Jeunes employés heureux et effectuant un saut.
Photo : Dean Drobot / 123RF

La Pologne a pris les grands moyens pour freiner l’exode de ses jeunes travailleurs : ceux-ci n’auront plus à payer un seul sou d’impôt. Si cette réforme fiscale fait le bonheur de certains, d’autres y voient une habile manœuvre électorale.

Quelque deux millions de jeunes salariés polonais âgés de moins de 26 ans seront ainsi exonérés d’impôt sur le revenu grâce à cette nouvelle mesure qui est entrée en vigueur le 1er août, peut-on lire dans Le Monde.

Pour l’État, le coût d’une telle réforme est important : 2,5 milliards de zlotys, soit environ 859 millions de dollars canadiens. Le gouvernement central et les collectivités locales épongeront cette perte de revenu à parts égales.

Malgré tout, le gouvernement polonais, formé par le parti conservateur, estime que cette réforme encouragera les jeunes Polonais à entrer rapidement sur le marché du travail et à demeurer au pays.

RENDRE L’OUEST MOINS ATTRAYANT

Si la mesure peut sembler vigoureuse, il faut savoir que la Pologne fait face à d’importants défis démographiques. D’une part, le phénomène de pénurie de main-d’œuvre s’aggrave et, d’autre part, les jeunes travailleurs polonais quittent massivement vers l’Europe de l’Ouest, où les salaires sont plus élevés.

« Nous pensons que les jeunes qui se demandent s’ils doivent travailler en Pologne ou à l’étranger verront que la différence avec l’Occident, concernant leur salaire net, diminue et ce sera pour eux une motivation pour rester en Pologne », affirme le vice-ministre des finances de la Pologne, Leszek Skiba.

Il explique que les travailleurs de moins de 26 ans toucheront un salaire 18 % plus élevé puisqu’ils n’auront pas à payer d’impôt sur le revenu. En Pologne, tous les salariés gagnant moins de 85 528 zlotys (environ 29 000 $) ont un taux d’imposition de 18 %. Le salaire moyen annuel dans le pays est d’environ 40 000 zlotys, soit 13 500 $, ce taux s’applique donc à la majorité des contribuables.

Le gouvernement croit même que des Polonais déjà partis travailler en Allemagne, en Grande-Bretagne ou en France pourraient être tentés de revenir au pays.

UNE MESURE QUI SOULÈVE DE NOMBREUX DOUTES

Cette annonce du gouvernement survient à quelques mois des élections parlementaires polonaises, qui auront lieu en octobre. Certains observateurs y voient donc une tentative pour obtenir le vote des jeunes.

Des économistes aussi se montrent sceptiques. « La suppression de cet impôt ne change pas grand-chose pour l’économie », estime Andrzej Sadowski, président du Centre Adam-Smith, un think-tank polonais. Il explique notamment que ce n’est pas l’impôt sur le revenu de 18 % qui est coûteux pour les employeurs, mais plutôt les charges sociales de 40 %.

La Pologne n’est pas la première juridiction à tenter une expérience du genre. En 2007, le gouvernement suédois, alors de centre droite, avait réduit de moitié les cotisations patronales pour les travailleurs de moins de 26 ans. L’objectif affiché était le même : encourager leur entrée sur le marché du travail. La mesure a finalement été supprimée par le gouvernement de centre gauche en 2016, car il la jugeait inefficace.