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Les théories financières traditionnelles, telles que l’efficience des marchés ou le modèle d’évaluation des actifs financiers, partent du principe que les investisseurs agissent de manière rationnelle et optimale. Or, depuis quelques années, les économistes les remettent en question, constatant des anomalies en ­Bourse et des biais chez les investisseurs les amenant à prendre des décisions loin d’être rationnelles.

QUATRE EXEMPLES CONCRETS

Volatilité des marchés : la volatilité ne peut être expliquée ou anticipée par la théorie de l’efficience des marchés. Cette anomalie a été présentée la première fois par le prix ­Nobel d’économie 2013, ­Robert ­Shiller.

Aversion au risque : les investisseurs souhaitent davantage éviter les pertes qu’obtenir des gains. Cela les amène à fuir le risque. Ceux qui souffrent de ce biais tendent à garder un « mauvais » placement jusqu’à ce qu’ils récupèrent leurs pertes, même si les prévisions sur ce titre sont pessimistes.

Biais d’affinité : c’est un préjugé émotionnel qui a des répercussions sur le traitement de l’information. On le définit comme la tendance à prendre une décision d’investissement peu rentable en fonction de ses valeurs. C’est le cas, par exemple, du « biais national », lorsque l’investisseur privilégie les actions de son pays d’origine. On présente aussi un biais d’affinité quand on achète des actions de détaillants chez qui on magasine ou qui, selon nous, auront des conséquences positives sur le monde, peu importe les perspectives de rendement futur.

Comptabilité mentale : il s’agit d’un biais cognitif de traitement de l’information. Les investisseurs classent et regroupent les actifs dans des comptes mentaux distincts, attribuant ainsi une valeur différente à l’argent selon sa source ou son utilisation projetée. Par exemple, les gens ont tendance à dépenser plus lorsqu’ils utilisent des cartes de crédit plutôt que de l’argent comptant.

UN PEU DE PERSPECTIVE

La finance comportementale vient compléter les théories classiques en cherchant à expliquer et utiliser ces anomalies et biais. Ainsi, les professionnels de la finance associaient traditionnellement la notion de risque à l’écart type d’un portefeuille. De leur côté, les investisseurs évaluent généralement le risque selon la probabilité de ne pas atteindre leurs objectifs. Cette distinction est importante : réduire l’écart type du portefeuille des investisseurs augmente le risque de ne pas atteindre leurs objectifs parce qu’on attend moins de rendement.

La planification basée sur les objectifs (PBO) ou « goals-based planning »1 fait partie de la solution. En planification financière « traditionnelle », le conseiller cherche à connaître les objectifs de son client, puis lui pose des questions destinées à déterminer sa tolérance au risque. Il lui suggérera ainsi un portefeuille avec un écart type en conséquence.

La ­PBO part aussi des objectifs du client, mais elle utilise ses biais, comme la comptabilité mentale, pour l’inciter de manière positive à ne pas repousser ses décisions financières et atteindre plus souvent ses buts. Lorsque l’émotion est attachée à l’objectif du client, les choix se font différemment.

Avec l’approche ­PBO, il faut bien entendu chercher à comprendre quels sont les objectifs du client, mais aussi déterminer jusqu’à quel point ­celui-ci tient à les atteindre. Cela peut conduire à des conseils différents.

L’incorporation de stratégies basées sur les objectifs ne signifie pas abandonner la répartition d’actif basée sur les risques. Il s’agit plutôt de les superposer, ce qui reste parfaitement compatible avec l’investissement fondé sur la théorie moderne du portefeuille.

LA PLANIFICATION DE LA RETRAITE

L’objectif du financement de la retraite pourra être décomposé en plusieurs montants, par exemple celui nécessaire pour payer les dépenses essentielles à la retraite, celui pour les voyages, celui pour les loisirs, etc. Chaque montant pourra être géré de manière personnalisée pour réaliser cet objectif, par degré d’importance.

Cette décomposition, qui peut sembler banale et qui est l’élément central de la ­PBO, a permis selon certaines études2 d’augmenter de plus de 15 % les actifs disponibles pour financer la retraite lorsqu’on la compare à la stratégie traditionnelle.

Soyons clairs, la relation ­conseiller-client est déterminante pour cerner tous les éléments nécessaires à l’atteinte des objectifs financiers et une bonne communication permet de la solidifier. La ­PBO peut transformer de façon importante les stratégies que les conseillers proposent à leurs clients.

Plus spécifiquement, avec l’approche ­PBO, le conseiller travaille comme d’habitude avec le client afin de déterminer le montant de son investissement initial, son horizon de placement et son objectif financier à la fin de cette période, mais aussi la probabilité acceptable d’atteindre cet objectif.

La finance comportementale vient ainsi modifier sensiblement la planification, la répartition de l’actif, ainsi que la création et l’exécution des stratégies financières.

Amine ­Chbani, ­MBA, ­Pl. Fin., est président de ­FinEduc ­Performance.


1 Journal of Investment Management, « A new approach to goals-based wealth management », bit.ly/2ta719N
2 Journal of Financial Planning, « The Value of Goals-Based Financial Planning », bit.ly/38E5qJI


• Ce texte est paru dans l’édition de février 2020 de Conseiller.
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