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Quelques-unes de mes lectures estivales m’ont fait sursauter dans mon hamac et méritent aujourd’hui quelques mises au point. Que le MRCC 2 soit le sujet de l’heure dans les médias, il fallait s’en douter. Toutefois, il a inspiré quelques commentaires qui m’ont fait sourciller.

Malgré le respect que je voue aux chroniqueurs Daniel Germain et Stéphanie Grammond, respectivement du journal Les Affaires et de La Presse, je me dois de réagir à quelques-uns de leurs propos publiés le 12 juillet, le 15 juillet et le 27 juillet derniers.

Des exemples peu réalistes

Tout d’abord, je ne comprends pas pourquoi les deux chroniqueurs illustrent les changements apportés par le MRCC 2 en donnant des exemples de commissions de maintien de 1 000 $ et de 2 000 $ par année versées aux conseillers. Ils savent pourtant pertinemment que ces montants nécessitent des portefeuilles de 150 000 à 300 000 $, ce qui est loin d’être courant!

Il s’agit, en fait, d’une minorité d’épargnants puisque 80 % des clients au Québec ont moins de 100 000 $ dans leur portefeuille. Quand ils donnent des exemples de prêts hypothécaires, les journalistes choisissent des montants d’environ 200 000 $. Ils savent que certains propriétaires ont contracté des hypothèques de 600 000 $ ou 700 000 $, mais ils réalisent que cela ne représente pas la majorité.

Alors, pourquoi prendre des montants aussi peu représentatifs quand il s’agit de donner des exemples de portefeuilles de placement? Il est clair que les conseillers ne perçoivent pas 1 000 $ ou 2 000 $ avec chacun de leurs clients!

Des frais cachés

Si je trouve les exemples des deux journalistes peu réalistes, je dois admettre que je suis d’accord avec eux sur un point : les nouveaux relevés envoyés aux épargnants risquent de semer la confusion en ne divulguant que les commissions perçues par les conseillers et non l’ensemble des frais de gestion du portefeuille.

D’ailleurs, j’ai toujours maintenu que TOUS les frais devraient apparaître sur le relevé. Pourquoi n’est-ce pas le cas? Se pourrait-il que le puissant lobby de certaines institutions financières, qui se targuent de n’imposer aucun frais ni commission, ait eu une influence sur cette décision? Comment se fait-il que les deux chroniqueurs ne se soient pas posé la question?

Quels conflits d’intérêts?

Les journalistes évoquaient aussi, dans leurs billets, la possibilité que des conseillers choisissent les placements les plus payants pour eux, se plaçant ainsi en conflit d’intérêts. Pourtant, hormis quelques très rares exceptions, tous les fonds de même type proposent une commission de 1 % au cabinet. Et même lorsque certains fonds offraient des commissions de 1,25 % ou de 1,5 %, ce qui est désormais très rare, leur utilisation était et demeure marginale.

Honoraires c. commissions

Finalement, les chroniqueurs soutiennent qu’il serait préférable d’abolir les frais de suivi et de remplacer les commissions par des honoraires. Daniel Germain se demande néanmoins, et avec raison, qui s’occupera des petits épargnants. Il rappelle – et je m’en réjouis – que lorsque cette décision a été prise au Royaume-Uni, de nombreux conseillers ont cessé leurs activités. Voilà qui ferait bien l’affaire des institutions financières si cela arrivait au Canada!

Ce qui s’ensuivrait est beaucoup plus inquiétant : les gros épargnants voudront payer moins et les petits épargnants devront payer plus. Ce serait la fin du socialisme dans l’industrie, qui fait en sorte que 20 % des épargnants subventionnent les services offerts à 80 % de la population.

Daniel Germain compare la situation des conseillers à celle des avocats, précisant que ces derniers facturent leurs clients même lorsqu’ils perdent leurs procès. Il oublie néanmoins l’existence de l’aide juridique pour les clients qui n’ont pas les moyens de payer ces frais.

Je ne pense pas que les gouvernements soient prêts à subventionner le conseil financier pour le petit épargnant (ce que le Royaume-Uni vient d’être contraint de faire)! Les moins nantis devront donc se tourner vers leur institution financière, où ils payeront des frais élevés, sans le savoir.

Soyons franc, si les commissions sont remplacées par des honoraires, les conseillers feront plus d’argent puisqu’ils imposeront des frais plus élevés aux petits épargnants, qui représentent la grande majorité des clients!

Selon un sondage réalisé en 2015 pour l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC), 51 % des Canadiens préfèrent les commissions intégrées en réduction du rendement comme mode de rémunération de leurs conseillers. Quant aux honoraires, ils existent déjà pour ceux qui les préfèrent. Que quelqu’un m’explique pourquoi on veut réparer ce qui n’est pas brisé!