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Si la finance comportementale est à la mode depuis que Richard Thaler a obtenu l’an dernier le « prix Nobel d’économie » pour ses travaux sur le rapport entre psychologie et économie, l’étude du comportement des investisseurs est loin d’être une science exacte.

L’approche adoptée par certains gestionnaires de patrimoine qui veut qu’ils essaient « de tirer parti des erreurs des autres investisseurs pour profiter des anomalies et des excès du marché » est critiquée par Trends-Tendances. 


« Rares sont les stratégies d’investissement fondées sur la finance comportementale dont l’efficacité est avérée », affirme sur le site Greg B. Davies, expert en finance comportementale à Oxford Risk, un consultant britannique habitué à travailler pour RBS, Standard Life et HSBC.

Plutôt que de profiter des mauvaises décisions des autres, il préfère donc inciter ses clients « à revoir et améliorer leur propre processus décisionnel ».

« Le meilleur conseil qu’on puisse donner aux investisseurs, c’est : Appuyez sur la touche pause avant de prendre une décision, insiste-t-il. On a souvent tendance à remettre les décisions à la fin de la journée, quand on a plus de temps pour soi. C’est une mauvaise idée de trancher quand on est fatigué. Il vaut mieux décider après une bonne nuit de sommeil. »

UNE CHECKLIST POUR MIEUX GÉRER LE STRESS

Pour aider ses clients à décider dans les meilleures conditions possibles, Oxford Risk a élaboré une sorte de checklist à leur intention, ce qui, en cas de stress, « peut s’avérer très utile et rassurant », selon l’expert en finance comportementale.

« Avant l’achat ou la vente d’une action, un questionnaire standard permet à l’investisseur de savoir si son placement est judicieux ou non. Sa rédaction demande pas mal de temps et de réflexion, voire des ajustements, mais quand on pose les bonnes questions, il devient plus facile de prendre les bonnes décisions », explique-t-il.

Greg B. Davies ajoute qu’il peut aussi être intéressant pour un particulier de noter ses projets d’investissement ainsi que les raisons pour lesquelles il veut y placer son argent. « Pour commencer, on ne peut tirer les leçons de ses erreurs que si on s’en souvient. Les notes sont toujours précieuses. L’un des constats les plus importants de la finance comportementale est que les investisseurs ont souvent trop confiance en eux-mêmes ou dans leurs compétences, car ils se souviennent de leurs succès, mais oublient leurs échecs. »

L’analyste estime qu’il peut également être utile d’expliquer sa motivation à une tierce personne, à condition toutefois qu’elle se fasse l’avocat du diable et ne contente pas d’acquiescer à tout coup. Ce qui le conduit à critiquer la façon dont fonctionnent souvent les comités d’investissement pour investisseurs professionnels ou les clubs pour investisseurs privés. « En général, les membres sont plus ou moins sur la même longueur d’ondes et le club n’est qu’une caisse de résonance. Dans ce cas, ils ne font que se conforter l’un l’autre et renforcent la confiance exagérée qu’ils ont en eux. Le club doit réunir des profils suffisamment différents pour être efficace. »

L’ÉPINEUSE QUESTION DE LA TOLÉRANCE AU RISQUE

Si l’on en croit Greg B. Davies, la tolérance au risque de l’investisseur est une question complexe, qui peut engendrer des malentendus. « Il est difficile de l’évaluer d’après le comportement de l’investisseur ou des décisions qu’il prend. (…) Elle se mesure sur la base d’un questionnaire visant à sonder la tendance naturelle de l’investisseur à considérer la probabilité d’un rendement supérieur à long terme, par rapport à une possible perte à long terme. Il ne peut pas y avoir de calculs. Pas de test de connaissances. Aucune référence à la situation actuelle sur les marchés financiers. Les questions ne peuvent porter que sur le long terme, jamais sur le court terme », détaille l’expert.

Mais pour constituer le « portefeuille idéal », Trends-Tendances souligne qu’un conseiller doit quand même connaître la tolérance de son client aux fluctuations du marché à court terme ainsi que sa capacité à prendre des risques, en grande partie liée à ses objectifs et à l’ampleur de son patrimoine. Greg B. Davies a un avis très précis sur ce point : « Deux investisseurs présentant la même tolérance au risque peuvent réagir différemment à un krach boursier. Le conseiller doit adapter sa communication en fonction de la personnalité de chaque client. Dans le cas d’un client sensible à la moindre ligne rouge dans son portefeuille, il importe de donner une image d’ensemble et d’insister, par exemple, sur les bénéfices réalisés sur trois ans. (…) Le conseiller doit l’empêcher de sortir du droit chemin et de prendre les mauvaises décisions. Il doit le coacher et transmettre les connaissances. »

Selon l’expert, le rôle du professionnel en services financiers ne se borne cependant pas à « tenir la main » à l’investisseur pour l’aider à surmonter ses peurs et sa nervosité, mais peut aussi « modifier légèrement » son portefeuille afin de limiter le risque de baisse. « En tempérant les plongeons du portefeuille, il mettra cet investisseur à l’aise », conclut-il.