Jeune couple triste, les mains posées sur la tête.
Photo : Antonio Guillem / 123RF

Le soutien vigoureux offert par l’État aux ménages pendant la pandémie de COVID-19 a évité bien des drames financiers. Mais comme le révèle une note de la RBC, les risques demeurent élevés pour plusieurs Canadiens.

Lorsque trois millions de Canadiens se sont retrouvés sans emploi pendant la pandémie, le gouvernement a arrosé les ménages canadiens de 56 milliards de dollars d’aide. Les banques ont reporté les paiements de plus de 775 000 dettes hypothécaires et près de 470 000 cartes de crédit. L’aide a été si généreuse que l’insolvabilité des consommateurs a baissé de 45 % au deuxième trimestre, comparativement à la même période l’année précédente. 

Malgré tout, le répit pourrait s’avérer de courte durée et certains Canadiens se retrouvent dans une situation financière très précaire, rappelle l’économiste en chef de RBC, Josh Nye. Les habitants des provinces pétrolières et la génération Y, entre autres, se retrouveraient dans des situations difficiles.

DES ANNÉES DIFFICILES

Et ça ne date pas de la pandémie. Depuis la chute des prix du brut en 2015-2016, les provinces pétrolières connaissent des ennuis économiques et cela se répercute dans les finances personnelles de leurs citoyens. Depuis deux ans, le taux d’insolvabilité de la population active a triplé à Terre-Neuve-et-Labrador (TNL). Avant la COVID-19, la Saskatchewan était déjà la province où l’on retrouvait le plus de retards de paiements hypothécaires au pays, suivi de TNL. L’Alberta arrivait au quatrième rang.

Le ratio d’endettement des ménages albertains atteignait d’ailleurs 208 % du revenu en 2018, comparativement à 182 % pour la moyenne canadienne.

PERSPECTIVES SOMBRES

La nouvelle baisse des prix du brut qui a coïncidé avec l’éclosion de la COVID-19 n’a certainement pas aidé. Près de 1,4 million de travailleurs ont demandé la Prestation canadienne d’urgence (PCU) dans les provinces pétrolières, soit près d’un travailleur sur cinq.

Au Québec, 5,6 % des propriétaires avaient profité d’un report de paiement hypothécaire en juillet. Cette proportion bondit à 21 % en Alberta et à 14,8 % à TNL.

« Les problèmes persistants du marché du travail et le fort recours aux reports de paiement suggèrent que la tendance à la hausse des défauts de paiement et de l’insolvabilité en Alberta, Saskatchewan et TNL, constatée avant la pandémie, devrait se poursuivre », craint M. Nye.

UNE GÉNÉRATION MALMENÉE

Pour les individus appartenant à la génération Y, la pandémie est le second choc majeur qu’ils encaissent en un peu plus de 10 ans. En effet, un grand nombre d’entre eux ont reçu leur diplôme ou sont entrés sur le marché du travail durant la récession de 2008-2009. 

Les travailleurs de moins de 35 ans représentent la moitié des pertes d’emplois entre février et avril de cette année. On retrouve aussi dans cette population près d’un quart des demandeurs de PCU, plus que dans n’importe quel autre groupe d’âge.

En 2016, les 26-34 ans affichaient un ratio d’endettement de 216 %. C’est 1,7 fois plus que les membres de la génération X au même âge et 2,7 fois plus que les baby boomers, selon Statistique Canada. Cela viendrait en partie du fait que nombre d’entre eux ont dû s’endetter davantage pour accéder à la propriété, en raison des prix élevés dans le marché immobilier.

L’an dernier, 23,5 % des consommateurs devenus insolvables étaient âgés de moins de 35 ans. Avec les pertes d’emplois qui se multiplient et un taux d’endettement élevé, il pourrait devenir difficile pour ces Canadiens de rembourser leurs dettes au cours des prochains mois.