Pièces de monnaie canadienne.
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Après avoir battu tous les records en 2017, la croissance économique canadienne a reçu un véritable coup de frein au quatrième trimestre de 2018. Le pays a ainsi connu sa plus faible progression trimestrielle depuis 2016.

Au cours des trois derniers mois de l’année 2018, l’économie canadienne a crû à une cadence annualisée de 0,4 % par rapport à 2 % au troisième trimestre, indiquait Statistique Canada vendredi dernier.

« La dernière fois que nous avons vu un chiffre de croissance du PIB canadien aussi désastreux remonte au T2 2016, où la production s’est contractée avec l’effondrement des prix des matières premières », affirme l’économiste Krishen Rangasamy dans un rapport de la Banque Nationale daté du 1er mars.

Statistique Canada attribue ce ralentissement principalement à la contraction des dépenses d’investissement, qui ont connu une baisse de 2,7 %, notamment à cause de la compétition venue de nos voisins du Sud. Cependant, le PIB n’est pas le seul à avoir chuté.

Effectivement, les exportations ont également légèrement diminué et les dépenses des ménages ont ralenti pour un deuxième trimestre consécutif. Les dépenses publiques, l’accumulation importante des stocks et les dépenses des ménages dépassaient à peine la forte baisse des investissements, évitant ainsi une contraction.

« Je pense que nous assistons à la confirmation d’une tendance en ce qui a trait à une décélération économique, mais nous voyons qu’elle se manifeste beaucoup plus rapidement [que prévue] », selon les dires de Brian DePratto, économiste principal à la Banque TD, repris par Radio-Canada.

UNE MAUVAISE ESTIMATION

Le mois dernier, la Banque du Canada annonçait que nous glissions vers une zone délicate. Cependant, elle pensait que la croissance annuelle au quatrième trimestre s’établirait à 1,3 % et non à 0,4 %, rapporte le Financial Post, donc bien plus haut que ce qui est arrivé.

Cette mauvaise estimation suggère que l’économie ne tourne pas aussi vite que ce que le pensait la Banque du Canada. Cela pourrait donc l’inciter à ralentir, voire stopper sa hausse des taux d’intérêt.

« Le PIB est clairement faible. Cela augmente clairement le risque que la BdC ne puisse pas augmenter son taux directeur en 2019 », a déclaré Sébastien Lavoie, ancien économiste de la Banque du Canada, qui travaille maintenant à la Banque Laurentienne, confirmant ainsi l’hypothèse du journaliste du Financial Post.

Nous devrions être fixés sur ce sujet très rapidement puisque la prochaine déclaration de politique générale de la banque centrale est prévue pour ce mercredi.

ET QU’EN SERA-T-IL EN 2019?

La situation ne sera pas meilleure en 2019, si l’on en croit Brian DePratto et d’autres analystes qui ont prédit des chiffres encore plus modestes dans les prochains mois.

« Nous pourrions disposer d’un autre trimestre de surplace, avec une très très faible croissance », a ainsi affirmé M. DePratto.

Selon le journaliste du Financial Post, une des façons de redresser la situation serait de rendre sa compétitivité au Canada. Il souligne que le budget 2018 s’est peu occupé de la compétitivité du pays. Le gouvernement Trudeau a compensé cela dans son énoncé économique de l’automne en réduisant les impôts sur les investissements et en promettant de réduire la réglementation, mais cette annonce est arrivée un peu tard puisque les investissements réalisés en machinerie et équipement ont baissé de près de 5 % au quatrième trimestre.

Il n’est pas le seul à penser qu’Ottawa devrait soutenir la croissance économique du Canada pour rectifier la situation.

« À moins de largesses préélectorales d’Ottawa, on peut s’attendre à une poursuite du ralentissement de la consommation cette année, d’autant plus si l’on considère le taux d’épargne encore faible et un ralentissement attendu de la création d’emplois », affirme ainsi l’expert de la Banque Nationale.

Le budget du 19 mars 2019 amènera-t-il d’autres bonnes nouvelles pour la compétitivité du Canada?