Oeufs, kiwi

25Le secret d’un bon portefeuille réside dans sa diversification. Pour y parvenir, certains ont poussé la note plus loin. Question d’aller voir ailleurs si le rendement y est, ces fonds ont misé sur des critères d’investissement différents, et parfois pour le moins inusités. Conseiller vous en présente ­quelques-uns.

(S’)investir dans la lutte contre l’obésité

Selon l’OCDE, le nombre de personnes obèses va continuer d’augmenter régulièrement d’ici 2030 pour atteindre un taux de 47 % aux ­États-Unis, notamment. D’où l’idée de ­Janus ­Henderson ­Investors de lancer un fonds négocié en ­Bourse (FNB) centré sur la lutte contre cette épidémie.

SLIM – ­The ­Obesity ­ETF se compose de titres d’entreprises pharmaceutiques et de biotechnologie développant des soins et dispositifs médicaux axés sur la lutte contre l’obésité et les maladies qui lui sont liées, telles que le diabète, l’hypertension ou encore un taux élevé de cholestérol.

« À mesure que l’obésité et le surpoids augmentent, les dépenses médicales directes et indirectes pour leur traitement et leur prévention, estimées à 2 000 milliards de dollars par an aujourd’hui1, explosent elles aussi, analyse ­Nick ­Cherney, responsable des ­FNB à ­Janus ­Henderson ­Investors. La lutte contre l’obésité sera un défi dans l’avenir, c’est un secteur dans lequel il y a des gains à prévoir. »

Fait notable, en 2017, le fonds a surpassé les résultats du S&P 500 de 20 %.

Faire fi de sa morale…

Les fonds éthiques prennent aujourd’hui de plus en plus d’importance dans l’industrie, mais c’était loin d’être le cas en 2002, lorsque qu’USA ­Mutuals a lancé son désormais célèbre fonds du vice (Vice ­Fund, en anglais). Seize ans plus tard, ce fonds américain est toujours là et il continue d’investir dans le « péché légal », à savoir principalement l’industrie du tabac, de l’alcool, des jeux de hasard et des armes.

« ­Les résultats de ces industries sont peu dépendants du climat économique, car en période d’expansion comme en récession, il y a des joueurs et des consommateurs d’alcool ou de cigarettes », note le gestionnaire du fonds, ­Jordan ­Waldrep, qui en assume pleinement la stratégie.

Le fonds du vice s’avère cependant extrêmement volatil du fait que l’investissement se trouve non seulement fortement concentré dans un nombre limité d’industries, mais aussi que la ­Bourse réagit beaucoup aux scandales que ­celles-ci peuvent générer. Sur la durée, la stratégie se révèle cependant payante puisque depuis sa création, cet outil de placement a généré un rendement d’environ 12 %, contre 9,32 % pour le S&P 500.

«­Les résultats des industries du vice sont peu dépendants du climat économique, car en période d’expansion comme en récession, il y a des joueurs et des consommateurs d’alcool ou de cigarettes.»

– ­Jordan Waldrep

Des femmes dans son portefeuille

Le ­FNB ­BMO ­Fonds leadership féminin (WOMN) est le premier fonds à retombées sociales lancé par une banque canadienne à être axé sur la diversité des genres. ­Celui-ci investit en effet dans des sociétés ­nord-américaines ayant une femme ­PDG ou un conseil d’administration avec une représentation féminine d’au moins 25 %.

« L’un de nos objectifs est de permettre aux investisseurs d’aligner leurs valeurs sociales sur leurs objectifs de placement, explique ­Mckenzie ­Box, directrice principale de produits à ­BMO. Ce fonds leur offre la possibilité de prendre part au changement social tout en recherchant des rendements financiers. »

Lancé en mai dernier, le ­FNB investit dans des entreprises se situant tout autant dans les secteurs des biens de consommation que de l’énergie, des services financiers ou encore des technologies de l’information. Sur ses trois premiers mois d’exploitation, il a gagné 4,38 %, contre 3,81 % pour le S&P 500.

Qui a peur des cryptomonnaies ?

Pas ceux qui ont investi 3 millions de dollars dans le ­Fonds ­Rivemont ­Crypto depuis le 14 décembre 2017, date de son lancement. Offrant bien évidemment une exposition au nouveau marché des cryptomonnaies, il est à ce jour le seul fonds canadien activement géré donnant accès à un portefeuille de monnaies virtuelles telles que le bitcoin (38 %) ou l’ethereum (11 %).

« ­Présentement, les cryptomonnaies sont une catégorie d’actif très volatile, mais avec un rendement potentiel extrêmement élevé comparativement aux actifs traditionnels comme les actions et les obligations, estime ­Martin ­Lalonde, président et gestionnaire de portefeuille à ­Rivemont. Nous sommes au début d’une révolution numérique et il est de notre avis que d’ici cinq à dix ans, tous les portefeuilles seront exposés aux cryptomonnaies. »

Ce fonds, disponible sur ­Fundserv, vise également à minimiser le risque de la détention personnelle de cryptomonnaies tout en maximisant le rendement éventuel. Jusqu’ici, on a plutôt réduit les pertes, puisque ­le Fonds ­Rivemont ­Crypto a baissé de 8,2 % depuis sa création, contre 10,4 % pour le bitcoin (en date du 15 septembre 2018).

Accro au pot

Lancé en avril 2017, le ­FNB ­Horizons ­Indice ­Marijuana sciences de la vie (HMMJ) est le premier fonds négocié en ­Bourse à se spécialiser dans la marijuana pharmaceutique, et ce, à l’échelle mondiale.
« ­Avec un milliard de dollars d’actif sous gestion, c’est aussi notre ­FNB le plus populaire jusqu’ici, indique ­Marie-Chantal ­Lauzon, première ­vice-présidente au développement des affaires à ­Horizons ­ETF. C’est très rare, une croissance aussi rapide. Et nous nous attendons à ce qu’il gagne encore en popularité. »

La raison ? ­La légalisation de la marijuana récréative au ­Canada. Même si le ­FNB se concentre exclusivement sur le cannabis médical, intégrant en très grande majorité des compagnies pharmaceutiques et parapharmaceutiques, la plupart situées au ­Canada, la gestionnaire du fonds est d’avis que le buzz engendré par la nouvelle législation aura des répercussions tant sur l’intérêt pour le ­FNB que sur son rendement.

Pour l’instant, ce fonds s’est cependant montré très volatil. Sur les douze mois précédant le 31 juillet 2018, ­celui-ci a gagné 124 %, mais il a en revanche perdu 2,23 % depuis le début de l’année.

Robot-gestionnaire

Inutile de chercher un gestionnaire en chair et en os à la barre du ­FNB ­Horizons ­Actif ­IA actions mondiales (MIND)… ­Ici, c’est un cerveau artificiel qui prend toutes les décisions !

« C’est complètement inusité, lance ­Mme ­Lauzon. L’intelligence artificielle (IA) interprète les données, apprend et s’adapte en conséquence. D’autres entreprises font déjà de la répartition d’actif avec un robot. Mais le fait que cela soit systématique et exclusif, c’est complètement novateur. »

La première ­vice-présidente au développement des affaires à ­Horizons ­ETF croit que la sélection des titres par un système d’IA permet de se soustraire aux émotions ou aux partis pris des investisseurs, assurant ainsi une approche de placement rigoureuse. Quelques paramètres de base sont inscrits dans l’algorithme – de 30 à 65 % d’actions d’entreprises d’Amérique du ­Nord, moins de 15 % sur les marchés émergents, etc. –, mais pour le reste, le robot redéfinit ­lui-même le portefeuille chaque mois, en fonction des données qui lui sont fournies.

« ­Il est très intéressant de regarder ce qu’il fait, affirme ­Marie-Chantal ­Lauzon. On le voit par exemple sortir petit à petit du marché canadien alors que ­celui-ci ­sous-performe. »

Depuis son lancement en octobre 2017, ­MIND a gagné 3,67 % pour 14 millions de dollars d’actif sous gestion.

Apple, ­Facebook et ­Netflix dans un même fonds

Difficile de se passer aujourd’hui de l’une de ces trois compagnies très populaires auprès du grand public. D’où l’idée de les regrouper dans un seul et même fonds, le ­FNB ­BMO communications mondiales (COMM).

« ­Les sociétés technologiques et médiatiques sont en train de remodeler l’économie, explique ­Alain ­Desbiens, directeur des ­FNB à ­BMO. Grâce à ce fonds, les investisseurs accèdent à un groupe harmonisé de sociétés qui influencent indéniablement les marchés aujourd’hui. »

Apple, ­Facebook et ­Netflix donc, mais aussi ­AT&T, ­Verizon, ­Comcast, ­Walt ­Disney ou encore ­Cisco figurent parmi les principaux titres de ce fonds. Cette stratégie de placement thématique mise sur l’innovation technologique, la diffusion médiatique et les bouleversements attribuables au web afin d’offrir un bon potentiel de rendement. Mais avec un gain de 2,90 % sur les trois premiers mois de cotation, le produit a cependant fait moins bien que le S&P 500 et que son indice de référence, à savoir l’indice ­Solactive ­Media and ­Communications.

Tirer parti de la volatilité

C’est ce que propose la firme de gestion de portefeuille montréalaise ­Altervest avec son produit ­Alpha pur, un fonds dit « alternatif » reposant sur la volatilité des marchés. Il ne s’agit ainsi plus d’investir dans des actions de sociétés, mais dans le fait que leur cours monte ou descend.

« ­La volatilité est une catégorie d’actif ­sous-exploitée en placement traditionnel, affirme la présidente fondatrice d’Altervest, ­Geneviève ­Blouin. Elle a mauvaise presse et pourtant, si elle est bien utilisée, elle a un fort pouvoir de diversification de portefeuille. L’intérêt principal, c’est qu’elle n’est pas corrélée avec les catégories d’actif traditionnelles que sont les actions et les obligations. Quand ça va mal sur les marchés, les gens ont très peur et, généralement, la volatilité augmente. »

Mme ­Blouin affirme qu’il s’agit d’un produit qu’il faut surveiller sans relâche, car s’il est détenu trop longtemps, il y a de grands risques qu’il entraîne des pertes. C’est un outil de placement dont il faut disposer en très petite quantité, ­prévient-elle, afin de ne pas risquer trop gros. À ­Altervest, il constitue de 5 à 10 % des portefeuilles en gestion privée.

1 Selon une étude du National Center for Weight and Wellness de l’Université George-Washington (avril 2015)


• Ce texte est paru dans l’édition de novembre 2018 de Conseiller.
Vous pouvez consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web
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