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« ­Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en ­Bourse. Mais il y en a d’autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février. » — ­Mark ­Twain

Né en novembre 1835, l’écrivain ­Mark ­Twain, qui était aussi humoriste et entrepreneur, a connu beaucoup de succès, ce qui lui a permis d’accumuler une richesse qu’il a perdue plus tard à la suite de mauvais choix d’investissement. Il a réussi, malgré tout, à surmonter ses difficultés financières. En plus de ses ouvrages, il nous a également légué une série de citations, dont ­celle-ci.

Avec humour, ­Mark ­Twain nous conseille donc, en quelque sorte, d’investir et d’éviter la spéculation, mais nous dit aussi que chaque mois comporte sa part de risque.

QU’EN EST-IL DE FÉVRIER? 

Alors que certaines périodes de l’année montrent des tendances bien connues des investisseurs, ce n’est pas le cas en février. Le deuxième mois de l’année a souvent été perçu comme apathique du côté des marchés financiers. C’est ce que les vieilles analyses tentent de nous faire croire, mais lorsqu’on l’étudie de plus près, février est tout sauf un mois lent.

Plusieurs études démontrent que depuis les quatre dernières décennies, les marchés boursiers n’ont pas eu de direction précise au mois de février. Selon des données de ­Yardeni ­Research, le S&P 500 est à plat au cours du deuxième mois de l’année, et ce, depuis 1928.

Par contre, remonter aussi loin dans le passé nous éloigne parfois du contexte actuel.

Dans les conditions économiques modernes, la réalité est bien différente. Nous composons maintenant avec des taux d’intérêt historiquement bas, une reprise économique longue et graduelle à la suite de la crise de 2008, ainsi qu’une révolution technologique qui transforme chaque secteur du monde des affaires à un rythme effréné. C’est pour cette raison que les données des dernières années sont beaucoup plus intéressantes à déchiffrer que les statistiques d’une époque ancienne.

Depuis cinq ans, le mois de février évolue sous le signe de la vigueur et de la bonne performance, favorisant la grande capitalisation et le secteur technologique.

Autrefois, les petites capitalisations, bénéficiant de « l’effet janvier »1, qui se prolongeait en février, devançaient les grandes capitalisations pendant cette période. L’indice américain ­Russell 2000 à petite capitalisation affiche un gain moyen de 1,2 % en février depuis 1979.

Par contre, quand on analyse les données des cinq dernières années, on obtient les résultats inverses. Le ­Dow ­Jones et le S&P 500 surpassent maintenant le ­Russell 2000. Dans les dernières années, l’indice à petite capitalisation a plutôt ­sous-performé comparativement aux plus grands indices boursiers.

Toutefois, le ­Nasdaq et le secteur technologique sont sans équivoque les grands gagnants du mois de février. Deuxième plus grand indice par capitalisation, juste derrière le ­New ­York ­Stock ­Exchange (NYSE), le ­Nasdaq inclut une grande part des sociétés publiques de technologie.

Avec une performance moyenne de 3,37 % depuis cinq ans en février, il ne laisse pas indifférent. Pour un investisseur tactique, le secteur de la technologie semble donc être un choix judicieux pendant cette période. Pour ceux qui aiment les montagnes russes et les déplacements volatils, le ­Volatility ­Index (VIX, aussi appelé indice de la peur) a tendance à fluctuer fortement en février.

Ce dernier mesure les prévisions du marché quant à la volatilité future du S&P 500. Quand le S&P 500 vit une forte hausse, le ­VIX peut s’effondrer. Il a enregistré des replis moyens de -11,04 % en février depuis les cinq dernières années. Il est donc important de demeurer prudent avec ce genre de produit puisqu’il nécessite une connaissance approfondie en matière de placement. Vendre le ­VIX à découvert est une stratégie plus souvent utilisée dans des périodes comme février par les fonds de couverture afin de protéger le capital et diminuer la corrélation avec les marchés boursiers.

SECTEUR DU COMMERCE DE DÉTAIL 

Plusieurs croient que le meilleur moment pour investir dans le secteur du commerce de détail est avant le ­Vendredi fou (Black ­Friday), qui se déroule au mois de novembre. Il existe en effet un cycle positif durant cette période, mais ce dernier n’est jamais aussi performant que celui qui se déroule entre janvier et avril.

Étant donné que la majorité des consommateurs font leurs achats avant ­Noël, janvier demeure le pire mois pour les ventes au détail. Ainsi, plusieurs investisseurs recommencent à s’intéresser à ce secteur à l’arrivée du printemps, alors qu’une reprise de la vente au détail commence à se dessiner. Ce secteur demeure donc une option d’achat intéressante en février afin de se positionner face à l’engouement qui se présentera quelques mois plus tard. Au cours des cinq dernières années, ses meilleurs mois ont été février, avril, octobre et novembre, suivant ainsi les tendances saisonnières du printemps et de l’automne.

L’indice principal au ­Canada, le S&P/TSX, a quant à lui tendance à stagner durant le mois de février, tout comme les grandes capitalisations canadiennes restent généralement léthargiques malgré la surperformance du secteur de l’énergie.

L’indice des petites capitalisations canadiennes, appelé le ­TSX ­Venture, est certainement une meilleure option. Sa surexposition aux entreprises minières et producteurs d’énergie fait en sorte qu’il est parvenu à enregistrer un rendement moyen de 2,06 % depuis cinq ans.

PÉTROLE

Plusieurs investisseurs croient que le meilleur temps pour investir dans l’or noir est à l’aube de l’hiver, car son prix augmenterait avec la baisse de la température. Toutefois, les résultats du marché démontrent totalement le contraire. Le prix du baril de pétrole est davantage lié à l’inventaire qu’à la température.

Les consommateurs sont nombreux à se déplacer pendant le temps des ­Fêtes. Ils vont en vacances ou visitent leur famille éloignée. En janvier, ils rangent leur véhicule et l’utilisent seulement pour se rendre au travail ou à des ­rendez-vous. Ils roulent de nouveau de manière plus fréquente en avril, quand le printemps se pointe. Avec le retour du beau temps et des vacances, les consommateurs recommencent généralement à se déplacer plus fréquemment.

Pour cette raison, les raffineries fermeront habituellement durant l’hiver une partie de leurs installations pour en faire l’entretien. Pendant ce temps, les stocks d’essence sont enclins à diminuer, ce qui fait gonfler les prix. De la fin de février au début de mai, les actions du secteur pétrolier et gazier ont donc tendance à faire mieux que l’ensemble du marché.

Au cours des cinq dernières années, le pétrole a suivi cette tendance saisonnière avec une performance positive au début de l’hiver et une performance plutôt négative en été. Par exemple, en 2016, ce secteur a connu sa meilleure période entre février et mai, alors que de juin à octobre, un surplus de l’offre est venu gâcher la fête.

Les données viennent donc contredire l’idée reçue voulant que la « saison de conduite », pendant laquelle les gens prennent davantage le volant et consomment plus d’essence, commence avec le jour du ­Souvenir en novembre et culmine au ­Jour de l’Indépendance américaine en juillet. La majorité des achats d’essence se font bien avant la fin du mois de mai.

Pour sa part, le secteur énergétique fait bonne figure en février, ce qui donne généralement un bon coup de pouce à l’indice S&P/TSX. Par ricochet, puisque le secteur de l’énergie va mieux, le dollar canadien est souvent plus robuste au cours de cette période. Au début du printemps, la demande en pétrole s’accélère, faisant ainsi augmenter les prix.

INSTITUTIONS FINANCIÈRES 

Le secteur bancaire canadien performe mieux à deux périodes pendant l’année. La première commence au début de février et a tendance à s’étirer jusqu’à la fin d’avril. La seconde débute à la fin de septembre pour se terminer à la fin de novembre.

En février, le secteur bancaire connaît souvent un départ éclatant, avec un rendement moyen de 2,86 % en cinq ans. Il s’agit du mois le plus performant de l’année pour les institutions financières canadiennes. Cette tendance se transporte habituellement au mois de mars. En analysant les données, on constate que la faiblesse du secteur bancaire au mois de janvier pourrait représenter un moment d’achat intéressant.

La plupart des tendances saisonnières sont le résultat de différents événements annuels que nous suscitons et vivons. L’effet de la température, les creux des inventaires ou encore une hausse de la demande pour une fête particulière sont des facteurs qui pèsent dans la balance. Plusieurs situations, ainsi que nos habitudes de vie, contribuent à leur création. Pour prendre des décisions plus éclairées, les investisseurs ne peuvent ignorer ces tendances. ­Rappelons-nous toutefois qu’il ne s’agit que de paramètres parmi d’autres. Ils ne servent que de boussole pour nous aider à choisir une voie précise.

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Philippe ­Pratte est président, chef des investissements et gestionnaire de portefeuille chez ­Pratte ­Gestion de portefeuilles.

­Les opinions (y compris les recommandations, s’il y a lieu) exprimées dans le présent billet sont celles de l’auteur seulement et ne représentent pas nécessairement celles de ­Pratte ­Gestion de portefeuilles, ni celles de ­Conseiller. Ce texte ne doit pas être considéré comme un conseil personnel de placement ou une sollicitation d’achat ou de vente de titres. Les renseignements qu’il contient proviennent de sources considérées comme fiables, mais leur exactitude et leur exhaustivité ne peuvent être garanties. L’auteur et ­Pratte ­Gestion de portefeuilles n’assument aucune responsabilité quant aux erreurs qui pourraient s’y glisser.


• Ce texte est paru dans l’édition de février 2018 de Conseiller.