Après le dépôt mardi par le ministre des Finances, Carlos Leitão, du budget 2018-2019 du gouvernement québécois, les réactions se sont multipliées. Si les milieux d’affaires se sont montrés dans l’ensemble favorables aux mesures annoncées par Québec, certains observateurs auraient préféré une approche plus prudente en matière de dépenses publiques.

« Avec ce budget, le Québec prend les moyens pour relever les défis de l’économie numérique et assurer l’équité fiscale pour les Québécois », se félicite l’Ordre des CPA du Québec.

Si celui-ci se dit « heureux » de voir que certaines de ses préoccupations ont été prises en compte par le gouvernement, spécialement en ce qui concerne la perception de la taxe de vente sur le commerce en ligne, il déplore néanmoins que plusieurs de ses propositions, visant notamment à « simplifier la fiscalité » des aînés, n’aient pas été retenues. De même, il « regrette » que sa recommandation d’instaurer une déclaration de revenus unique pour les particuliers et les sociétés demeure pour l’instant lettre morte.

« PLUSIEURS MESURES VONT DANS LE BON SENS »

L’Association des économistes québécois (AEQ) note elle aussi « avec satisfaction » que le budget « comporte plusieurs mesures qui vont dans le sens de ce qu’elle avait recommandé » dans son mémoire transmis au ministre des Finances dans le cadre des consultations pré budgétaires. En revanche, elle estime que celui-ci « aurait pu adopter une approche plus prudente étant donné les incertitudes quant à l’évolution de l’économie au cours des prochaines années », puisqu’il serait « étonnant » que le taux de croissance de 3 % enregistré en 2017 au Québec se maintienne.

Dans un tel contexte, ajoute l’AEQ, le gouvernement « aurait dû profiter de la bonne conjoncture actuelle pour augmenter sa réserve de stabilisation », plutôt que d’y puiser des fonds qui la feront passer de 5,4 à 2,4 milliards de dollars à l’horizon 2020-2021. L’Association observe par ailleurs que Québec n’a pas donné suite à l’une des recommandations phares de la commission sur la fiscalité à l’effet de miser davantage sur les taxes à la consommation plutôt que sur l’impôt sur les revenus et les profits. Au passage, elle rappelle que si les impôts représentaient 30,4 % des revenus du gouvernement en 2017-2018, cette proportion grimpera à 39,8 % en 2018-2019 et à 40,9 % en 2019-2020, tandis que la part des taxes à la consommation dans ses revenus autonomes demeurera au même niveau, soit 24 %.

De son côté, Raymond Chabot Grant Thornton a profité de la publication de son bulletin fiscal mardi pour « saluer certaines annonces » du gouvernement. Ce cinquième budget du ministre Leitão « propose des mesures appréciables pour favoriser l’essor des entreprises québécoises », applaudit la firme, qui déplore tout de même le fait que ces dispositions « replongeront le Québec en déficit pour les deux prochaines années ». Raymond Chabot Grant Thornton souligne notamment que la réduction de l’impôt sur le revenu des PME du secteur des services et de la construction aura un impact positif et les aidera « à innover et à rayonner ici et sur les marchés étrangers ».

« UN SIGNAL POSITIF ENVOYÉ AUX ENTREPRISES »

Les mesures annoncées dans le budget « envoient un signal positif aux entreprises et permettront de maintenir un climat d’affaires favorable à la croissance », affirme pour sa part la Fédération des chambres de commerce du Québec. « Il s’agit d’un budget permettant de maintenir la compétitivité des entreprises et de les appuyer face aux défis de main-d’œuvre », souligne la FCCQ. Celle-ci se réjouit également du fait que le budget prévoit de rétablir l’équilibre fiscal en matière de perception de la taxe de vente. « Seules 19 % des entreprises québécoises font du commerce en ligne, tandis que 57 % des Québécois effectuent des achats sur le Web. Savoir que les règles seront les mêmes pour tout le monde devrait stimuler les compagnies d’ici pour qu’elles accélèrent leur virage vers le commerce électronique », estime la Fédération.

Même son de cloche du côté de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui affirme que « les PME seront sans doute soulagées que le gouvernement leur accorde une baisse importante de leur fardeau fiscal », car cela leur permettra notamment d’« éviter au Québec de perdre du terrain par rapport aux conditions offertes à leurs homologues dans les autres provinces canadiennes ». « Les baisses de la taxe sur la masse salariale et du taux d’imposition annoncées généreront à terme des économies d’environ 600 millions de dollars par année pour les PME », souligne la FCEI. Celle-ci se félicite en outre que le budget comporte une diminution du taux d’imposition dans le secteur des services et de la construction.

Enfin, le Conseil du patronat du Québec salue lui aussi l’exercice du gouvernement, estimant que, dans l’ensemble, « plusieurs mesures contenues dans le budget répondent aux demandes prioritaires des entreprises tout en maintenant le cap sur l’équilibre budgétaire et le contrôle de la dette publique pour les cinq prochaines années ». Le CPQ se dit par exemple satisfait des mesures d’atténuation de 2,2 milliards de dollars qu’il comporte vis-à-vis des PME, « en réponse, notamment, à l’augmentation des coûts engendrés par la récente réforme de la Régie des rentes du Québec ». L’organisation patronale se dit néanmoins « préoccupée » quant « au maintien de la compétitivité des entreprises de toute taille, dans un contexte international qui s’est durci sur le plan des relations commerciales et de la concurrence fiscale ».

CAPITAL RÉGIONAL ET COOPÉRATIF DESJARDINS ENCOURAGÉ

« Je remercie le gouvernement du Québec de renouveler sa confiance envers Capital régional et coopératif Desjardins, ce qui nous permettra de poursuivre notre mission en faveur du développement économique des régions », se félicite lui aussi Luc Ménard. Réagissant aux annonces contenues dans le discours du budget prononcé par Carlos Leitão, le chef de l’exploitation de Desjardins Capital précise que, sur un horizon de trois ans, 240 millions de dollars seront rendus disponibles chaque année « pour appuyer le démarrage et la croissance des PME et coopératives du Québec ».

Les annonces faites par le ministre des Finances portaient notamment sur la création d’une catégorie d’actions pour les actionnaires souhaitant reporter de sept ans leur droit de rachat, moyennant un crédit d’impôt provincial supplémentaire de 10 % des sommes reportées, et ce, sans mise de fonds additionnelle ni de conséquence fiscale immédiate. Le volume annuel maximal d’émissions d’actions de cette nouvelle catégorie sera limité à 100 millions pendant trois ans.

Même satisfaction affichée du côté de Fondaction, qui se réjouit que Québec ait confirmé le maintien, jusqu’au 31 mai 2021, du taux de crédit d’impôt consenti aux actionnaires souscrivant au fonds à 20 %. Ainsi, les contribuables québécois pourront profiter de crédits d’impôt de 35 % (20 % du gouvernement provincial et 15 % du fédéral), souligne l’organisme. Celui-ci indique que le taux du crédit d’impôt accordé à l’achat d’actions demeurera majoré à 20 % pour l’année financière 2018-2019 du fonds débutant le 1er juin 2018 ainsi que pour ses deux années financières suivantes. De plus, le plafond de ses émissions annuelles d’actions sera augmenté durant cette période pour s’établir à 250 millions pour l’exercice 2018-2019 et 275 millions pour les exercices 2019-2020 et 2020-2021.

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