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La grande majorité des propriétaires de maison au pays ne devraient pas s’inquiéter outre mesure de l’effet qu’auront sur le marché immobilier les hausses des taux d’intérêt à venir, estime Evan Siddall.

Dans une entrevue accordée mardi au Devoir, le président et chef de la direction de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) affirme en effet « ne pas s’en faire particulièrement » et être « plutôt satisfait de la façon dont évolue le marché immobilier » d’un océan à l’autre.

Le dirigeant juge que le risque potentiel ne provient pas tant des hausses anticipées du loyer de l’argent au cours des prochains mois que d’une éventuelle augmentation du chômage due à un ralentissement de la croissance, voire de l’éclatement d’une nouvelle crise. Il admet néanmoins surveiller de près la situation des premiers acheteurs de maison. En effet, ceux-ci sont plus souvent en difficulté que les autres propriétaires et leur niveau d’endettement dépasse parfois 4,5 fois leurs revenus disponibles. Cela dit, explique-t-il, leur nombre est en baisse depuis que le gouvernement fédéral a resserré les règles hypothécaires ces dernières années.

SURENDETTEMENT DES MÉNAGES

Préoccupé face à la montée rapide de l’endettement des ménages au Canada et à la flambée de l’immobilier, spécialement dans l’ouest du pays, le Fonds monétaire international a de longue date préconisé qu’Ottawa privatise au moins une partie des activités de sa société d’État, note Le Devoir. Le journal souligne que, en fin de compte, cette solution n’a jamais été mise en pratique. En effet, poursuit-il, « le resserrement des règles hypothécaires et un plus grand intérêt des assureurs privés se sont traduits par une diminution de moitié de la place occupée par la SCHL dans le domaine de l’assurance hypothécaire, passant d’environ 30 % à 16 % de l’ensemble du marché hypothécaire canadien, pour une valeur totale d’un peu plus de 460 milliards ».

Malgré la diminution de son poids dans le secteur immobilier national, la SCHL poursuit sa mission, qui est notamment d’« aider les Canadiens à répondre à leurs besoins en matière de logement » et de « contribuer à la stabilité du marché de l’habitation et du système financier » en s’appuyant sur trois principes fondamentaux : « gestion prudente des risques », « solide gouvernance d’entreprise » et « transparence ».

« On peut tracer un lien direct entre la dignité d’avoir accès à un logement et l’éducation des enfants, la santé et la sécurité d’emploi. Cette logique fonctionne aussi dans l’autre sens. L’explosion du prix des logements dans des villes comme Toronto et Vancouver est susceptible d’exacerber le fossé entre riches et pauvres. Et cela va s’aggraver si l’on n’agit pas pour aider à corriger la situation », explique Evan Siddall.

LE POIDS DES ACHETEURS ÉTRANGERS

Si le patron de la SCHL soutient que la majorité des ménages d’un océan à l’autre n’ont pas trop à s’en faire pour l’avenir de leur patrimoine immobilier, il précise néanmoins que le surendettement croissant de plusieurs d’entre eux et le nombre de plus en plus élevé d’acheteurs étrangers (voir l’encadré) devront être surveillés.

Soupçonnés de contribuer largement à l’explosion des prix de l’immobilier dans certains marchés au pays, en particulier dans les régions de Vancouver et de Toronto, ces acheteurs n’ont pourtant eu qu’une faible influence sur ce phénomène jusqu’à présent, souligne Le Devoir, qui ajoute que la situation pourrait toutefois évoluer. « Il y a beaucoup d’argent gardé artificiellement captif dans les pays émergents, notamment en Chine, explique Evan Siddall. Ces investisseurs sont très intéressés par l’immobilier, surtout dans des pays, comme le Canada, dont l’économie est stable, qui appliquent la règle de droit et qui sont ouverts aux étrangers. »

La mairesse de Montréal veut taxer les acquéreurs étrangers

Alors que le marché immobilier montréalais commence à présenter des signes de surchauffe et que le nombre d’acheteurs étrangers ne cesse d’augmenter au centre-ville (12 % des condos vendus dans ce secteur depuis le début de l’année, surtout à des ressortissants chinois), la mairesse Valérie Plante voudrait avoir le droit d’imposer à ces derniers une taxe spéciale, rapporte Radio-Canada.

Selon les données de la SCHL, le nombre d’acheteurs en provenance de l’empire du Milieu aurait ainsi bondi de 64 % depuis l’an dernier. Un phénomène que confirme Vincent Shirley, directeur services-conseils en développement immobilier pour le Groupe Altus. « C’est une tendance très récente. Il y a 18 mois, ce n’était pas une considération, mais depuis, on a eu un changement assez important. Aujourd’hui, on se retrouve non seulement avec une présence d’investisseurs locaux, mais aussi d’investisseurs étrangers. (…) Il y a un grand engouement pour Montréal. Lors d’une récente conférence de courtiers à Toronto, il y avait beaucoup de curiosité pour la ville, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

LES CHINOIS DEVANT LES AMÉRICAINS

« C’est pour lutter contre cette spéculation et freiner la hausse des prix que l’administration de Valérie Plante veut obtenir le pouvoir d’agir, avant qu’il ne soit trop tard » et qu’elle s’apprête pour cela à rencontrer Éric Girard, le nouveau ministre des Finances du Québec, explique Radio-Canada. « On suit l’évolution avec attention. Nous considérons toujours important d’obtenir les pouvoirs d’agir pour protéger le marché immobilier montréalais », confirme pour sa part Marc-André Viau, conseiller principal de la mairesse de Montréal.

Cette année, souligne la chaîne publique d’information, les Chinois ont pour la première fois détrôné les Américains en tant que principaux acheteurs non résidents dans la métropole québécoise. Ainsi, ils y ont à eux seuls effectué près du tiers des achats étrangers, notamment dans le segment des condos au centre-ville, mais également dans celui des maisons unifamiliales à Ville Mont-Royal et à Westmount.

Citée par Radio-Canada, la Fédération des chambres immobilières du Québec soutient toutefois que, comme la croissance des prix demeure selon elle raisonnable, la situation actuelle ne justifie par une taxe spéciale.

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