Au moment où les tensions se résorbent quelque peu entre la Chine et les États-Unis, elles s’enveniment entre ces derniers et l’Iran. Les relations internationales ne sont pas un long fleuve tranquille, mais plutôt une mer agitée dont les ressacs peuvent affecter les portefeuilles des épargnants. Quelles sont les grandes menaces en ce début d’année?

Déjà, la croissance mondiale a atteint son plus bas niveau depuis 2008 l’an dernier, à 2,9 %. Merci à la guerre commerciale que se livrent l’éléphant américain et le dragon chinois… Pour 2020, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit une croissance de 2,9 % au maximum. 

Dans le quotidien économique belge L’Echo, Wouter Vervenne présente six défis qui guettent l’économie mondiale et qui pourraient même l’empêcher d’atteindre ce seuil de croissance pourtant modeste.

1. LE MOYEN-ORIENT ET LE COURS DU PÉTROLE

L’année a commencé dramatiquement au Moyen-Orient, avec l’assassinat début janvier du général iranien Qassem Soleimani puis l’écrasement du vol PS752, abattu par un tir de missile iranien. L’assassinat du général a fait grimper rapidement les prix du pétrole au-delà de 70 dollars le baril. Il avait aussi dépassé ce seuil en septembre 2019, après une attaque de drones sur des infrastructures pétrolières d’Aramco, en Arabie Saoudite, qui avait réduit de moitié la production de pétrole de ce pays. 

Les hausses du prix du pétrole ont généralement un impact négatif sur la croissance mondiale, rappelle Wouter Vervenne. Le pouvoir d’achat recule dans les pays importateurs de pétrole, lesquels réduisent alors leurs dépenses de consommation et leurs investissements.

En principe, une hausse du cours du pétrole n’a plus trop d’impact sur l’économie américaine. Les États-Unis devraient devenir des exportateurs nets de pétrole en 2020 pour la première fois de leur histoire. L’Europe aussi a diminué sa dépendance au pétrole depuis les années 1970. La Chine et le Japon restent toutefois des importateurs de pétrole importants.

2. LES CONFLITS COMMERCIAUX

L’accord conclu entre la Chine et les États-Unis n’est que partiel et ne signifie pas la fin prochaine des tensions commerciales. Washington souhaite obtenir d’autres concessions de la Chine, concernant une réduction des subventions aux entreprises publiques chinoises, la répression des cyberattaques et le commerce en ligne.

Les États-Unis tourneront aussi leurs canons vers l’Europe, pour combler le déficit commercial avec le vieux continent. La volonté de la France d’imposer les sociétés internet (taxe GAFA) reste en travers de la gorge de Donald Trump, qui entend viser certains produits français. Il menace aussi de taxer les importations de voitures européennes.

3. LES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES AMÉRICAINES

Voilà un grand facteur d’incertitude dont on entendra parler toute l’année. Donald Trump devrait à nouveau être le candidat des républicains, alors que les démocrates se cherchent toujours un champion ou une championne. Les candidats démocrates de gauche Bernie Sanders et Elizabeth Warren rendent les marchés nerveux, puisque les deux espèrent augmenter la pression fiscale sur les entreprises.

4. LE BREXIT

Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier n’aura au départ que peu d’impact sur l’économie. On passera en effet à une période de transition où il y aura peu de changements. Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont moins d’un an pour s’entendre sur un accord commercial. En cas de mésentente, le spectre d’un Brexit dur reviendra. Les deux partenaires imposeraient alors des taxes sur leurs importations respectives dès le début de 2021. Le Royaume-Uni risquerait alors une récession et même l’Union européenne en souffrirait. 

5. LES BANQUES CENTRALES

On s’attend à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) revoient cette année leur stratégie à long terme. La Fed reverra également son arsenal de mesures et sa communication. Même l’objectif d’inflation de 2 % pourrait y passer. La Fed pourrait hausser sa cible d’inflation après une période de très faible inflation, pour en arriver à une moyenne de 2 % sur le long terme. Cela passerait par de nouvelles mesures de relance économique. 

La BCE, elle, vise une inflation proche de 2 %, mais sans dépasser ce seuil. Elle pourrait aussi délaisser les titres du secteur pétrolier et acheter plus d’obligations vertes. Les taux de la BCE devraient rester stables en 2020, alors que le marché des taux à terme s’attend à voir la Fed procéder à une baisse en septembre ou novembre. Dans le cas contraire, on peut s’attendre à une hausse du taux à long terme et à de la volatilité sur les marchés d’actions.

6. LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

L’impact des changements climatiques sur l’économie et les politiques publiques ne cesse d’augmenter. Les investisseurs ne peuvent se permettre de l’ignorer. En 2020, les principaux pays du monde devraient adopter de nouveaux objectifs climatiques plus ambitieux. La nouvelle Commission européenne a déjà lancé son Green Deal.

Ces menaces à l’économie vous inquiètent-elles en ce début d’année?