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Les besoins de la prochaine génération de clients comme leurs objectifs financiers ne sont pas les mêmes que les vôtres. Ces derniers sont notamment confrontés à des dettes d’études et aux prix inabordables de l’immobilier. Et quand ils investissent, ils le font en s’alignant sur leurs valeurs. Conseillez-vous bien les jeunes investisseurs?

Dans un article récent de Morningstar, la planificatrice financière Phuong Luong affirme que les conseillers « ne comprennent pas » les besoins des membres de la génération Y, s’appuyant sur le fait que ces derniers ont grandi en étant confrontés à des besoins différents de ceux qui les ont précédés.

ILS VEULENT INVESTIR AVEC LEURS VALEURS…

La conseillère, elle-même issue de la génération Y, le constate dans sa pratique : l’attitude des jeunes investisseurs envers l’argent diffère de celle de leurs parents.

Elle donne en exemple les placements que certains Y commencent à hériter et leur sentiment « mitigé » vis-à-vis ce patrimoine.

« Beaucoup examinent de plus près ce qui constitue ce patrimoine et réalisent qu’augmenter leurs actifs financiers à tout prix n’est pas leur objectif. Pour la plupart, nous avons à cœur l’impact social et environnemental de nos investissements et de nos actions », fait-elle valoir dans son billet.

L’expérience de la planificatrice financière se reflète dans les résultats d’enquêtes sur le sujet. Ainsi, un sondage mené en 2019 auprès d’investisseurs canadiens a révélé que 36 % des répondants de 18 à 34 ans détiennent des investissements responsables (IR), contre 18 % chez les 55 et plus. Ce qui voudrait dire que la génération Y s’intéresse davantage à la « destination » de son argent.

… MAIS ILS ONT DU MAL À LE FAIRE

Si les jeunes investisseurs sont plus enclins à se tourner vers l’investissement responsable, ils seraient freinés par la méconnaissance des conseillers, écrit Phuong Luong.

Selon elle, les conseillers « banalisent trop souvent » l’objectif des jeunes d’investir dans l’IR, et ils sont « incapables » de les aider parce qu’ils ne savent pas comment « comparer les options de placements durables ».

Pourtant, la demande est là. Le sondage cité plus haut souligne également que 79 % des investisseurs souhaitent que leur conseiller les informe sur l’IR. Toutefois, seuls 23 % ont été sollicités par ce dernier pour savoir s’ils s’intéressaient à ce type d’investissement. Chez les plus jeunes, ils étaient 86 % à vouloir être informés sur les options d’IR.

MAXIMISER LA RICHESSE

L’investissement responsable est-il perçu comme un frein au rendement? La question est légitime et largement documentée. Dans son billet, Phuong Luong avance que « traditionnellement, les conseillers en services financiers n’ont qu’un objectif : maximiser la richesse de leurs clients ». Or, il semblerait que pour une proportion toujours plus nombreuse d’investisseurs – pas seulement les jeunes – le rendement ne serait pas l’objectif premier.

Dans une enquête publiée en 2019, Mackenzie Investments indique que 67 % des Canadiens ayant investi dans des placements socialement responsables pensent sacrifier une partie de leurs rendements, et la moitié d’entre eux (53 %) se disent prêts à se sacrifice pour soutenir des entreprises proches de leurs valeurs.

Enfin, un vent aussi puissant qu’inattendu soufflerait actuellement dans les voiles de l’investissement responsable : celui de la COVID-19. Selon une étude menée par RBC, 28 % des investisseurs institutionnels ont déclaré que la pandémie les avait amenés à porter une attention encore plus soutenue aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). De quoi réjouir la jeune génération d’investisseurs, et les moins jeunes.