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Les marchés émergents le sont-ils vraiment ?

17 mai 2010 | Terri Goveia | Commenter

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L’an dernier, des économistes de Morgan Stanley débattaient de la pertinence d’ajouter un nom au peloton de tête des marchés émergents : celui de l’Indonésie. En effet, avec ses juteuses projections de croissance pour 2011, ce pays devrait rejoindre, selon eux, les rangs des principaux marchés à l’instar des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).

Ce débat mettait en lumière une question plus générale, à savoir qui fait partie de quoi ? Étant donné que plusieurs de ces pays affichent une croissance supérieure à celle des économies bien établies, peut-on encore judicieusement les qualifier d’« émergents » ?

À en juger par les projections de plusieurs pays du BRIC, le qualificatif d’émergent semble effectivement dépassé. Selon Morgan Stanley, la croissance du PIB des nouvelles économies devrait faire un bond spectaculaire en 2010, passant de 1,6 % à 6,5 %, voire 10 % dans le cas de la Chine — tandis que la croissance du PIB prévue pour les économies des pays du G10 ne devrait pas dépasser les 2 %. « Parfois, la différence entre pays émergent et marché développé est loin d’être évidente », affirme Chuk Wong, vice-président et gestionnaire de portefeuille à Fonds Dynamique. 

Vecteur de croissance

L’essor de la Chine et de ses semblables de la zone du BRIC est soutenu par plusieurs facteurs. En Chine, les changements démographiques et la hausse des revenus ont créé une classe de consommateurs en pleine expansion et alimentent l’augmentation du PIB. La Chine et certaines économies émergentes voisines ont réduit leur dépendance aux exportations vers les pays occidentaux et se distancient des secteurs manufacturiers de faible valeur, comme celui des textiles, note Eng Hock Ong, administrateur délégué pour AGF Asset Management Asia. « Au cours des dernières années, le gouvernement [chinois] a pris conscience que le modèle d’exportation n’est pas viable. Le principal moteur de croissance sera la consommation. »

Par ailleurs, un récent rapport de Barclays attribue certains gains d’autres pays d’Asie et d’Amérique Latine aux « prises de guerre » des politiques de change, à l’amélioration des mesures fiscales et aux retombées de l’essor économique de la Chine. Le rapport note que ces éléments ont neutralisé les facteurs locaux susceptibles d’amplifier l’incidence des problèmes externes, responsables de crises contagieuses qui ont embrasé les marchés émergents à plusieurs reprises. En outre, le rapport n’hésite pas à rebaptiser Singapour, le Chili, la Corée, Taiwan, Israël (et la Chine) de « marchés émergents avancés », affranchis de la volatilité inhérente aux marchés émergents traditionnels, et dont l’évolution les situe à mi-chemin entre les marchés émergents proprement dit et les économies développées ouvertes.

À l’amélioration des données économiques fondamentales — dont l’absence de dettes des gouvernements et des sociétés — s’ajoute l’augmentation de la masse monétaire à travers le monde. « Autrement dit, il y a de plus en plus de capitaux en quête de placement, fait remarquer Mark Mobius, gestionnaire principal des fonds Franklin Templeton Investments investis dans les marchés émergents. »

Selon toute vraisemblance, il s’agit de progrès – et de croissance – durables dans l’ensemble. En 2009, les marchés émergents représentaient plus de la moitié du PIB mondial, avec une part de 34 % pour l’Asie seulement, précise Sean Cleary, CFA, professeur BMO en finance à l’Université Queen’s. « Ce genre de statistiques permet de croire que ces économies continueront à progresser au cours des 10 à 15 prochaines années avec une croissance soutenue à moyen et long terme. »

Abattre la clôture

Ces radieuses perspectives des marchés émergents suffisent-elles à justifier l’attribution d’un nouveau statut – et la création d’une nouvelle catégorie de marché – comme semble le proposer Barclays ? Se sont-ils réellement émancipés du monde développé ?

À certains égards, oui, selon les gestionnaires de fonds. En effet, les facteurs qui sous-tendent ces gains— expansion de la classe moyenne, augmentation des investissements en infrastructure, etc. — sont également des indices d’émancipation. De plus, alors que l’économie américaine était encore entravée par les répercussions de la récession en 2009, la Chine continuait sur sa lancée, souligne M. Wong. « Du point de vue économique, il y a une nette dissociation. »

Mais cette transformation est loin d’être achevée. Même la Chine, premier des pays du BRIC, demeure sans contredit une économie naissante de l’avis de M. Ong. La croissance languissante des marchés développés démontre que les pays émergents doivent diversifier davantage leurs vecteurs de croissance, ajoute-t-il, car une contraction découlant de la récession menace ceux où le marché de la consommation est trop limité. L’administrateur note aussi que l’effondrement de la croissance des pays développés avait de quoi inquiéter et qu’un certain risque géopolitique perdure dans quelques pays hors de la zone BRIC, notamment le Vietnam, le Pakistan et la Corée du Sud.

Autre élément à signaler, la croissance du PIB par habitant. « Dans l’ensemble, la croissance du PIB par habitant est encore considérablement inférieure dans les marchés émergents que dans la plupart des pays occidentaux », affirme Phil Langham, chef de l’équipe Marchés émergents, RBC Gestion mondiale d’actifs. 

De plus, malgré des progrès notables, les marchés financiers des économies émergentes présentent encore des lacunes, selon M. Langham. Non seulement certains de ces marchés demeurent vulnérables aux fluctuations des titres boursiers étrangers, mais ils doivent aussi peaufiner leurs pratiques en matière de comptabilité et de gouvernance, ajoute M. Wong, reconnaissant que le véritable défi sera de gérer cette nouvelle croissance économique. « Il faudra du temps, à mon avis, avant que ce soit patent, mais l’écart entre les marchés émergents et les économies développées se resserrera. »

Capitaliser sur la croissance

Dissociés ou non, les marchés émergents et leur croissance sont un débouché intéressant pour les investisseurs. Les particuliers peuvent y participer par le biais de fonds communs de placement ou de fonds de couverture qui accordent une forte pondération aux marchés émergents. M. Cleary ajoute que les investisseurs canadiens ont également l’option des fonds cotés en bourse, soulignant la rapide croissance de cette catégorie d’actif.

Même si la croissance se maintient, une absolue dissociation des marchés risque d’être impossible, note M. Ong. « Il me semble que le monde est de plus en plus intégré, ce qui complique d’autant plus une dissociation d’avec le développement de l’économie mondiale. Les pays progressent et se dissocient effectivement, mais pas les marchés. »

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