysez le bilan personnel d’un cliente et que vous vous rendez compte que plus de 70 % de son patrimoine est déjà placé dans un régime de retraite, je ne vois pas l’intérêt d’acheter une rente. De la même manière, on ne suggérera pas à un client qui a déjà beaucoup d’argent investi à la Bourse de convertir son REER pour acheter d’autres actions. C’est la base en matière de répartition des actifs.

La personne toute désignée pour acheter des rentes est celle qui n’a pas de régime de retraite – pas de régime de retraite à prestations déterminées à son travail ni à celui de son partenaire. Et le meilleur moment pour acheter une rente se fait à partir de 65 ans. Plus la personne est âgée, plus la rente est élevée.

Ma règle de base : si le taux de mortalité de votre client est plus élevé que le taux d’intérêt, il est temps de commencer à penser aux rentes. Le taux d’intérêt est actuellement d’à peu près 2 %. Les tables de mortalité de Statistique Canada peuvent servir d’outil aux conseillers financiers : « Alors, vous êtes une femme âgée de 70 ans et votre taux de mortalité est de 1 %; vous êtes trop jeune. » Ou bien : « Vous êtes un homme âgé de 70 ans et votre taux de mortalité est de 2 %. Il est temps de songer à acheter une rente. » Il ne faut pas oublier, cependant, que le client doit être en bonne santé pour que l’achat d’une rente soit un bon placement.

Afin d’établir une moyenne dans le cycle du taux d’intérêt, je proposerais aussi d’acheter les rentes au fil du temps, peut-être pendant trois à cinq ans. Ainsi, si vous planifiez transformer 400 000 $ de rente à partir des actifs d’un client, vous pourriez acheter une rente de 25 000 $ une fois par trimestre pendant quatre ans ou plus. Afin de réduire les risques que présente la faillite de la compagnie d’assurance qui conclut les contrats de rentes, il est important de respecter les limites d’Assuris (fonds de garantie à l’intention des consommateurs) de 2 000 $ par mois ou 85 % du montant mensuel promis.

Selon moi, l’argent servant à acheter des rentes devrait provenir de la portion des obligations du client. Sachant que les obligations sont sensibles aux fluctuations des taux d’intérêt, celles-ci risquent d’en prendre un coup. Il serait donc préférable d’en vendre quelques-unes pour acheter des rentes.

La bonne nouvelle : lorsque les gens ont une source de revenu stable qui couvre leurs dépenses, ils peuvent être en mesure d’investir le reste de leur portefeuille dans des actifs axés sur la croissance, comme les actions. Les fonds générés permettraient de financer les dépenses imprévues, comme les médicaments et les frais médicaux que le gouvernement pourrait ne pas assumer à l’avenir. En fait, investir dans les secteurs médical et pharmaceutique permettrait à vos clients de tirer profit des coûts plus élevés des médicaments en général.

Pour terminer, j’aimerais ajouter qu’il est important que vos clients soient conscients de toutes les incertitudes de l’avenir et qu’ils prévoient un budget pour ce qui n’est pas assurable.

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