Même si l’Association canadienne du commerce des valeurs mobilières (ACCVM) estime que 2018 devrait être un bon cru en matière de croissance, elle met en garde contre de nouveaux risques dans le secteur de la finance.

Dans un discours (en anglais) prononcé la semaine dernière devant les membres de l’Empire Club du Canada, à Toronto, Ian Russell, président et chef de la direction de l’ACCVM, a dit prévoir « une autre année de relative bonne croissance de l’économie mondiale » tout en avertissant que l’industrie avait tout intérêt à surveiller « les nouveaux risques et les nouvelles vulnérabilités apparus sur les marchés financiers internationaux ».

Le dirigeant estime notamment que la fragmentation de la réglementation internationale représente « un véritable problème », car « elle nuit à l’efficience du marché, à la circulation des capitaux transfrontaliers et aux placements transfrontaliers ». Autre problème potentiel, selon lui : la liquidité des marchés, qui a « une fâcheuse tendance à s’évaporer en périodes de tensions, au moment même où elle serait la plus nécessaire ».

ACCROÎTRE LA CYBER-RÉSILIENCE DES SYSTÈMES FINANCIERS

Ian Russell relève par ailleurs que les titres basés sur les indices boursiers sont de plus en plus présents dans les portefeuilles, « ce qui soulève des inquiétudes concernant l’impact sur les marchés financiers d’un effondrement brutal du prix des actifs ». Enfin, il juge que l’augmentation de la fréquence et de la sophistication des cyberattaques risque non seulement « de provoquer des pertes financières et de compromettre la confidentialité des renseignements personnels », mais qu’elle peut, de façon plus générale, « nuire aux plateformes de négociation et aux marchés financiers ».

Pour se prémunir de ces risques potentiels, ou du moins en réduire les répercussions sur l’industrie et les consommateurs, le patron de l’ACCVM fait une série de recommandations. En premier lieu, souligne-t-il, le secteur a besoin d’une meilleure coordination réglementaire. Et pour cela, « les régulateurs des différents marchés de capitaux et juridictions devront veiller à coordonner plus efficacement leurs actions sans tenir compte des frontières ».

Les organismes de réglementation du monde entier, y compris au pays, s’efforcent d’ailleurs d’accroître la cyber-résilience des systèmes financiers, relève-t-il, rappelant que l’Organisation internationale des commissions de valeurs a déjà prévu d’entreprendre « une étude approfondie des services de cyber-sous-traitance et des risques connexes » et d’élaborer « un modèle de surveillance et de gestion des risques ». De même, le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board) a lui aussi mis sur pied « un plan de travail pour remédier à la faiblesse de la gouvernance des institutions financières ».

« LES RÉGULATEURS DOIVENT MIEUX COOPÉRER ENTRE EUX »

Afin de réduire les risques en cas de crise, les régulateurs de chaque pays ou juridiction devraient en outre « davantage coopérer entre eux et mieux coordonner leurs efforts pour encadrer leurs secteurs financiers respectifs, incluant les compagnies d’assurance, les banques et les valeurs mobilières ». À ce chapitre, Ian Russell se félicite d’ailleurs que le Canada possède un exemple positif de ce qu’il est possible de faire, avec l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, qui a récemment conclu une entente avec l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières « en vue d’établir un cadre destiné à faciliter le respect et l’application des règles et des exigences de ces deux organisations ».

« L’industrie a besoin d’adopter une approche rigoureuse et disciplinée de la réglementation, en trouvant les règles appropriées et les plus rentables pour guider les conseils financiers et les transactions de marché. Même si nous avons bien progressé dans ce domaine, nous devons nous appuyer encore davantage sur l’analyse fondée sur des données probantes et sur un travail plus approfondi concernant les coûts et les avantages de cette voie », insiste le dirigeant.

Enfin, ajoute le patron de l’ACCVM, il convient de ne pas négliger le poids des institutions non bancaires actives dans le secteur de la finance. En effet, bien qu’elles ne soient pas en elles-mêmes d’importance systémique, leur participation à des marchés financiers tendus pourrait contribuer à accroître les risques. « Il pourrait donc s’avérer nécessaire de renforcer les fondements de ces institutions, notamment certains des grands gestionnaires d’actifs, en augmentant leurs coussins de liquidité et en ayant des exigences de levier plus strictes », croit Ian Russell. Sa conclusion? « Les risques existent, nous devons en être conscients et ne pas craindre de les affronter. »

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