Le blanchiment d’argent peut sembler loin de la pratique quotidienne des conseillers. Pourtant, ils pourraient bien écoper s’ils s’y retrouvent mêlés, même pour une transaction de 5 $, avertit un expert en lutte contre le recyclage des produits de la criminalité et le financement du terrorisme.

C’est le message qu’a envoyé Franck Fingercwajg, président d’IDEAL Conseil, lors d’une formation livrée jeudi dernier dans le cadre du colloque annuel du Conseil des professionnels en services financiers (CDPSF).

« Vous devez faire attention à ne pas devenir un bouc émissaire », lance-t-il.

En théorie, un conseiller peut même être condamné pour ne pas avoir su repérer une transaction louche d’une valeur aussi faible que 5 $!

« Le budget des attentats a chuté. En Israël, il y a maintenant des attentats au couteau. Avec 5 $, il est possible de financer le terrorisme », illustre-t-il.

Ainsi, savoir reconnaître le recyclage des produits de la criminalité et le financement du terrorisme peut éviter bien des soucis aux conseillers.

« Les gouvernements agissent. Ils sondent le marché pour contrecarrer le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Mais le marché, au fond… Qui est-ce? C’est vous, c’est moi. […] C’est votre profession, c’est votre client. Les criminels, les terroristes doivent passer par vous pour mener à bien leur entreprise de destruction ou d’exploitation », a notamment souligné Mario Grégoire, président du conseil d’administration et directeur général du CDPSF, en introduction à la formation.

UNE PUISSANCE FINANCIÈRE

Selon M. Fingercwajg, le crime organisé représente l’équivalent de 2 à 5 % du PIB mondial. Toutes factions regroupées (mafias, gangs, etc.), il est une puissance financière plus importante que certains pays comme la Suède ou la Suisse.

L’ONU estime la pénétration du crime organisé dans l’économie légale à 10 %. Les institutions financières investissant elles-mêmes dans des entreprises, il est crucial qu’elles s’assurent que ces sociétés ne sont pas reliées à une organisation criminelle, ajoute Franck Fingercwajg.

LE WEB OBSCUR

M. Fingercwajg souligne également l’importance pour les institutions financières de se protéger contre la cybercriminalité, une industrie qui pèse 500 G$ par an dans le monde. Les pirates sont à même de pénétrer les systèmes des banques et de détourner des sommes sans franchir de frontières. Tout ce dont ils ont besoin, c’est d’un ordinateur.

Les pirates les plus puissants sont en Russie, indique le conférencier. Et les deuxièmes en lice? Ceux du Québec! Mais, contrairement à ceux de Russie, ces derniers sont de « gentils pirates ».

« Ce sont des  » hackers blancs « , c’est-à-dire qu’ils aident les corps policiers du monde entier dans leurs enquêtes », précise-t-il.

TOUT LE MONDE EST CONCERNÉ

« Vous ne pouvez pas vous contenter de dire que vous êtes dans le métier depuis des lustres, que vous avez repris le cabinet de votre père et que vous connaissez vos 200 clients par cœur. La loi est la loi », martèle Franck Fingercwajg.

Il rappelle qu’être relié au recyclage des produits de la criminalité ne résulte pas en une sanction de l’Autorité des marchés financiers ou de la Chambre de la sécurité financière. L’infraction relève du code criminel. Il est donc doublement important de s’y attarder, conclut-il.

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