L’incapacité des conseillers en services financiers à prendre le virage techno constitue une grande menace pour le conseil indépendant au Québec, surtout à l’heure où les grandes institutions multiplient les offensives fintech.

Un sondage réalisé par Déontologie CA, en collaboration avec l’École de technologie supérieure et l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, constate une « grande rupture » entre les conseillers et les défis numériques, rapporte Le Devoir.

« Le cas des cabinets autonomes, hors des murs institutionnels, est à surveiller avec plus d’attention. Il en va en effet de leur pérennité et de leur compétitivité, ainsi que de l’accès à des services financiers minimums dans les régions les plus excentriques », souligne-t-on dans l’étude.

Ce sondage fait écho aux propos du président de Diversico, Daniel Guillemette, qui prévenait en avril que le salut du conseil indépendant passait nécessairement par l’investissement dans l’innovation.

La moitié des professionnels interrogés par Déontologie CA affirment avoir numérisé moins de 50 % de leur dossiers clients, et 41 % estiment qu’entre le quart et la moitié de ces dossiers ne sont pas à jour. Autre donnée inquiétante : 43 % des conseillers sondés n’ont pas ou ne savent pas s’ils ont un système de cryptage des données confidentielles.

AH, CE TÉLÉPHONE INTELLIGENT!

La majorité des répondants s’entendent pourtant pour dire que la technologie est aujourd’hui indispensable à la bonne poursuite de leurs activités, que ce soit pour augmenter leur clientèle ou pour « pouvoir travailler où ils veulent : au bureau, à distance, chez leurs clients ou ailleurs, avec accès à toute l’information requise ». Pour la plupart des conseillers, les technologies mobiles, principalement les téléphones intelligents, sont devenues une nécessité. Plus de la moitié d’entre eux affirment d’ailleurs passer plus de temps chez leurs clients ou en formation qu’au bureau.

Les robots-conseillers et autres outils technologiques de soutien à l’investissement sont en revanche beaucoup moins populaires. Seulement une petite partie des répondants se réjouissent de pouvoir bénéficier d’une plateforme plus perfectionnée de gestion de placement selon le profil du client (30 %) et d’un système intelligent de rééquilibrage de portefeuilles (28 %).

PAS PRÊTS À FAIRE FACE AUX CHANGEMENTS

Cette rupture technologique pourrait également être à l’origine de problèmes de relève. Selon les auteurs de l’étude, il s’agit là d’une réalité préoccupante dans un contexte où 47 % des conseillers interrogés s’attendent à des changements organisationnels majeurs au sein de leur cabinet, tels qu’une cession, des départs à la retraite ou encore des acquisitions, d’ici cinq ans. Cette proportion grimpe à 60 % d’ici dix ans.

« Près de 70 % des bureaux et des cabinets existent depuis plus de 20 ans. La moitié des intermédiaires disent avoir de 20 à 30 ans d’expérience et 35 % en ont plus de dix. Cela ne fait que souligner avec plus d’acuité l’enjeu de la succession de ces bureaux et cabinets et de la transformation de l’industrie d’ici 2025 », notent les auteurs de l’étude.

Ces résultats doivent tout de même être analysés avec précaution. Seuls 116 représentants sur les 32 000 intermédiaires financiers du Québec ont été interrogés, un échantillon trop modeste pour être pleinement représentatif, précise l’étude.

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