Ours blanc rugissant sur la banquise, devant la mer déchaînée.
Photo : Andrii IURLOV / 123RF

L’agence de notation Moody’s a pris les moyens nécessaires pour renforcer sa capacité à quantifier les risques climatiques dans ses évaluations de crédit.

Moody’s a en effet acheté des parts majoritaires dans le cabinet d’analyse Four Twenty Seven, qui se spécialise dans l’étude des risques potentiels liés aux catastrophes comme les fortes pluies, les ouragans, les épisodes de chaleur intense et la montée des eaux. La firme analyse les données de 196 pays et de de plus de 2000 sociétés à travers le monde, rapportent Les Echos.

« Nous prenons ces risques très au sérieux », affirme Myriam Durand, responsable des évaluations mondiales chez Moody’s. Citée par le New York Times, elle insiste sur le fait « qu’on ne peut pas quantifier ce que l’on ne comprend pas ».

En accordant davantage d’importance aux risques environnementaux dans ses évaluations de crédit, Moody’s espère pouvoir mieux évaluer la capacité des gouvernements à rembourser l’argent emprunté par l’entremise d’émissions d’obligations, entre autres. Touchés par de graves inondations ou encore des incendies à répétition, les habitants de certaines villes ou régions vont s’installer ailleurs, ce qui tend à diminuer les recettes fiscales des gouvernements. Et des recettes fiscales inférieures signifient également une capacité moindre à rembourser ses dettes.

En combinant l’analyse des risques climatiques aux facteurs déjà scrupuleusement étudiés, tels que la trésorerie et le niveau de la dette, les agences de notation entendent fournir des évaluations plus précises aux investisseurs.

UN RISQUE QUI N’EST PLUS PERÇU COMME ANECDOTIQUE

Plus qu’une simple stratégie d’affaires, le virage pris par Moody’s est un signal fort que l’industrie financière prend de plus en plus conscience que les enjeux environnementaux sont intimement liés aux enjeux économiques mondiaux.

Plusieurs études ont d’ailleurs montré que les risques climatiques préoccupent les investisseurs. Sur le marché des obligations municipales, 19 % des investisseurs citent ceux-ci comme un facteur majeur dans la décision d’investir dans un titre ou non, selon le cabinet Smith’s Research. L’année dernière, cette proportion atteignait à peine 6 %.

En 2017, les grandes agences de notation que sont Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch avaient prévenu que la vague d’ouragans et d’incendies qui avait frappé les États-Unis allait influencer négativement les notes accordées aux gouvernements locaux. Dans la plupart des cas, les agences de notation ne sont cependant pas passées des paroles aux actes. Encore de nombreuses villes côtières hautement exposées aux ouragans détiennent toujours la note maximale AAA, souligne le New York Times.