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Le « Podcast de l’émergence » est une série de balados visant à faire découvrir les gestionnaires émergents du Québec. Aujourd’hui : Geneviève Blouin, gestionnaire de portefeuille, présidente d’Altervest et fondatrice du Conseil des gestionnaires en émergence.

« J’ai mis quatre ans à me rendre compte que se lancer en gestion d’actif au Canada était presqu’une mission impossible. Même si on avait beaucoup d’expérience, qu’on venait de grosses firmes, j’ai réalisé qu’il n’y avait rien pour accompagner la relève entrepreneuriale dans ce domaine. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, alors j’ai fondé le Conseil des gestionnaires en émergence [CGE]. »

C’est dans cet esprit d’entraide que Geneviève Blouin, gestionnaire de portefeuille et présidente de la firme de gestion Altervest, a créé l’organisme à but non lucratif, dont la mission est de promouvoir les gestionnaires émergents canadiens.

« Au Québec, on a perdu énormément de nos gestionnaires d’actif, peut-être parce qu’on a négligé leur valeur entrepreneuriale. Je suis convaincue qu’aider la relève est la meilleure façon de faire croître le secteur financier. »

Si les défis sont nombreux pour les gestionnaires en émergence, le plus grand d’entre eux demeure d’attirer l’attention des investisseurs institutionnels, relève Geneviève Blouin.

« Pour nous, il est extrêmement difficile d’atteindre ce marché. Leurs standards très élevés sont établis pour de grosses firmes de gestion qui comptent beaucoup d’employés, explique-t-elle. Quand on investit pour eux, ils nous demandent de faire plusieurs tâches qui [prouvent l’efficacité de] nos processus. Il faut que ce soit blindé. »

Pour faciliter l’accès à des mandats auprès de la clientèle institutionnelle, le CGE a mis sur pied un comité de placement, lequel aide les gestionnaires en émergence à satisfaire ses critères.

Geneviève Blouin,
gestionnaire de portefeuille et fondatrice d’Altervest
FAIRE INNOVER LE SECTEUR FINANCIER

La relation entre les gestionnaires en émergence et les grandes institutions financières n’a pas toujours été facile, déclare Mme Blouin.

« Au départ, on se percevait comme des ennemis : les petits n’aimaient pas les banques et les banques n’aimaient pas les petits », illustre la gestionnaire de portefeuille, qui rappelle que tous deux ont pourtant besoin l’un de l’autre.

Comme dans toute industrie, la relève entrepreneuriale est nécessaire pour renouveler le secteur, souligne-t-elle. « J’ai l’impression que les banques offrent toutes les mêmes options. Les gestionnaires en émergence n’ont d’autre choix que de se démarquer, alors ils créent de nouveaux produits et font innover l’industrie financière. »

UNE COOPÉRATIVE DE SERVICES

« On est tous bénévoles. Organiser des événements, épauler les gestionnaires, ça prend énormément de temps », confie Geneviève Blouin. Avec l’appui de Finance Montréal, le CGE travaille à la création d’une coopérative de services pour gestionnaires en émergence qui rassemblera tous les services de base dont ils ont besoin.

« Notre mission est de promouvoir les gestionnaires, mais on s’est rendu compte qu’on faisait finalement des ateliers de formation, des activités en lien avec la gouvernance et l’administration, explique la présidente d’Altervest. En s’associant avec d’autres organismes, on pourra partager ces tâches et vraiment se concentrer à aller chercher des actifs pour nos gestionnaires. »

Selon Mme Blouin, ces derniers gagneraient à cesser de se voir comme des concurrents. Elle estime que le réseautage entre gestionnaires contribue à accélérer leur croissance, notamment par l’échange de fonds et de clients. « En sachant où sont les autres gestionnaires, on peut se rencontrer et faire des affaires ensemble, dit-elle. Il y a une ouverture d’esprit qu’il n’y avait pas avant. »

SPEED DATING

Visant à jumeler investisseurs et gestionnaires émergents, le CGE n’hésite pas à explorer de nouvelles avenues, notamment en s’inspirant du speed dating.

« Cette année encore, on organise un événement « CapIntro » (introduction au capital), où l’on va chercher des clients qui pourraient être intéressés à investir avec des gestionnaires en émergence. Le portefeuilliste choisit la personne qui s’assoit devant lui, puis a 15 minutes pour expliquer son offre », raconte Geneviève Blouin.

L’an dernier, deux mandats ont été octroyés lors de l’événement, ironiquement par des Américains. « Ça fait partie de leur culture », précise celle qui a déjà refusé de mettre sur pied une association américaine. Le prochain speed dating aura lieu le 6 novembre, au Club Saint-James, à Montréal.

Avec la collaboration de Caroline Ethier.

Un peu plus sur Pierre-Luc Poulin et le « Podcast de l’émergence »

pierre_luc_poulin

Détenteur d’un baccalauréat en administration des affaires, Pierre-Luc Poulin a poursuivi sa formation à l’Institut canadien des valeurs mobilières où il a obtenu le titre de fellow (FCSI). Après avoir travaillé dans les milieux financiers et bancaires, il est devenu, en janvier 2001, formateur indépendant. Outre la finance, il enseigne également en communication et marketing et est auteur de publications sur le marketing web, Warren Buffett, ainsi que de romans.

L’idée du « Podcast de l’émergence » lui est venue au printemps 2018, à la suite d’une rencontre avec des gestionnaires de patrimoine émergents du Québec. Pierre-Luc Poulin entreprend alors de les faire découvrir au public par ce balado, mais aussi la publication du livre Québec & cie : investir grâce aux gestionnaires en émergence du Québec, qui devrait paraître en novembre 2018.