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Le « Podcast de l’émergence » est une série de balados visant à faire découvrir les gestionnaires émergents du Québec. Aujourd’hui : Patrick Thénière, Maxime Lauzière et Rémy Morel, associés à Barrage Capital.

Enseignée dans les années 1920 aux États-Unis, l’approche d’investissement axée sur la valeur a été popularisée par Warren Buffett. Convaincus de la pertinence d’une telle méthode, Patrick Thénière, Maxime Lauzière, Rémy Morel et Mathieu Beaudry ont décidé d’emprunter la même voie. En 2011, ils fondent une firme de gestion d’actif qui correspond à leur philosophie : Barrage Capital. Suivra le fonds Barrage en 2013.

Le nom vise à évoquer l’accumulation de richesses au Québec, comme l’ont permis les barrages hydro-électriques.

« On voyait grand et les barrages le sont. Ils profitent aussi de la mauvaise température; quand il pleut, ils se remplissent. C’est la même chose en Bourse : quand ça va mal, c’est là qu’on retrouve les meilleures aubaines, cela crée des occasions. Quand c’est le temps d’investir, on ouvre les vannes et ça coule! » expose l’un des associés.

Le fonds Barrage, c’est 70 M$ d’actif sous gestion et un rendement annualisé de 20,39 % après cinq ans en activité. Quelque 360 personnes, surtout fortunées, composent la clientèle de la firme. L’investissement minimum requis est de 100 000 $.

Le portefeuille ne comporte que dix titres. « L’idée de notre fonds, c’est d’investir avec conviction. Les pondérations sont assez élevées, ce qui nous permet de suivre les entreprises dans lesquelles nous investissons de façon continue. »

La personne qui a influencé chacun des quatre associés est sans contredit Warren Buffett. Mais aussi Philip Fisher et Charlie Munger, qui ont amené M. Buffett à adopter une approche visant la recherche de titres d’une meilleure qualité.

Rémy Morel

DES HAUTS ET DES BAS

Un bon coup? L’achat d’actions d’Apple en 2013, alors qu’elles avaient perdu 50 % de leur valeur en un an. « Nous avions constaté que le nombre d’iPhones que l’entreprise vendait était en hausse, ce qui augmente aussi les services offerts. Plus Apple vend d’iPads, iPhones et autres, plus les gens sont portés à consommer les services qui viennent avec. Cela crée un écosystème. Le bilan de l’entreprise était solide lorsque nous avons acheté, nous savions qu’il y aurait allocation de capital dans les années à venir. Elle commençait à peine à procéder à des rachats d’actions. »

Une déception? Avoir misé sur IBM. La firme a en effet accusé un retard dans l’univers de l’infonuagique comparativement aux Amazon, Google et Microsoft de ce monde.

« C’est une donnée qu’on avait mal jugée à l’époque. S’il y a une leçon à retenir, et c’est un principe dont Warren Buffett parle souvent, c’est que nous étions hors de notre cercle de compétence. Nous ne savions pas ce qui se passait exactement en coulisses. L’important est de reconnaître l’erreur rapidement et de ne pas s’accrocher. »

Les pertes ont cependant été minimes en raison de la marge de sécurité que les quatre associés se ménagent lorsqu’ils investissent. Après avoir estimé la valeur d’une entreprise, ils n’achètent ses titres que lorsque leur prix semble inférieur. Cet écart constitue la « marge de sécurité ».

Leur conseil aux gens qui voudraient investir par eux-mêmes se résume en un mot : étudier. Étudier ceux qui ont réussi, leurs critères d’investissement, leurs méthodes pour diminuer le risque. Étudier les lettres annuelles de Warren Buffett, par exemple. Mais aussi remonter à la source, en analysant les états financiers des entreprises sur leurs propres sites web, mais aussi sur Edgar aux États-Unis et SEDAR au Canada.

« On ne peut pas travailler sans ça. Tout part de là. »

Avec la collaboration de Christine Bouthillier.

Un peu plus sur Pierre-Luc Poulin et le « Podcast de l’émergence »

pierre_luc_poulin

Détenteur d’un baccalauréat en administration des affaires, Pierre-Luc Poulin a poursuivi sa formation à l’Institut canadien des valeurs mobilières où il a obtenu le titre de fellow (FCSI). Après avoir travaillé dans les milieux financiers et bancaires, il est devenu, en janvier 2001, formateur indépendant. Outre la finance, il enseigne également en communication et marketing et est auteur de publications sur le marketing web, Warren Buffett, ainsi que de romans.

L’idée du « Podcast de l’émergence » lui est venue au printemps 2018, à la suite d’une rencontre avec des gestionnaires de patrimoine émergents du Québec. Pierre-Luc Poulin entreprend alors de les faire découvrir au public par ce balado, mais aussi la publication du livre Québec & cie : investir grâce aux gestionnaires en émergence du Québec, qui devrait paraître en novembre 2018.