Placer des pièces de casse-tête.
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Le Canada et les États-Unis poursuivront un cycle de croissance économique qui pourrait s’avérer exceptionnel en 2022, à condition que l’inflation soit maîtrisée et que les restrictions pour lutter contre la pandémie soient relâchées, affirme la Banque TD.

L’année 2021 a été très bonne sur le plan économique en Amérique du Nord. Le cru 2022 pourrait s’avérer encore meilleur, selon Charles E. Martin, premier vice-président et gestionnaire de portefeuille au Groupe Banque TD. « Les consommateurs canadiens ont épargné davantage durant la dernière année. Ils ont le désir de dépenser plus et ils ont les moyens de le faire, ce qui représente un potentiel de croissance économique important pour le Canada », avance-t-il en entrevue avec Conseiller.

La croissance économique a été excellente au Canada. Elle a atteint 5,4 % au 3e trimestre, tandis que le taux de chômage est passé de 8,8 % au début de l’année à 6,0% en novembre dernier. Aux États-Unis, le taux de croissance était de 4,9 % à la même période. Le bas de laine des consommateurs canadiens se porte bien. Au pays, le taux d’épargne s’élevait à 11 % en août 2021 alors qu’il a oscillé entre 2 % et 5 % au cours des 20 dernières années.

« La croissance économique pourrait être encore plus importante en 2022. Tout dépendra de l’inflation et des restrictions liées à la pandémie », estime le gestionnaire de portefeuille. Il retient deux scénarios : une levée graduelle des mesures de restriction sur 24 mois qui assurerait une croissance stable, ou un relâchement plus rapide accompagné d’une croissance accélérée. Dans ce cas, les banques centrales devront surveiller les risques de surchauffe de l’économie, car le risque d’augmentation de l’inflation serait plus élevé.

PAS DE SURCHAUFFE EN VUE SUR LES MARCHÉS BOURSIERS

Faut-il craindre un emballement de la Bourse dans ces conditions ? Charles E. Martin ne le croit pas. « Nous sommes au début d’une période d’expansion économique qui dure depuis plus d’un an. Le dernier cycle de croissance avait duré presque onze ans. Nous avons donc encore plusieurs belles années devant nous. » Cela ne signifie pas pour autant que la bourse montera tous les ans. Il s’attend à voir quelques corrections boursières de 10 à 20 % tous les deux à trois ans, mais ne prévoit pas de marché baissier avant la prochaine récession. »

Sur le plan des valeurs boursières, le ratio cours-bénéfice (C/B) se situait dernièrement aux alentours de 20 fois le bénéfice aux États-Unis, où les taux d’intérêt sont plus bas qu’au Canada. Si les taux d’intérêt restent bas, le ratio demeurera élevé. Au Canada, le ratio C/B est à 16 fois le bénéfice, proche de la moyenne historique, rapporte Charles E. Martin. « Les marchés ne sont pas trop dispendieux. Ils ont monté pour les bonnes raisons. C’est un moment favorable pour investir dans les actions, même si les rendements seront plus bas que ceux observés au cours des derniers mois. »

Comment réagiront les placements face aux taux d’intérêt ? Si l’inflation reste haute, les taux d’intérêt continueront à augmenter et les placements à revenus fixes donneront des rendements négatifs encore pendant un certain temps, assure-t-il. Du côté des placements en actions, l’augmentation des taux d’intérêt entraînera un ajustement sur la valeur des actions qui ont un ratio C/B plus élevé. Dans le cas où l’inflation persiste et que les taux d’intérêt augmentent, les meilleurs placements seront dans les actions de compagnies en croissance.

UN OEIL SUR LES TAUX D’INTÉRÊT 

Le taux d’inflation au Canada a culminé à 4,7 % en octobre 2021, du jamais vu depuis 2003. Il a dépassé les 5 % au Québec. Les banques centrales canadienne et américaine veulent ramener l’inflation à 2 % en 2022. Dans ce contexte, la Banque du Canada a annoncé qu’elle garderait l’inventaire des obligations canadiennes stable, mais que l’inflation pourrait rester élevée durant la première moitié de 2022 avant de se rapprocher de la cible de 2 % au cours du deuxième semestre. Le taux d’intérêt des obligations canadiennes s’établit à 1,29 % sur 5 ans et à 1,42% sur 10 ans. « Cela démontre que les investisseurs croient que l’inflation est temporaire et qu’elle va diminuer », analyse Charles E. Martin.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé de son côté que le gouvernement des États-Unis entendait accélérer la réduction de ses rachats d’obligations. Le pays pourrait commencer à augmenter son taux directeur plus tôt que le Canada, probablement au deuxième trimestre 2022, si ce n’est avant, selon le gestionnaire de portefeuille.

L’inflation, qui demeure élevée, est stimulée par cinq éléments majeurs, rappelle-t-il :

  • les forces monétaires matérialisées par les bas taux d’intérêt,
  • l’élément fiscal lié aux dépenses gouvernementales,
  • la pénurie de main-d’œuvre,
  • le déséquilibre de l’offre provoqué par les défis d’approvisionnement
  • et la forte demande concentrée sur certains produits.

Charles E. Martin croit que les deux derniers facteurs, qui sont liés à la pandémie, seront temporaires. Une fois qu’ils auront disparu, on se retrouvera selon lui dans une situation semblable à celle de février 2020, où l’inflation était maîtrisée. « Ce qui serait le plus à craindre, ce serait un environnement où il y aurait de la déflation et où les prix baisseraient, car le Canada a plus d’expérience pour combattre l’inflation que la déflation. »