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Même si 2019 a été un excellent cru, nombre d’investisseurs et d’experts du marché demeurent prudents, voire inquiets en ce début d’année. La faute à l’« agitation ambiante », qui fait souvent perdre de vue les facteurs réellement importants, déplore Martin Pelletier.

Dans une chronique (en anglais) publiée la semaine dernière par le Financial Post, le gestionnaire de portefeuille de TriVest Wealth Counsel, à Toronto, rappelle que durant l’année écoulée, les marchés ont affiché des rendements à deux chiffres malgré la peur d’un effondrement imminent dû aux guerres commerciales entre les États-Unis et la Chine, au Brexit et à la perspective d’une récession mondiale. Or, souligne-t-il, non seulement ces craintes se sont révélées sans objet, mais elles se sont finalement avérées coûteuses pour ceux qui leur ont permis d’influencer leurs décisions en matière d’allocation d’actifs.

Il y a toutefois un facteur que les investisseurs devront surveiller de très près cette année, insiste le chroniqueur : la politique monétaire de la Banque du Canada. « Ce n’est pas une coïncidence si les marchés ont connu une forte correction en 2018, après que les banques centrales ont commencé à retirer des liquidités du système pour ensuite se redresser à la suite du plus grand assouplissement monétaire réalisé depuis la crise financière de 2008 », estime-t-il.

LA BANQUE CENTRALE CONFRONTÉE À UN DILEMME

Concrètement, explique le gestionnaire de portefeuille, la masse importante de capitaux à bas prix aujourd’hui disponible permettra au marché américain, très axé sur les technologies, de continuer à tirer parti de sa croissance. Et elle permettra aussi à l’ingénierie financière de prolonger son essor dans ces secteurs à croissance modeste mais à fort flux de trésorerie, avec davantage de rachats d’actions et une augmentation des dividendes.

Ailleurs sur les marchés des grands pays industrialisés, la Banque centrale européenne a abaissé en septembre dernier son taux de dépôt au niveau record de -0,5 %. Dans le même temps, les observateurs s’attendent à ce que cette politique se poursuive sous la surveillance de la nouvelle directrice de l’organisation, Christine Lagarde. « Dans l’ensemble, les actions européennes sont devenues une valeur sûre qui se négocie actuellement à son plus bas niveau depuis 50 ans par rapport aux États-Unis », ce qui en fait d’excellentes opportunités, constate Martin Pelletier.

Plus près de nous, poursuit-il, la Banque du Canada est confrontée à « un véritable dilemme », car les faibles taux d’intérêt en vigueur d’un océan à l’autre contribuent à faire flamber le marché immobilier, les prix des maisons en Ontario, à Montréal et en Colombie-Britannique grimpant en flèche… en même temps que le niveau d’endettement des ménages, qui atteint des sommets. Bien sûr, la banque centrale pourrait décider d’infléchir sa politique actuelle, mais d’une part ce n’est pas ce qu’elle a annoncé et, d’autre part, l’histoire démontre qu’elle ne s’écarte généralement guère des positions de la Réserve fédérale américaine.

« IL EST IMPÉRATIF DE MISER SUR LE LONG TERME »

Un tel infléchissement serait pourtant une bonne nouvelle pour les banques canadiennes, dans l’ensemble peu performantes. En effet, celles-ci ont affiché l’an dernier leur plus faible croissance depuis 2016 en raison de l’augmentation des pertes sur prêts et des inquiétudes liées à l’éventualité d’une hausse des taux d’intérêt. Selon les données publiées, les profits des institutions financières au pays n’ont progressé que de 5 à 13 % depuis décembre 2018, soit la moitié des gains réalisés durant le même période par l’indice composé S&P/TSX.

Sur le front de l’énergie, enfin, Martin Pelletier juge que les matières premières pourraient bénéficier d’une embellie consécutive à la prochaine résolution des différends commerciaux qui opposent les États-Unis et la Chine, en particulier à l’approche des élections présidentielles américaines. Ce point est important, insiste-t-il, car, par rapport au marché des actions en général, les titres accotés à des matières premières se sont envolés « à des niveaux jamais vus depuis des décennies ».

« En tant qu’investisseur, il est impératif de miser sur le long terme, ce qui signifie qu’il faut séparer ce qui relève du “bruit” ambiant des facteurs qui affecteront réellement les marchés. Si le soutien des banques centrales n’implique nullement une navigation claire, il apporte cependant un peu de réconfort dans un monde dominé par des mauvaises nouvelles et de gros titres négatifs dans les journaux », conclut Martin Pelletier.