Édifice de la Banque du Canada à Ottawa.
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La Banque du Canada estime que les hauts niveaux d’endettement des ménages et les prix élevés des logements représentent des risques clés au système financier canadien.

Dans la plus récente édition de sa Revue du système financier, la banque centrale a indiqué que ces deux facteurs interreliés augmentaient le risque de ralentissement pour la croissance économique, puisque les hausses de taux d’intérêt, qui visent à contrer l’inflation, augmentent la probabilité que les ménages soient forcés de réduire leur consommation pour rembourser leur dette.

« Le contexte de resserrement des conditions financières, de forte inflation à l’échelle mondiale et de tensions géopolitiques accrues a eu pour effet de complexifier les vulnérabilités du système financier et d’accentuer les risques », a affirmé la banque dans son rapport.

L’évaluation de la vulnérabilité persistante liée au niveau élevé d’endettement des ménages s’est complexifiée au cours des deux dernières années, a expliqué la banque centrale. Les finances des ménages se sont généralement améliorées, même si les niveaux d’endettement ont augmenté.

En moyenne, les ménages ont vu leur valeur nette augmenter d’environ 230 000 $ au cours des deux premières années de la pandémie, en grande partie grâce à la hausse des prix des maisons, mais aussi à la hausse du marché boursier et à d’autres gains.

La banque a toutefois noté que de plus en plus de ménages repoussaient les limites de leurs finances pour acheter une propriété résidentielle, et ces ménages en particulier pourraient ne pas être capables de puiser dans leur avoir propre foncier dans l’éventualité d’une correction des prix.

Le chiffre sur la valeur nette ne va également que jusqu’à la fin de 2021 et ne tient pas compte du récent recul des marchés boursiers et immobiliers.

La banque a fait valoir que la forte croissance des prix de l’immobilier pendant la pandémie avait stimulé l’économie à court terme, mais qu’à moyen terme, elle pourrait peser sur la croissance économique.

Dans ses perspectives pour le premier trimestre de 2024, la banque a noté que les tendances faisaient croître à 15 % la probabilité d’une croissance négative, en hausse de cinq points de pourcentage par rapport à ce qu’elle aurait été si les niveaux d’endettement n’avaient pas changé pendant la pandémie.

Ce risque accru de croissance négative survient alors que les banques centrales augmentent les taux d’intérêt pour contrer la plus forte inflation en plusieurs décennies.

Les prix des logements ont augmenté de 24 % en avril par rapport au même mois un an plus tôt, et de 53 % par rapport à avril 2020.

La banque a estimé qu’une partie de ces gains pouvait avoir été motivée par le fait que les gens s’attendent à ce que les prix continuent d’augmenter simplement parce qu’ils l’ont fait dans le passé, ce qui peut entraîner une déconnexion par rapport aux données fondamentales et exposer les prix à un risque de correction.

La banque note que la proportion des investisseurs au sein des acheteurs de maisons est passée de 19 % en 2019 à 22 % au quatrième trimestre de 2021, et que ceux-ci extraient de plus en plus de liquidités de leurs propriétés existantes pour en acheter davantage.

Le marché de la revente de logements a considérablement ralenti en mars et en avril, mais la banque affirme qu’il est trop tôt pour dire si le ralentissement est attribuable aux achats effectués plus hâtivement afin d’obtenir de plus faibles taux d’intérêt, ou s’il s’agit d’un prélude à une baisse plus profonde et durable.

La Banque a indiqué que les autres vulnérabilités du système financier comprenaient les cybermenaces, étant donné l’interconnectivité du système financier et la fragile liquidité des marchés des titres à revenu fixe.

L’invasion russe de l’Ukraine a aussi compliqué la transition vers une économie à faibles émissions de carbone et augmenté les risques de réévaluation rapide des actifs exposés aux risques climatiques, a ajouté la banque.