Voilier sur le point de se faire happer par une immense vague.

Les récents déboires de Groupe Capitales Médias ont ramené à l’avant-scène un enjeu dont on entend parler depuis plusieurs années, mais qui ne fait pas souvent les manchettes : l’avenir des médias.

Le travail des journalistes consiste notamment à faire état des défis que vivent certaines industries, mais on dirait que quand vient le temps de parler de la nôtre, nous avons une certaine pudeur.

Peut-être sommes-nous aussi conscients que notre profession, un peu comme celle des conseillers, n’a pas toujours la faveur du public, étant parfois victime de préjugés.

Mais ce n’est plus le temps de se taire ; il est minuit moins une pour de nombreuses publications, au Québec comme ailleurs dans le monde. Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ont vampirisé les revenus publicitaires des médias, attirant leurs lecteurs et annonceurs avec le contenu que produisent ces mêmes médias, sans leur verser un seul sou.

Toute la population souffre de la fragilisation des médias. Dans les régions du Québec, cela veut dire que les territoires de plusieurs municipalités ne sont plus couverts par les journalistes… et que des élus ne sont ainsi plus surveillés par les « chiens de garde de la démocratie ». Une étude américaine a par ailleurs démontré que le coût des dépenses publiques augmente dans les communautés où le journal local a disparu.

Chez les publications financières

Conseiller a aussi vécu son lot de changements en septembre. Auparavant propriété de TC Media, le magazine (ainsi que Finance et Investissement, Advisor’s Edge et Investment Executive) a été vendu à Newcom Media, une entreprise qui se consacre uniquement aux publications spécialisées. TC Media s’est également départi d’autres imprimés, notamment Les Affaires, Avantages et Benefits Canada, qui ont été acquis par Groupe Contex.

Heureusement pour nous, aucun poste n’a été aboli dans la transaction et nos activités se poursuivent comme avant. Nos collègues de Les Affaires n’ont cependant pas eu cette chance, 20 des leurs ayant été mis à pied. Je les salue et leur souhaite bon courage.

Chez les médias spécialisés, rares sont les publications qui traitent de finance en français. Encore plus rares sont celles qui s’intéressent spécifiquement au secteur financier québécois. Si les quelques voix indépendantes qui existent venaient à s’éteindre, rester à l’affût de ce qui touche votre industrie sera nécessairement plus difficile.

Si on la compare avec celle de certains médias généralistes, la situation de Conseiller n’est pas catastrophique. Reste qu’au fil des années, notre équipe n’a cessé de se réduire. On n’y compte actuellement que deux salariées à temps plein et une journaliste à temps partiel pour produire le contenu du magazine et du site web (textes, audio et vidéo), en plus du travail de nos précieux collaborateurs.

Notre équipe organise aussi des événements et le concours Les conseillers à l’honneur!. Chez nous, l’époque où un journaliste était affecté à un seul créneau est révolue depuis longtemps. Le professionnel se doit d’être flexible, polyvalent et, surtout, de plus en plus rapide. C’est d’ailleurs le cas dans de nombreuses publications.

Quelles solutions?

On apprenait en août que Facebook aurait commencé à discuter avec certains médias afin de leur verser une compensation en échange des droits de publication de leur contenu sur sa plateforme. Ce serait la moindre des choses, compte tenu que le réseau social entend lancer cet automne une section « nouvelles », notamment constituée de leurs articles.

Mais pour moi, ça reste trop peu, trop tard. D’autant que pour l’instant, les médias hors des États-Unis ne semblent pas pouvoir bénéficier de cette mesure malgré qu’ils écopent aussi des pratiques des GAFA.
Une commission parlementaire sur l’avenir des médias a été tenue à l’Assemblée nationale à la fin août dans la foulée de l’annonce des problèmes financiers de Groupe Capitales Médias. À plusieurs reprises, on y a évoqué la possibilité de forcer les GAFA à payer de l’impôt au Québec, que ce soit sur leurs revenus engrangés ici, ou carrément sur leur chiffre d’affaires, comme c’est le cas en France.

À la suite de cette commission, le gouvernement du Québec a annoncé au début d’octobre l’injection de 50 M$ par année pour aider la presse écrite. Le programme comporte notamment un crédit d’impôt de 35 % pour les salaires des journalistes, chroniqueurs, photographes et graphistes. Sont cependant exclus les médias électroniques, radio et télévision, ainsi que les agences de presse. Le crédit d’impôt pour la transformation numérique des entreprises de cette industrie est aussi prolongé jusqu’au 31 décembre 2023.

Chose certaine, les médias et leurs artisans continueront à réfléchir à leurs pratiques et à des avenues pour surmonter la crise. Comme conseillers, si leur pérennité vous tient à cœur, vous pouvez agir à votre échelle. Par exemple en vous abonnant à vos publications locales préférées. Ou en y annonçant vos services au lieu de choisir les GAFA. Tout le monde fait partie de la solution.


Christine Bouthillier est directrice principale de contenu à Conseiller.