Photo : Fernando Gregory Milan / 123RF

Nous sortons d’une période électorale mouvementée et agrémentée d’une multitude de promesses, parfois réalisables… et parfois moins. Sur quels aspects l’État ­devrait-il intervenir en matière de finances personnelles ? ­Mon grain de sel.

Un travail qui vise à imposer une plus grande transparence à nos institutions financières a été amorcé au cours des dernières années, avec l’application de règles visant à divulguer les frais de gestion de portefeuille et les rendements sur une base annuelle aux consommateurs de produits financiers (la phase 2 du ­Modèle de relation ­client-conseiller, ou ­MRCC 2).

Ces mesures ont d’ailleurs fait sursauter bon nombre d’épargnants qui croyaient que ces services étaient gratuits… D’autres se sont rendu compte que les rendements obtenus au cours des dernières années étaient parfois bien en deçà des indices de référence.

Seule ombre au tableau cependant : il n’existe pas de standard quant à la divulgation des rendements et des frais de gestion de portefeuille. Certaines institutions les déclarent dans les règles de l’art, alors que d’autres inscrivent un peu n’importe quoi. J’ai déjà vu un relevé n’indiquant que 150 $ de frais de maintien de compte, sans que n’y soient inscrits les frais de gestion imposés au client… Il serait donc souhaitable qu’un modèle soit imposé par les autorités de réglementation afin que le consommateur puisse comparer des pommes avec des pommes, ce qui n’est actuellement pas le cas.

Et tant qu’à avoir fait le travail pour les distributeurs de fonds communs de placement, pourquoi ne pas étendre cette obligation aux assureurs ? ­Imposer des règles plus strictes quant à la divulgation des frais payés par le consommateur et des commissions versées aux représentants par les compagnies d’assurance relève du simple bon sens. On ne parle ici que d’amener l’industrie à faire preuve d’un peu plus de transparence.

Favoriser la gestion de chez nous
­

Serait-il à propos de mettre en place un programme qui permettrait au ­Québec de récupérer les emplois très bien payés, perdus au profit de nos voisins ontariens, dans le secteur de la finance en général et de la gestion d’actif en particulier ? ­Il est possible d’exercer ses activités avec succès hors du centre financier qu’est ­Toronto. Warren ­Buffett n’­a-t-il pas construit son empire à partir d’Omaha ? ­Bien loin de la ­Grosse ­Pomme…

Ne ­devrait-on pas accorder certains privilèges, fiscaux ou autres, aux gestionnaires d’ailleurs afin qu’ils puissent gérer leur firme à partir de chez nous ? ­Que ­devrait-on aussi faire pour favoriser les firmes de gestion de portefeuille québécoises ?

Quant au conseil au consommateur en matière de finances personnelles, le ­Québec a déjà une longueur d’avance par rapport au ­ROC (rest of ­Canada). En effet, une première étape a été franchie il y a déjà plusieurs années lorsqu’on a protégé le titre de planificateur financier et proscrit l’utilisation d’autres titres semant la confusion chez les épargnants. Nul ne peut désormais prétendre être planificateur financier sans avoir au préalable réussi l’examen de l’Institut québécois de planification financière (IQPF), obtenu son diplôme et maintenu à jour sa formation continue. Parlant de transparence, sachez que je suis le président sortant du conseil d’administration de l’IQPF, rôle que j’ai exercé avec fierté pendant les deux dernières années.

Les planificateurs financiers sont devenus une référence en matière de conseil au consommateur. À preuve, nos institutions financières se les arrachent… ­Cette profession devient de plus en plus connue et a su gagner la confiance des consommateurs. C’est une hérésie qu’elle ne soit pas encore encadrée plus adéquatement par son propre ordre professionnel. Oui, la ­Chambre de la sécurité financière encadre déjà la distribution de produits et services financiers, mais la profession de planificateur financier ratisse beaucoup plus large.

Comment se ­fait-il que le consommateur qui a recours aux services d’un ou une sexologue (profession régie par un ordre) soit mieux protégé que celui ou celle qui va voir un planificateur financier ? ­Ce n’est pas sérieux… ­Je crois personnellement qu’une action s’impose.

Voilà, selon moi, quelques mesures qui pourraient nous permettre de redorer le blason du secteur québécois des services financiers. Nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres, mais en avançant dans cette direction, le consommateur-électeur en sortira gagnant.

Sylvain B. Tremblay, ­Adm.A., ­Pl. Fin., est ­vice-président, ­Gestion privée à ­Optimum ­Gestion de placements.


• Ce texte est paru dans l’édition d’octobre 2018 de Conseiller.
Vous pouvez consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web
.