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De récents rapports ont alarmé les Canadiens quant à leur degré d’endettement, faisant craindre le spectre d’une crise d’insolvabilité. Une panique que les chiffres ne justifient pas nécessairement, selon deux économistes associés à l’Institut C.D. Howe, qui signent une chronique dans le Financial Post.

Des données du Bureau du surintendant des faillites Canada indiquaient récemment que le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par les Canadiens avait augmenté de 6,2 % au quatrième trimestre 2018, comparativement à la même période l’année précédente. L’Alberta (15,5 %), la Saskatchewan (12,6 %) et le Manitoba (12,2 %) trônaient en tête de ce palmarès peu reluisant. Le Québec faisait meilleure figure, avec 0,7 %, mais c’est tout de même chez nous que l’on retrouvait le plus grand nombre de faillites et de propositions de consommateur lors de ce trimestre (10 399).

En janvier dernier, au tour du spécialiste en insolvabilité MNP de publier des résultats alarmants, tirés d’un sondage IPSOS mesurant le degré de confort des Canadiens face à leur endettement. Près de la moitié des Canadiens (incluant les Québécois) se retrouvaient à 200 dollars ou moins de l’insolvabilité chaque mois, après avoir payé leurs factures et leurs dettes mensuelles. Près d’un tiers des sondés déclaraient ne pas gagner suffisamment d’argent pour couvrir leurs factures et leurs dettes. Enfin, 45 % s’attendaient à devoir s’endetter davantage pour payer leurs frais de subsistance et leurs dépenses familiales.

Une crainte apparemment confirmée par un autre sondage, réalisé pour CIBC cette fois, qui révélait que 29 % des répondants avaient contracté de nouvelles dettes au cours des douze mois précédents pour couvrir leurs dépenses courantes. 

Des chiffres qui n’ont absolument rien de rassurant. Mais faut-il paniquer pour autant?

NUANCER LE PORTRAIT

Pas si l’on se fie aux propos de Steve Ambler et Jeremy Kronick dans le Financial Post. Ils rappellent que la valeur nette des ménages canadiens n’a jamais été aussi élevée. Ils déplorent aussi le fait que les statistiques sur l’endettement ne font aucune différence entre le fait d’avoir une valeur nette négative et le fait de manquer de liquidités.

La majeure partie des actifs des Canadiens sont immobiliers. Il leur est donc impossible d’en vendre une partie pour dégager des liquidités afin de payer une dette. On peut toutefois refinancer une hypothèque pour ce faire.

Il est vrai que la remontée des taux d’intérêt entraîne une hausse du manque de liquidités chez les Canadiens, notamment en compliquant ce refinancement ou en diminuant sa valeur. Mais ce n’est pas la même chose que d’être vraiment insolvable, c’est-à-dire être incapable de rembourser ses dettes même en vendant tous ses actifs. Ne pas prendre ces nuances en compte incite à la prudence quant aux statistiques, soulignent les économistes. 

VALEUR NETTE EN HAUSSE

Avant la crise de 2008, la valeur nette des ménages canadiens représentait environ sept fois le revenu disponible. Durant la crise, cette valeur a baissé à 6,25 fois le revenu disponible. Mais au troisième trimestre 2018, elle atteignait près de neuf fois le revenu disponible, notamment en raison des faibles taux d’intérêt qui ont fait grimper la valeur des maisons.

De plus, le ratio dette/valeur nette est resté à peu près au même niveau (20 %) en plus de dix ans. 

Au quatrième trimestre, les propositions de consommateur ont augmenté de 14 % au Canada (6,5 % au Québec), mais le nombre de faillites réelles a baissé de 2,7 % (-4,5 % au Québec).

Vu sous cet angle, le portrait semble soudainement moins dramatique. Reste qu’il y a tout de même 13 585 Canadiens, dont 5 226 Québécois, qui ont jeté l’éponge et déclaré faillite lors des trois derniers mois de 2018, une situation qui demeure préoccupante.