L’effet « FOMO » propulse les marchés d’actions

Par Nicolas Ritoux | 19 mai 2026 | Dernière mise à jour le 15 mai 2026
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Graphique en chandelier et données du marché financier mondial.
tadamichi / iStock

La poussée boursière actuelle repose autant sur les profits des sociétés que sur la peur de passer à côté d’une occasion, estime Craig Jerusalim, gestionnaire principal de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC.

Pour illustrer le contexte actuel, il cite Lénine : « Il est des décennies où rien ne se passe, et des semaines où des décennies se produisent. » À ses yeux, cette réflexion résonne aujourd’hui plus que jamais dans un environnement dominé par l’actualité en continu. Les manchettes sensationnalistes s’enchaînent et les bouleversements majeurs surviennent à un rythme toujours plus rapide.

Et pourtant, les marchés d’actions demeurent insensibles au tumulte. Malgré l’inflation, le conflit au Moyen-Orient, les menaces de tarifs, et les perturbations de l’IA, les indices boursiers frôlent actuellement leurs pics historiques. 

Son constat est clair : les investisseurs semblent aujourd’hui davantage guidés par la peur de manquer une occasion (fear of missing out ouFOMO) que par la peur de subir des pertes.

Leur optimisme est justifié en partie par les profits appréciables des sociétés, parfois jusqu’à deux chiffres, au cours du dernier trimestre.  

Au Canada, la saison des résultats financiers n’est pas encore terminée et les sociétés affichent déjà collectivement une hausse de 12 % des ventes et de 20 % des profits par rapport à l’an dernier, relève l’expert.

Aux États-Unis, les entreprises du S&P 500 présentent des résultats encore plus solides, avec une progression de 11 % des ventes et de 30 % des profits.

« La vigueur du marché est presque uniforme ; seul le secteur de la santé est en baisse. Les prévisions de bénéfices sont également très fortes pour l’année à venir », observe Craig Jerusalim. 

L’évolution du conflit au Moyen-Orient et la résilience du consommateur nord-américain demeurent toutefois des éléments déterminants pour la suite des choses, souligne-t-il. Selon les données des banques, les consommateurs continuent pour l’instant de faire preuve de stabilité sur le plan des impayés, des liquidités et des dépenses, malgré la hausse des prix de l’énergie. Si les coûts à la pompe augmentent, leurs répercussions ne semblent pas encore se refléter dans le reste des habitudes de consommation.

Au Canada, plusieurs opérations de fusion et acquisition méritent également d’être surveillées, ajoute l’expert.

L’acquisition de Secure Waste par GFL Environmental a, selon Craig Jerusalim, été accueillie de manière trop prudente par les marchés, plusieurs investisseurs craignant une exposition accrue à la volatilité des prix du pétrole. Il estime toutefois que Secure bénéficie d’une diversification suffisante et que la stabilité à long terme des sables bitumineux canadiens représente plutôt un avantage stratégique.

Dans le secteur minier, l’expert souligne également deux transactions particulièrement marquantes : l’offre de G Mining visant un concurrent voisin en Guyane, ainsi que les trois acquisitions simultanées réalisées par Agnico Eagle afin de créer un important pôle aurifère en Finlande.

« Historiquement, les fusions-acquisitions du secteur minier ont tendance à précipiter des pics de prix et à réduire la valeur des actionnaires. Mais dans les cas cités, de belles synergies vont être réalisées. Il s’agit de transactions hautement stratégiques qui vont générer de la valeur ajoutée », poursuit l’expert. 

Mais la plus importante transaction récente demeure l’achat d’Arc Resources par Shell pour 22 milliards de dollars, dit-il. 

« Au-delà du montant impressionnant, c’est la preuve d’une conviction renouvelée de la part des investisseurs étrangers envers le secteur canadien de l’énergie. Cela augmente en outre les chances d’approbation de la phase 2 du terminal GNL de Shell, qui a le potentiel de transformer les exportations canadiennes, avec à la clé une indépendance renforcée face aux États-Unis, et des gains en productivité et en croissance économique. » 

Pendant ce temps, la menace des tarifs américains continue de planer sur l’économie canadienne. 

Pour Craig Jerusalim, la récente surtaxe américaine de 25 % visant les produits fabriqués à partir d’acier et d’aluminium assombrit les perspectives d’un règlement consensuel dans le cadre des prochaines négociations de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Il juge désormais plus probable que les discussions soient reportées à l’année suivante.

Le conflit au Moyen-Orient demeure toutefois, selon lui, le principal facteur de risque à surveiller. Les possibilités d’escalade des hostilités et de réactions imprévisibles pourraient avoir des conséquences bien au-delà des marchés financiers.

Craig Jerusalim rappelle notamment que le coût humain d’un tel conflit est inestimable et que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz au commerce et aux exportations pétrolières accentuerait inévitablement la pression sur les prix de l’énergie, le moral des consommateurs et la croissance économique mondiale.

Déjà, les compagnies aériennes ont annulé des milliers de vols, entraînant des annulations de séjours hôteliers et de réservations de restaurants et de transports, note l’expert.  

Même si l’Amérique du Nord demeure mieux protégée que l’Europe et l’Asie contre un éventuel choc énergétique, elle ne serait pas à l’abri des effets indirects d’une telle crise, lesquels pourraient ultimement se traduire par une correction des marchés financiers.

Le retrait des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEC) pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix du pétrole à long terme.

Quoi qu’il en soit, les producteurs canadiens comme Suncor, Cenovus, Canadian Natural Resources et Whitecap demeurent bien positionnés pour faire face à différents scénarios grâce à leurs faibles coûts d’exploitation, leurs avantages géographiques et un environnement réglementaire jugé de plus en plus favorable, avance Craig Jerusalim.

Dans les semaines à venir, il s’agira de surveiller les signes d’une résolution possible du conflit ou au contraire d’une escalade. 

« Il reste à voir si les marchés d’actions pourront continuer encore longtemps de grimper face au mur d’inquiétude qui se dresse devant eux. Depuis le creux de la pandémie, ils ont progressé d’environ 20 % annuellement. Ce niveau de performance extraordinaire ne pourra être soutenu que par une convergence de développements positifs, incluant un apaisement des tensions géopolitiques, une confiance élevée des consommateurs, et des politiques monétaires bien équilibrées entre la retenue et la souplesse. La barre est haute, les variables sont multiples, et les chances de déception sont élevées. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion globale d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.