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Marchés frontaliers : faut-il céder à la tentation ?

17 mai 2010 | Vikram Barhat | Commenter

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Placements Franklin Templeton

Les marchés frontaliers sont comme de jeunes athlètes prometteurs : il faut les dépister tôt et suivre leurs progrès. De fait, ces options de placement suscitent un intérêt grandissant pour les gestionnaires et les investisseurs avant-gardistes en quête de nouveaux débouchés.

Il n’existe pas de définition précise des marchés frontaliers, aussi dits d’avant poste. Ce sont des marchés de petite envergure, habituellement regroupés en tant que sous-catégorie des marchés émergents et caractérisés par les occasions de placement attrayantes qu’ils offrent par rapport à celles des pays BRIC. Le fournisseur d’indices new-yorkais MSCI Barra a classé dans cette catégorie 26 pays d’Asie, d’Europe de l’Est, du Moyen-Orient et des Amériques.

Tandis que l’économie canadienne se remet d’une des récessions mondiales les plus dévastatrices de son histoire, les investisseurs gagnent en audace. Les convoitises se tournent vers des marchés frontaliers, exotiques et souvent non liquides. De plus, le ralentissement de la croissance en Inde et en Chine incite les gestionnaires à envisager les économies frontalières dans l’espoir d’y dépister de futures poules aux œufs d’or.

Pronostiquer quel sera le prochain marché à attirer les capitaux n’est pas simple. L’avis des experts varie selon la grille d’évaluation ainsi que la compréhension et les opinions de chacun.

Kevin Eng, analyste de portefeuille pour Russell Investments à Toronto, affirme que les capitaux se dirigeront vers les pays les plus liquides. Le Nigeria, le Sri Lanka et le Kenya lui semblent les meilleurs candidats à cet égard. « En général, les marchés frontaliers les plus susceptibles d’attirer les capitaux sont ceux qui offrent des évaluations incontournables, affichent une robuste santé économique et financière et possèdent des sociétés capables d’assurer une croissance des bénéfices appréciables », déclare M. Eng. 

Cependant, presque tous les observateurs considèrent que ce sont les marchés du MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) qui mèneront le bal. « Ces marchés-là sont les plus liquides et c’est vers eux que la majorité des capitaux frontaliers seront dirigés, notamment dans les Émirats Arabes Unis, au Qatar, au Koweït et en Arabie Saoudite, affirme Phil Langham, chef de l’équipe Marchés émergents, RBC Gestion mondiale d’actifs. Le Nigeria est le seul marché frontalier d’Afrique assez liquide pour y investir; ailleurs, la liquidité est trop médiocre. » 

Les atouts des marchés frontaliers

Andrea Nannini, gestionnaire du Fonds HSBC GIF Middle East North Africa (MENA), est du même avis. « Aujourd’hui, la région du MENA offre d’excellentes occasions de placement. Son évolution démographique sous-tend sa croissance économique car il s’agit d’une population jeune qui alimente la consommation. »

Toujours selon Mme Nannini, la hausse du prix des produits de base, les politiques gouvernementales proactives et des dépenses en infrastructure considérables ajoutent à l’attrait de la région. « Les marchés frontaliers sont les nouveaux marchés émergents, en particulier dans la région du MENA, déclare Rayan Salam, gestionnaire de portefeuille à Algebra Capital à Dubaï, firme qui assure la gestion du Fonds MENA Franklin Templeton, destiné aux investisseur canadiens. »

Parmi les marchés frontaliers dans lesquels il pourrait investir, M. Salam compte les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), notamment les Émirats Arabes, l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, Oman et Bahreïn. En Afrique du Nord, l’Égypte, la Tunisie et le Maroc sont d’autres marchés potentiels. « Les capitaux afflueront dans la région du MENA compte tenu de son envergure par rapport aux autres marchés frontaliers et parce que ces économies disposent de surplus budgétaires substantiels. Ce sont des pays très prospères et leur capacité de croissance et d’expansion est nettement supérieure à celle des autres marchés frontaliers », souligne M. Salam.

Pour quelles raisons exactement les marchés frontaliers peuvent-ils avantageusement remplacer les marchés émergents? « Les raisons les plus souvent évoquées : ils sont méconnus, peu en demande, sans corrélation avec les autres marchés mondiaux, la volatilité y est faible et ils affichent une bonne performance historique », explique Phil Langham, chef de l’équipe Marchés émergents, RBC Gestion mondiale d’actifs. 

M. Eng avance des arguments plus techniques. « Ils apportent une bonne diversification à un portefeuille existant. Ils sont une importante source d’alpha – négligés par les analystes de recherche et les investisseurs étrangers. Nombre de leurs sociétés sont sous-évaluées. Leurs marchés boursiers sont sous-développés, avec de faibles ratios capitalisation boursière/PIB et ils disposent de ressources non négligeables. Ce sont là autant d’atouts pour les investisseurs. » 

Autre facteur de poids, leur croissance est soutenue par leur situation démographique et l’essor potentiel des marchés du crédit et financiers. « De plus, l’intérêt des investisseurs envers ces marchés augmentera avec l’amélioration de leur liquidité », indique M. Eng. 

Ne vous emballez pas !

M. Langham met un bémol sur la kyrielle d’avantages des marchés frontaliers et modère son optimisme avec des considérations bien pragmatiques. « Il faut placer les choses en contexte. Depuis quelques années, les capitaux dirigés vers les marchés frontaliers ont effectivement augmenté, mais ils étaient extrêmement rares à l’origine et ils ne représentent actuellement qu’un maigre pourcentage des capitaux investis dans les marchés émergents en général. » Qui plus est, les apports de capitaux suivent habituellement la performance. « Des capitaux considérables ont été placés dans les fonds MENA en 2007 et début 2008, puis nous avons assisté à des retraits importants. Depuis, les apports de capitaux se sont stabilisés et n’augmentent pas. », ajoute-t-il.

Relativement jeunes et sous-évalués, les marchés frontaliers n’ont pas été épargnés par les risques : volatilité, inflation, instabilité politique et restrictions visant les investisseurs étrangers sont parmi les pires facteurs baissiers inhérents à ce territoire. « Le degré de corrélation avec les produits de base constitue un risque certain, explique Mme Nannini. Il faut aussi tenir compte du risque géopolitique, ainsi que de la transparence et des problèmes de gouvernance. »

Elle ajoute que malgré des progrès certains depuis quelques années, ces conditions demeurent inférieures à celles qui prévalent dans les marchés émergents plus évolués.

Quant à M. Langham, c’est surtout la faible liquidité qu’il trouve préoccupante. « Elle y est de loin inférieure à celle des marchés émergents. Par ailleurs, la diversification géographique est primordiale dans le cas de placements dans les marchés frontaliers afin de limiter le risque – politique et économique – lié au pays. »

Faisant allusion aux marchés largement tributaires des produits de base et du pétrole comme ceux du Moyen-Orient, il considère qu’une correction des cours du brut constitue un autre risque.

Et ce n’est pas tout : la montée de mouvements protectionnistes et de contrôle des capitaux, les politiques fiscales ou monétaires inadéquates et les coûts d’investissement élevés allongent la liste des aléas à subir dans l’espoir de meilleurs gains.

Un enthousiasme prudent

Ce qui nous amène à la question qui tue : les gains sont-ils suffisants pour justifier ces risques accrus? 

L’opinion des spécialistes est positive mais leur enthousiasme est teinté de mises en garde. « Les rendements supérieurs découlent habituellement du potentiel de croissance supérieur d’un pays, alors que le risque élevé reflète son instabilité politique et économique, précise M. Eng. Les marchés frontaliers offrent davantage de possibilités de gains que les marchés développés, par exemple, mais l’augmentation des perspectives de rendements est intrinsèquement liée à un risque plus élevé. »

Il est aussi d’avis que la participation à des marchés frontaliers est un atout de diversification pour un portefeuille, tout comme M. Langham qui rappelle qu’historiquement « les portefeuilles diversifiés parmi les marchés frontaliers ont affiché une volatilité restreinte; de plus, excepté en période de crise grave, ces marchés ont témoigné d’une faible corrélation avec les autres catégories d’actif ».

M. Langham estime enfin qu’on aurait tort de présumer que les rendements seront forcément élevés. « Je doute que ces marchés procurent dans l’ensemble des occasions de placement aussi attrayantes que celles des marchés émergents. Toutefois, de mon point de vue, si l’idée d’investir dans les marchés frontaliers s’impose, c’est qu’ils ne comportent pas un risque indu dans le cadre d’un portefeuille diversifié. Ce qui serait hasardeux, c’est de concentrer ses placements dans la région du MENA. »

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