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En matière d’investissement responsable et, plus largement, de choix de société, le monde de la finance est divisé en deux camps a priori irréconciliables, estime le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires.

Dans un texte publié récemment sur son site, web, le MÉDAC relève en effet que certains dirigeants du secteur considèrent que l’intégration de critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG) dans leurs décisions d’investissement est « un mal nécessaire pour maintenir des rendements durables ». Mais dans le même temps, d’autres soutiennent au contraire que ce type de facteurs ne devrait pas influencer le choix des investisseurs car, selon eux, ils sont incompatibles avec de bons rendements.

Dans une lettre (en anglais) envoyée au début de l’année aux chefs de la direction de BlackRock, le président de la firme de gestion d’actifs estime qu’une société « ne peut plus aujourd’hui atteindre la profitabilité à long terme sans tenir compte des besoins d’un large éventail de parties prenantes ». Larry Fink assure dans ce texte que BlackRock s’engage à atténuer les risques liés à ses placements à long terme. Il y annonce, entre autres, que ses représentants pourraient voter contre les conseils d’administration et les hautes directions des sociétés qui ne feraient pas suffisamment d’efforts en matière de divulgation d’information concernant leurs pratiques environnementales.

UN SEUL OBJECTIF : ACCROÎTRE LE RENDEMENT AUX ACTIONNAIRES

De son côté, Warren Buffett semble avoir une tout autre opinion sur la question. Dans un article publié à la fin du mois de décembre par le Financial Times et cité par le MÉDAC, « l’oracle d’Omaha » affirme au contraire que la lutte contre le changement climatique et ce qu’elle implique en termes d’évolution du marché sont de la responsabilité des États, et non des investisseurs. La firme qu’il dirige, Berkshire Hathaway, aurait ainsi placé de l’argent dans des entreprises éoliennes « uniquement parce qu’elle était payée pour le faire, par l’État avec des crédits d’impôt », note le MÉDAC.

Toujours selon le Mouvement, le Financial Times laisserait par ailleurs entendre que certaines grandes compagnies pratiquent couramment le greenwashing, autrement dit qu’elles mentent sur leurs efforts en matière de lutte contre les changements climatiques ou pour l’obtention de meilleures conditions de travail de leurs sous-traitants dans des pays tiers. « Elle ne sont pas toujours sincères dans les déclarations de bonnes intentions environnementales et sociales qu’elles mettent de l’avant dans leurs rapports annuels et publicités, et leur comportement ne correspond pas toujours à leurs prétentions », résume le MÉDAC.

Parmi les tenants du statu quo, certains dirigeants refusent même carrément toute idée de contrainte ou de surveillance de leur entreprise dans ce domaine, que ce soit de la part des États ou de firmes de placement et de gestion d’actifs telles que BlackRock. C’est par exemple le cas de Robert Shillman, président de la société Cognex, cité par le Financial Times. D’après lui, en effet, « les gestionnaires d’actifs ont dépassé les bornes en utilisant leur pouvoir de vote par procuration confié par des investisseurs pour mettre de la pression sur les entreprises afin qu’elles incluent des critères ESG à leurs décisions ». La raison? Le temps et l’énergie consacrés à mettre en place et à évaluer ces critères seraient, à son avis, plus utiles s’ils étaient consacrés à accroître le rendement aux actionnaires.