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Nombreux sont les épargnants qui placent leurs économies en titres à revenu fixe avec l’intention de se soustraire aux fluctuations des marchés boursiers et/ou de protéger leurs avoirs. Mais est-ce vraiment une solution valable dans le contexte économique actuel ?

Au moment d’écrire ces lignes, l’indice obligataire Univers se contracte de 5,11 % depuis le début de cette année, l’indice obligataire long terme, de 10,88 % alors que l’indice court et moyen terme se maintient près de zéro à -0,86 %. Allons voir, investir son pécule en obligations et perdre de l’argent ! ! ! C’est contre-intuitif, mais bien réel. Il y a pire. Imaginez placer ses obligations par le biais d’un fonds commun qui vous impose des frais de gestion de 1,5 %, voire 2 %… Une hérésie, me direz-vous.

Le recul des rendements en revenu fixe depuis le début de cette année est attribuable aux récentes hausses de taux sur les marchés secondaires : la loi de l’offre et de la demande. Comme on peut aisément dénicher de bonnes sociétés offrant des rendements en dividendes plus élevés sur les marchés boursiers que ce qu’on peut trouver en revenu fixe, l’épargnant y verra davantage d’attrait et n’hésitera pas à exposer ses épargnes à un plus haut niveau de risque.

Ce phénomène engendre une baisse de la demande de titres à revenu fixe et par la même occasion une baisse des prix, donc une hausse de taux. Un autre élément à considérer est le taux directeur de la Banque du Canada (BdC), qui se situe à 0,25 %, un creux historique… Idéal pour l’emprunteur, mais un casse-tête pour l’épargnant. Jusqu’à présent, pas trop d’inquiétude quant à une hausse éventuelle de ce taux administré, qui ne devrait pas survenir avant 2023, selon Tiff Macklem, le gouverneur de la BdC. Encore faudra-t-il s’assurer que l’inflation demeure sous contrôle.

Nous sommes présentement acculé au mur après une baisse soutenue qui dure depuis plus de 30 ans. Pendant cette période de baisse, nous avons amplement tiré notre épingle du jeu côté valeur en revenu fixe. En 2020 seulement, l’indice Univers donnait 8,78 %, le long terme, 11,9 % et le court et moyen terme, 5,29 %.

Est-il plus probable au cours des prochaines années de voir surgir des taux négatifs comme en Europe ou bien d’assister à une hausse des taux ? Ceux d’entre nous qui optent pour la hausse des taux devront élaborer des stratégies différentes que celles que nous avons utilisées par le passé en matière de revenu fixe. Les actions privilégiées sont d’ailleurs bien plus sollicitées ces temps-ci qu’auparavant, la dette privée, les fonds d’infrastructure n’en constituent que quelques autres. Et pour les plus anxieux, pourquoi ne pas tout simplement opter pour le bon vieux certificat de placement garanti (CPG) ou les obligations à court et moyen terme avec une stratégie échelonnée ?

L’environnement actuel en matière de placement est hélas passablement hostile, difficile à lire et à prévoir…

Sylvain B. Tremblay, Pl. Fin., est viceprésident, Gestion privée à Optimum Gestion de Placements.