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Comment répartir ses placements lorsqu’on a différents types de comptes? On recommande souvent de ne pas placer les titres de croissance dans un régime enregistré, car 50 % du gain en capital est déjà exempt d’impôt, ce qui fait que le revenu fixe se retrouve dans le REER. Mais les actions ont un meilleur potentiel de rendement. Ne serait-il pas préférable de les mettre à l’abri de l’impôt?

Un exemple nous aidera à comprendre. Pour simplifier, prenons un client dont tous les revenus sont imposés annuellement et dont le taux marginal d’imposition sur le REER est de 46 % (23 % pour le gain en capital). Il a 400 000 $ dans un REER, 60 000 $ dans un CELI et 500 000 $ dans un compte non enregistré. Il vise une répartition équilibrée, soit 50 % en titres de croissance (rendement de 5 % après les frais) et 50 % en revenu fixe (rendement de 3 % après les frais). L’écart de rendement entre les deux catégories d’actif s’explique par la prime de risque attendue, moins les frais de gestion.

Méthode A : répartition des actifs selon la valeur brute

L’actif total est de 960 000 $. Avec cette approche traditionnelle, on investit 480 000 $ en revenu fixe au départ et on rééquilibre annuellement. Cette somme est répartie comme suit : 400 000 $ dans le REER, 60 000 $ dans le CELI et 20 000 $ dans le compte non enregistré.

En priorisant le revenu fixe dans le REER d’abord, la valeur nette du compte après 15 ans est de 1 293 754 $. Si on priorise plutôt les titres de croissance dans le REER, sa valeur diminue à 1 193 638 $. Il semble clairement avantageux de favoriser le revenu fixe dans le REER (+8 %).

Méthode B : répartition des actifs selon la valeur nette

Toutefois, si on tient compte de l’impôt latent de 46 % sur le REER, la valeur nette de l’actif total n’est que de 776 000 $. L’investissement en revenu fixe visé devient donc de 388 000 $, net d’impôt. Sachant que le REER de 400 000 $ ne pourra compter que 216 000 $ après impôt, investis en revenu fixe, on se retrouverait avec 60 000 $ de tels titres dans le CELI et 112 000 $ dans le compte non enregistré. Ainsi, 572 000 $ du portefeuille brut de 960 000 $ sera en revenu fixe, soit environ 60 % des placements avant impôt. Une vision très différente. Le tableau ci-dessous compare les méthodes A et B.

Avec la méthode A, on a l’impression d’avoir une répartition égale entre revenu fixe et actions (en vert), mais après impôts, on se rapproche davantage de 62 % de l’actif investi en titres de croissance (en rouge). Avec la méthode B, on a un portefeuille brut contenant 60 % de revenu fixe (en gris), mais en réalité, la répartition est égale à celle en actions (en bleu).

Lorsqu’on utilise la méthode B en priorisant le revenu fixe dans le REER d’abord, sa valeur nette après 15 ans est de 1 248 035 $. Si on y priorise plutôt les titres de croissance, on obtient 1 244 435 $. L’aspect fiscal a alors peu de répercussions (+0,3 %). Par contre, après 30 ans, ces sommes atteignent respectivement 2 002 932 $ et 2 035 454 $. Plus le temps passe, plus il devient pertinent de prioriser les titres de croissance dans le REER! Si son taux d’imposition était plutôt de 23 %, le gain supplémentaire obtenu en privilégiant les actions serait de 4 %. Devrait-on amorcer un changement de culture?

Et si les rendements sont égaux?

On peut évaluer les répercussions fiscales pures en présumant un rendement de 3 % peu importe la catégorie d’actif. Avec la méthode A, le solde net après 15 ans est de 1 133 016 $ si on priorise le revenu fixe dans le REER, contre 1 066 932 $ (gain de 6,2 %) si on priorise la croissance dans le REER. Avec la méthode B, les soldes nets respectifs après 15 ans sont de 1 119 627 $ et de 1 079 329 $ (gain de 3,7 %). La tendance sur 30 ans reste inchangée.

On constate qu’à rendement égal, la fiscalité nous encourage à prioriser le revenu fixe dans le REER. C’est l’ampleur de la prime de risque qui change la donne. Il semble qu’à 2 % de prime de risque (rendement des actions de 5 % – rendement du revenu fixe de 3 %), l’avantage fiscal qu’on gagne à prioriser le revenu fixe dans le REER est complètement dilué.

Bref, si on tient compte de l’impôt pour répartir les actifs, l’avantage de l’approche traditionnelle est atténué, voire même inversé. Plus la prime de risque et l’horizon de placement augmentent, plus il devient pertinent de favoriser les actions dans les régimes enregistrés!

Daniel Laverdière, A.S.A., Pl. Fin., est directeur principal au Centre d’expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859.


• Ce texte est paru dans l’édition de novembre 2018 de Conseiller.
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