Femme sortant d'un rang d'hommes
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Les femmes en affaires restent trop timides par rapport aux hommes quand vient le temps de progresser ou d’accepter une promotion. Pour réussir, il faut viser l’excellence et non la perfection, a conseillé la présidente et cheffe de la direction de Banque du développement du Canada (BDC), Isabelle Hudon, lors de la conférence Femmes Leaders présentée par Les Affaires.

De retour au Québec depuis le mois de juillet, après quatre ans comme ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon est à plusieurs égards une pionnière. Une des premières femmes d’affaires québécoises à accéder à un poste politique sur la scène internationale, première femme à la tête de BDC, elle a, à titre de cofondatrice de l’Effet A, encouragé des centaines de femmes à sortir du rang.

Elle partage quelques conseils incontournables pour réussir, inspirés par plus de 25 ans de carrière à des postes de responsabilité. « J’ai fait face à des défis durant lesquels j’ai identifié ce que je devais développer pour arriver plus vite, mieux et plus haut dans mes ambitions. J’ai regardé autour de moi et analysé certains comportements de femmes qui se mettaient elles-mêmes des freins et souffraient du syndrome de l’imposteur », a déclaré Isabelle Hudon.

À la suite de ces observations, voici les trois principaux piliers sur lesquels vous devez travailler pour vous développer :

  • La confiance

Très souvent, vous vous imposez vous-mêmes des limites. Or, vous êtes les mieux placées pour développer votre confiance en vous. « Donnez-vous des trucs et pensez- y chaque matin. Célébrez vos bons coups au lieu de vous arrêter à ce que vous n’avez pas réussi. »

  • La négociation et la prise de risque

Devenir plus à l’aise pour prendre des risques et pour négocier, cela se développe. « Cela veut dire être prête à 70 % mais vous lancer quand même. On attend trop souvent d’être prêtes à 110%. » Une autre chose qu’Isabelle Hudon a apprise en négociation en tant qu’ambassadrice : « On ne doit pas seulement négocier sur la base de chiffres mais sur des mots, des valeurs et des projets pas toujours chiffrés. »

  • L’influence

Rallier vos équipes autour de vous et développer votre pouvoir d’attraction sont deux qualités essentielles pour faire croître votre clientèle, mais aussi pour recruter et fidéliser des collaborateurs. Pour y arriver, vous devez augmenter vos habiletés d’influence. « Il est bien d’avoir une influence positive, mais il faut aussi accepter de se faire influencer, nuance Isabelle Hudon. Marier son influence avec celle des autres permet d’atteindre de plus hauts sommets. »

DES OPPORTUNITÉS POUR SE RÉINVENTER

Celle qui a fondé l’effet A avec John Gallagher pour encourager les femmes à des postes de direction à déployer leur ambition, constate que la pandémie a durement affecté la progression des femmes en affaires. Selon le Forum économique mondial, l’objectif de l’égalité hommes-femmes a accusé 35 ans de recul durant la pandémie. Il faudra désormais 135 années pour atteindre l’égalité au rythme actuel, déplore Isabelle Hudon.

Elle croit cependant que la pandémie a jeté une lumière nouvelle sur le leadership au féminin en permettant à plusieurs femmes de se distinguer dans la gestion de la crise. « Les femmes perdent leur timidité en temps de crise et acceptent d’être sur la ligne de front. On a vu certains pays dirigés par des femmes, comme la Nouvelle-Zélande, mieux performer que les autres dans la gestion de la pandémie. » La raison, selon elle : les femmes ont tendance à s’entourer d’équipes plus diversifiées, où l’on retrouve une plus grande complémentarité des genres.

La sortie de la pandémie offre de fabuleuses opportunités tant à titre de leader que d’employé, estime la présidente de BDC. Les responsabilités sont lourdes et multiples, mais réalisables à son avis : « Vous devez viser l’excellence et non la perfection dans les différentes sphères de votre vie. Les organisations ont l’obligation de se réinventer car les clients vont mettre beaucoup de pression pour qu’on livre autrement. Vous avez un rôle important à jouer dans cette transformation. »

« Si une opportunité se présente à vous et qu’elle ne vous tente pas, vous avez le droit de passer votre tour, mais pas si vous considérez que vous n’êtes pas assez bonnes, assez prête ou si vous craignez qu’on ne vous aime pas assez. Dîtes-vous plutôt que ceux qui viennent vers vous pour vous faire une offre ont déjà répondu à ces questions ! »

C’est donc le moment de réfléchir à votre pratique, reprendre votre souffle, et surtout continuer à nourrir votre ambition et mettre votre timidité de côté pour déployer vos ailes.