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Miser gros ou miser proche ?

12 octobre 2010 | Vikram Barhat | Commenter

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La propension des investisseurs à privilégier leur pays est un fait bien établi aux quatre coins du globe. Ils choisissent résolument les sociétés locales, quitte à se priver du potentiel des occasions étrangères et des avantages indéniables d’une diversification sectorielle et géographique.

Le Canada n’échappe pas au phénomène de la préférence locale, même si ses parquets ne représentent qu’un maigre 4% des marchés boursiers mondiaux. Notre marché national est d’autant plus limité que les services financiers et les ressources naturelles y prédominent.

Les théoriciens du portefeuille canadiens reconnaissent à la fois l’existence de cette pratique et son impact limitatif. Ils sont toutefois nombreux à en défendre la pertinence dans le contexte canadien, divers arguments à l’appui.

Aimé Bwakira, directeur principal, Analyse des placements chez Fidelity Investments Canada, défend le procédé en citant Andrew Carnegie : « Mettez tous vos œufs dans le même panier et surveillez ce panier ».

« Dans une certaine mesure, la préférence locale a bien servi les investisseurs canadiens ces dernières années puisque des vents favorables ont propulsé le Canada, explique M. Bwakira. Grâce à sa résilience par rapport aux autres pays développés lors de la crise financière et de la récession mondiales, le Canada a procuré une performance supérieure à l’indice S&P 500 et à l’indice MSCI EAEO de 1990 à août 2010. »

Malgré cette preuve spectaculaire, Greg Nott, gestionnaire de portefeuille pour Investissements Russell Canada, n’adhère pas au procédé. Qu’il s’agisse d’actions ou de titres à revenu fixe, il s’oppose farouchement au fait de privilégier les placements en fonction de leur proximité géographique.

« Les investisseurs canadiens qui consacrent la totalité de leur portefeuille de titres à revenu fixe à des produits canadiens se privent de certaines des meilleures occasions de rehausser les rendements dans ce secteur, affirme M. Nott. Comme dans le cas des actions, les titres à revenu fixe canadiens ne comptent que pour une part minime du marché à l’échelle mondiale. Par conséquent, élargir nos horizons ne peut être que bénéfique. »

Étant donné les faibles rendements qui prévalent actuellement, il est plus important que jamais de chercher à maximiser les revenus selon le niveau de risque acceptable à chaque investisseur, ajoute-t-il.

Faire traverser des frontières politiques et monétaires à son capital est un moyen d’atteindre cet objectif, convient Marc-André Robitaille, qui tient les rênes du Fonds revenu de dividendes AGF.

« Les ressources naturelles et les services financiers constituent 80 % de notre marché boursier, et cette forte concentration est problématique, selon moi, puisqu’elle contrecarre l’équilibre risque-rendement qu’offre une meilleure diversification, souligne M. Robitaille, précisant que la diversification  internationale procure des atouts additionnels. Si vous envisagez de prendre votre retraite et de dépenser votre argent ici, votre portefeuille devrait accorder une part appréciable aux véhicules canadiens. Mais il demeure qu’intégrer des titres étrangers est un gage d’amélioration du rapport risque-rendement d’un portefeuille. »

M. Robitaille affirme que les secteurs des soins de santé et de la technologie, par exemple, ont une envergure considérable ailleurs dans le monde, mais sont relativement minuscules sur le marché canadien. Les gestionnaires de portefeuille qui souhaitent participer à ces secteurs ont tout intérêt à envisager les placements outre-frontières.

Cependant, les détracteurs des placements outre-mer s’empressent d’évoquer les remous provoqués par les fluctuations des devises et leurs éventuelles répercussions sur les placements réalisés à l’extérieur du Canada. M. Bwakira rappelle comment la vigueur du huard a permis au marché canadien de surpasser les autres. « La bonne tenue du dollar canadien a érodé la performance des placements étrangers sans couverture, dit-il. De fin juillet 2000 à fin juillet 2010, le dollar canadien s’est apprécié de 45 % face au billet vert, passant de quelques 67 cents à une quasi-parité. »

On peut en dire autant au sujet de l’euro. Au cours de la dernière décennie et en dépit d’une vive volatilité, le dollar canadien a fait un bond remarquable entre fin décembre 2008, où il ne valait que 58 centimes d’euro, et fin août 2010, où il a atteint 74 centimes d’euro, soutient M. Bwakira.

Partisan d’accorder une certaine pondération aux titres à revenu fixe étrangers, M. Nott considère cet argument sans fondement puisqu’il est possible de neutraliser le risque de change. « Nous recommandons que la majorité (90 % minimum) des titres à revenu fixe hors frontières soient assortis d’une couverture de change. »

Il concède néanmoins que le fort potentiel de volatilité des devises risque d’engloutir les rendements excédentaires que les placements hors du Canada pourraient procurer.

La hausse de la demande mondiale de produits de base canadiens est un autre argument en faveur de la préférence locale.

« Les prix des ressources naturelles ont rebondi et le Canada en a tiré parti, signale M. Bwakira. Il donne en exemple le pétrole, qui se négociait 10 $ le baril en 1999, et dont le prix a explosé au cours des dix années suivantes. De l’or aux  engrais, pratiquement tous les produits de base ont bénéficié d’une hausse de la demande et de l’essor rapide des marchés émergents. »

Stephen Lingard, co-gestionnaire principal du programme Quotentiel de Franklin Templeton, met l’assise solide de l’économie canadienne en tête de liste des motifs pour ne pas investir à l’étranger. « Pour les cinq à dix prochaines années, les actions canadiennes présentent parmi les meilleures perspectives de performance ».

« Dans ce contexte, privilégier le marché local sera certainement rentable pour les investisseurs canadiens. »

Évidemment, il s’agit ici de comparer le marché local aux autres pays du G8, soit les États-Unis, l’Europe de l’Est et le Royaume-Uni. M. Lingard n’hésite pas à profiter des occasions des marchés étrangers, et plus précisément des marchés émergents.

« Dans l’industrie, on n’accorde pas beaucoup de place aux marchés émergents, qu’il s’agisse des actions ou des titres à revenu fixe, note M. Lingard. Et c‘est pitoyable car certaines de ces régions ont démontré un excellent potentiel de croissance économique. »

Il admet que privilégier à outrance le marché local peut avoir un effet réducteur sur les perspectives de risque et de rendement offertes à l’investisseur. « De plus, l’atout économique d’un pays peut se muer en handicap si on l’assimile à un titre, comme le fait M. Robitaille. Je ne dis pas que le Canada est surévalué, mais la sur-performance économique se paie. »

Il signale un aspect non négligeable sur lequel personne ne s’est attardé : les perdants d’hier peuvent être les gagnants de demain. « En se bornant à investir au Canada, les investisseurs risquent de passer à côté des aubaines offertes par des marchés peu reluisants ces dernières années, mais sur le point de rebondir », conclut M. Robitaille.

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