C’est l’histoire de madame ­Chose (ça pourrait tout aussi bien être monsieur ­Chose), ­comprends-tu…
Je travaille pour un cabinet de gestion de portefeuille indépendant de toutes les institutions financières traditionnelles, où nous sommes payés à honoraires. Il n’est donc pas rare que les épargnants, les fiscalistes ou autres planificateurs financiers nous consultent pour avoir notre opinion à propos de la gestion de leurs affaires ou de celles de leurs clients.

Un ­Pl. Fin., aussi fiscaliste, m’a justement contacté il y a peu de temps après l’élaboration de la planification de retraite de madame ­Chose. Il désirait valider les rendements qu’elle a obtenus au cours des dernières années.

Il me transmet alors les relevés de placement de madame. ­Celle-ci fait affaire avec la ­Banque ­Anonyme et y détient des actifs de près de 1 M$, qui sont investis dans un produit appelé « portefeuille de croissance équilibré » constitué de 14 fonds communs de placement répartis à 45 % en revenu fixe (obligations), 25 % en actions canadiennes et 30 % en actions étrangères.

En scrutant un peu plus en profondeur le relevé de placement, on constate que ­celui-ci se conforme aux normes de la phase 2 du ­Modèle de relation ­client-conseiller (MRCC 2), car il affiche le rendement obtenu, ainsi que le montant des commissions de suivi perçues par la banque. Mais qu’en ­est-il vraiment du total des frais de gestion imposés à la cliente ?

À la section rendement, sur cinq ans, on observe un gros 2,68 % annualisé au 31 décembre 2017, résultat qui a incité le planificateur financier à me consulter. ­Est-il possible d’obtenir un si maigre rendement avec une pareille exposition au risque ?

Analysons cette situation de plus près. Sur la fiche descriptive du produit, on constate que la banque facture des frais de gestion de 1,99 %. De plus, chacun des fonds détenus exige aussi sa propre part de frais, ­ceux-ci compris entre 0,1 et 3 %. À combien s’élève réellement l’ensemble des frais de gestion ? ­Comme les catégories de chaque fonds ne sont pas divulguées, impossible de le déterminer.

Pour valider le rendement du portefeuille de la ­Banque ­Anonyme, nous avons comparé ses résultats à ceux que nous avons obtenus à l’aide d’une politique de placement similaire.

Portefeuille de la ­Banque ­Anonyme

  • Ratio de frais de gestion affiché de 1,99 %, selon l’information obtenue sur le site Web de l’institution financière
  • Ratio de frais de gestion réel impossible à évaluer
  • Rendement annualisé sur cinq ans de 2,68 % au 31 décembre 2017, net de frais de gestion, confirmé au relevé de placement

Portefeuille ayant la même politique de placement, géré par nos gestionnaires

  • Sur la même période de cinq ans se terminant le 31 décembre 2017
  • Rendement annualisé de 7,73 % avant les frais de gestion
  • Frais de gestion applicables à un portefeuille d’une valeur de 1 M$ : 0,94 %

En soustrayant les frais de gestion, nous obtenons un rendement annualisé net de 6,79 %, supérieur de 4,11 % à celui obtenu à la banque… Le rendement annuel composé de cet écart est de 22,31 % sur cinq ans.

Un investissement de 1 M$ placé le 1er janvier 2013 à la banque aurait valu 1 141 377,48 $ au 31 décembre 2017. Le même montant placé chez un gestionnaire moins gourmand en aurait valu 1 388 842,29 $. On parle ici d’un substantiel écart de 247 464,81 $.

Si vous vous demandiez d’où viennent les faramineux profits des banques canadiennes, ne cherchez pas plus loin.

Mes recommandations

Aux représentants, d’abord, vos clients ne sont pas dupes. Même si l’information affichée à leur relevé de placement n’est pas toujours exacte, les consommateurs réalisent soudainement, depuis le ­MRCC 2, que vos services ne sont pas gratuits, ce qui les incite à magasiner de plus en plus.

Aux consommateurs : avant de confier la gestion de vos avoirs à une institution ou un individu quelconque, prenez le temps de faire vos devoirs. Toute une panoplie d’options qui n’existaient pas auparavant, comme les ­robots-conseillers et les fonds négociés en ­Bourse, sont désormais à votre disposition, toutes plus intéressantes et sécuritaires les unes que les autres…

Sylvain B. Tremblay, ­Adm.A., ­Pl. Fin., est ­vice-président, ­Gestion privée à ­Optimum ­Gestion de placements.


• Ce texte est paru dans l’édition de mars 2019 de Conseiller.
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