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Lorsque le monde semble s’écrouler autour de soi, il peut être pertinent, et logique, de prendre le temps de s’arrêter, de réfléchir et de considérer la situation dans sa globalité, croit Peter Hodson.

Dans une chronique publiée vendredi par le Financial Post, le fondateur de la firme 5i Research souligne que beaucoup d’investisseurs s’inquiètent aujourd’hui des risques de survenue d’une nouvelle crise majeure, avec en corollaire une plus grande volatilité des marchés. Pour tenter de les « calmer un peu », le dirigeant leur propose les quelques « anecdotes intéressantes » suivantes, qui, selon lui, les aideront à « s’asseoir et à appréhender la situation dans son ensemble ».

LA VOLATILITÉ EST UN PHÉNOMÈNE TOUT À FAIT BANAL

Selon le service aux investisseurs de la société privée de conseil financier et d’investissement américaine Motley Fool, les actions américaines ont augmenté 6 150 fois entre 1928 et 2019, mais ont perdu au moins 20 % de leur valeur à 21 reprises. Une baisse de 20 % est considérée comme un marché baissier, mais d’après ces données, ces baisses sont étonnamment fréquentes. Si tout investisseur s’inquiète toujours de la possibilité qu’il y ait un jour un krach, historiquement, la volatilité du marché est un phénomène assez courant. Malgré tout, souligne Peter Hodson, celui-ci ne cesse de monter au fil du temps. Sa conclusion? « Vous devriez peut-être être un peu moins inquiet, à condition bien sûr que vous ayez réalisé de bons placements et que vous ne soyez pas trop limité dans le temps. »

NE MANQUEZ PAS LES BONS JOURS DU MARCHÉ

Citant des données extraites du Guide de la retraite 2019 de J.P. Morgan Asset Management, Peter Hodson rappelle à quel point le temps passé sur le marché est important pour la bonne santé d’un portefeuille. La preuve? « Sur la période de 20 ans comprise entre le 1er janvier 1999 et le 31 décembre 2018, il suffit que vous ayez manqué les 10 meilleures journées du marché boursier pour que votre rendement global ait été réduit de moitié ». Soit une énorme différence, et tout cela pour avoir manqué seulement 10 jours sur deux décennies entières!

Mais il y a pire encore, met-il en garde : toujours sur 20 ans, un investisseur qui aurait manqué les 20 meilleurs jours de marché verrait le rendement annualisé de son portefeuille passer sous zéro… Sa conclusion? « Pensez-y : en plus de 7 300 jours civils, même si vous n’êtes en dehors du marché que pendant 20 des meilleurs jours, vous perdrez de l’argent. »

L’INVESTISSEUR QUI RÉUSSIT DOIT LUTTER CONTRE L’ENVIE DE VENDRE

« Si vous vendez un titre trop tôt, vous perdez la magie de la capitalisation. Vendre un titre parce qu’il est à la hausse signifie vendre un gagnant, que d’autres que vous pensent aussi être bon. En plus, vous allez probablement devoir payer des impôts, avoir le problème du « réinvestissement » des fonds ainsi dégagés et manquer peut-être d’autres gains. La capitalisation est une chose merveilleuse sur le marché, et vendre tôt vous prive de ce pouvoir », explique Peter Hodson.

À l’appui de son plaidoyer, l’analyste cite l’un de ses confrères américains, Thomas Phelps, qui rappelle dans l’un de ses ouvrages (100 to 1 in the Stock Market, non traduit en français) que « beaucoup de gens dont l’intérêt est diamétralement opposé au vôtre essaient de vous persuader d’agir tous les jours » dans un sens qui les arrangent. Conclusion de Peter Hodson : « Gardez cela à l’esprit la prochaine fois qu’un représentant des médias, un analyste ou un prophète de malheur vous incitera à vendre un titre gagnant. »

LES MARCHÉS NE FONT (PRESQUE) JAMAIS CE À QUOI ON S’ATTEND

« Voici un bon mantra à répéter si vous êtes constamment inquiet à propos du comportement de vos actions », estime Peter Hodson. Toutefois, ajoute-t-il, lorsqu’un investisseur est nerveux, il est probable que les cours de ses actions reflètent déjà son inquiétude. « En effet, insiste-t-il, les marchés sont très efficaces pour faire échouer vos attentes. »

La semaine dernière en a été un parfait exemple, poursuit l’analyste : « Lundi, tout le monde était préoccupé par le Moyen-Orient. Les contrats à terme ont plongé. L’or a grimpé en flèche. Le pétrole s’est redressé. Il semblait en effet que notre fête boursière de plusieurs décennies était terminée. Mais ensuite, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Les investisseurs ont réexaminé le risque au Moyen-Orient, Donald Trump a fait des commentaires apaisants, et le marché s’est envolé. Enfin, d’autres records ont été établis la même semaine, au moment précis où la plupart des investisseurs craignaient le pire. » Sa conclusion? « Puisque les choses fonctionnent comme ça, pourquoi s’embêter à faire des prévisions? »

LA PLUPART DES INVESTISSEURS AIMENT LES DIVIDENDES

Mais nombre d’entre eux semblent aussi toujours plus préoccupés par le prix de leurs actions, et ils en oublient le pouvoir des dividendes. Selon le CFA Institute, la contribution des dividendes au rendement total des actions est « formidable ». Par exemple, le rendement annuel composé total de l’indice S&P 500 avec dividendes réinvestis du début de 1926 à la fin de 2015 a été de 10 %, comparativement à 5,8 % sur la seule base du prix. Autrement dit, si l’on tient compte des dividendes, le rendement des placements d’un particulier durant cette période sera supérieur de 72 % à ce qu’il serait sans les dividendes.

Toujours selon le CFA Institute, entre 1950 et 2015, l’indice Nikkei 225 a affiché une performance annuelle composée de 8,3 % en fonction du prix, mais de 11,5 % en tenant compte du réinvestissement des dividendes. Conclusion de Peter Hodson : « En plus de contribuer de façon importante au rendement des placements, les dividendes peuvent fournir des renseignements importants sur le rendement futur de la société et ceux des placements. Un dividende est avant tout un signe de la part d’une société que les affaires, du moins pour le moment, sont bonnes. »