Enfant l'air découragé, tenant une feuille contenant un graphique économique.
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L’économie mondiale vit en ce moment son cycle haussier le plus long depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Malgré un possible essoufflement l’année prochaine, le Québec et le Canada sont en bonne position pour poursuivre sur leur lancée.

« Une croissance de 2,8 % comme on a connu au Québec en 2017 n’est pas soutenable à long terme, mais on peut s’attendre à une croissance d’environ 2 % en 2019. S’il y a un endroit où les choses vont bien, c’est probablement ici », estime François Dupuis, vice-président et économiste en chef chez Desjardins.

Avec un taux de chômage au plus bas, les ménages québécois affichent un taux de confiance élevé, ce qui favorise la consommation. De leur côté, les entreprises ont repris leurs investissements et peuvent compter sur le soutien gouvernemental.

« Le Québec est la province qui a la situation financière la plus saine du pays. En 10 ans, on a assisté à un revirement inattendu. Les surplus budgétaires nous donnent un bon coussin de sécurité. Il faudrait un choc important pour nous faire mal », a-t-il souligné  lors du Colloque annuel sur la conjoncture économique de l’Association des économistes québécois, vendredi dernier.

L’ÉCONOMIE CANADIENNE PRESQUE À SON PLEIN POTENTIEL

À l’échelle canadienne, la conclusion de l’Accord États-Unis-Canada-Mexique (AEUCM) a rassuré les entreprises. Depuis le début de l’année, les pressions inflationnistes se sont aussi fortement affaiblies. En 2019, l’inflation devrait se maintenir à environ 1,8 %, soit légèrement en dessous du taux cible de 2 % de la Banque du Canada.

Selon les prévisions de François Dupuis, cette dernière va relever deux fois son taux directeur l’an prochain, probablement en avril et en juillet. Le dollar canadien, quant à lui, devrait se maintenir dans une fourchette de 0,75 $ US à 0,77 $ US.

Plus généralement, François Dupuis prévoit une croissance d’environ 1,8 % au pays en 2019, soulignant que les perspectives sont un peu moins optimistes qu’elles l’ont été au cours des deux dernières années. « La croissance canadienne a presque atteint son plein potentiel. Les entreprises ont du mal à répondre à la hausse de la demande, leur capacité de production est très près de 100 %. »

Les difficultés liées à la pénurie de main-d’œuvre se font sentir plus que jamais dans les entreprises canadiennes. Bien qu’il ait mis beaucoup de temps à s’enclencher, le mouvement à la hausse des salaires a une incidence importante sur les charges des entreprises. « Cela dit, le taux de faillite est bas et les revenus demeurent élevés, ce qui compense l’augmentation des coûts d’emprunt », note l’économiste de Desjardins.

Le principal risque auquel doit faire face l’économie canadienne provient cependant du sud de la frontière. Encore aujourd’hui, 75 % des exportations canadiennes prennent la direction des États-Unis. Or, étant donné les politiques commerciales de Donald Trump, les entreprises d’ici doivent rapidement développer d’autres marchés, soutient François Dupuis.

L’économiste observe également une baisse des investissements dans le secteur immobilier, une bonne nouvelle après une période de surchauffe. « Le marché s’est calmé et est revenu à un niveau plus sain. Il faut toutefois être prudent, car la surchauffe qu’ont connu Toronto et Vancouver est en train de se déplacer vers Montréal et Ottawa », prévient-il.

LES ÉTATS-UNIS ET LES RISQUES POLITIQUES

Aux États-Unis, la croissance devrait demeurer vigoureuse malgré des risques de volatilité plus élevés. Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint à la Banque Nationale, évalue à 2,3 % le taux de croissance en 2019. « Pour la première fois en 10 ans, le PIB dépasse le potentiel de l’économie américaine. La décélération de la croissance aux États-Unis est plus faible que celle à l’échelle mondiale », dit-il.

Cela dit, l’aplanissement de la courbe des rendements obligataires n’est pas sans susciter certaines craintes chez les analystes. « La différence n’est plus que de 50 points de base entre les obligations 10 ans et les obligations 3 mois. Théoriquement, il peut s’agir d’un signe précurseur de récession, mais nous n’en sommes pas encore là », croit-il.

Les principaux risques aux États-Unis sont avant tout de nature politique. À ce chapitre, les tensions commerciales avec la Chine n’augurent rien de bon. « Le protectionnisme est un risque important et réel pour l’économie américaine et mondiale, affirme l’économiste. J’espère que Donald Trump voit que le marché est nerveux. »

Du point de vue de la politique intérieure, de nombreuses mesures fiscales accommodantes pour les sociétés vont bientôt prendre fin. Pourrait-on assister à un resserrement budgétaire à Washington, qui continue de s’enfoncer dans les déficits malgré un taux de chômage au plancher?, demande Matthieu Arseneau.

DEUX HAUSSES DE TAUX DE LA FED À PRÉVOIR

Avec une inflation sous contrôle, la Réserve fédérale (Fed) ne devrait pas hausser son taux directeur à plus de deux reprises l’an prochain, prévoit l’économiste, qui ajoute que l’un des principaux risques qui guette l’économie mondiale est un resserrement trop rapide et prononcé de la politique monétaire des banques centrales. Il évalue à 3 % le « taux neutre » de la Fed et de la Banque du Canada.

La vigueur du dollar américain fait également planer une menace, principalement sur les pays émergents, qui ont beaucoup de dettes libellées en devise américaine. « Les marchés émergents représentent aujourd’hui 60 % de l’économie mondiale; il ne faut pas les sous-estimer », explique Matthieu Arseneau. Il rappelle par ailleurs que 44 % des revenus du S&P 500 proviennent de l’extérieur des États-Unis.

Bref, les perspectives demeurent plutôt favorables pour 2019, mais qu’en sera-t-il pour 2020 et 2021? « On ne vivra pas vraiment une récession, mais probablement un fort ralentissement ou une pause dans la croissance, estime François Dupuis. Le cycle actuel est très long et atypique. Ces conditions atypiques peuvent très bien se poursuivre encore un moment. »