Photo : Apple

Bien que la nouvelle Apple Card propose aux consommateurs des fonctionnalités permettant le suivi complet de leurs dépenses sur leur téléphone, un expert estime que cela pourrait avoir un effet négatif sur l’endettement des utilisateurs.

En s’associant à Goldman Sachs et Mastercard, le géant américain Apple a repensé le crédit en permettant aux consommateurs de suivre l’historique de leurs transactions, mais également de connaître la localisation des achats afin d’en assurer la traçabilité.

L’Apple Card n’est pas simplement un beau gadget physique. Elle vient également sous forme d’une carte virtuelle – via une application – et la promesse d’avoir été « conçue pour une vie financière plus saine », selon Jennifer Bailey, vice-présidente d’Apple Pay.

Ainsi, la forme virtuelle dans Apple Pay de l’Apple Card vient avec toutes sortes de métriques visuelles conçues pour aider les utilisateurs à limiter leurs dépenses.

UN VISUEL VISANT LA TRANSPARENCE

La technologie derrière l’Apple Card trie les dépenses en catégories claires, codées par couleurs. Les paiements mensuels ressemblent à des objectifs de remise en forme inversés sur l’Apple Watch afin de donner aux consommateurs l’envie de rembourser rapidement leurs dettes.

Par exemple, les utilisateurs peuvent décider de réduire un paiement mensuel et le transformer en paiement partiel portant intérêt. Au fur et à mesure, un nombre apparaît à l’écran, indiquant le montant des intérêts qu’ils devront payer s’ils procèdent à un tel arrangement.

Ce type d’analyse peut être compris en quelques secondes. Cependant, les banques et autres sociétés de cartes de crédit utilisent des graphiques similaires depuis des années, souligne David Gal, professeur de marketing à l’Université de l’Illinois et expert en économie du comportement interrogé par Fast Company.

Si ceux-ci sont peut-être moins clairs que ceux d’Apple, ils n’ont toutefois pas eu d’incidence visible sur le comportement des consommateurs.

David Gal estime qu’au final, tous ces gadgets n’auront certainement que peu d’incidence sur la façon dont les utilisateurs de l’Apple Card dépensent leur argent.

« Les habitudes des consommateurs sont très enracinées. Je ne pense pas qu’en changeant l’interface ceux-ci seront clairement plus motivés à rembourser leurs dettes », continue-t-il.

DU POSITIF COMME DU NÉGATIF

Toutefois, certaines particularités de l’Apple Card vont sans aucun doute dans le sens des consommateurs. L’absence de frais annuels ou de frais de retard sur les paiements plairont à plusieurs, comme le fait que les taux d’intérêt n’augmentent pas lorsque le consommateur oublie de faire un paiement.

En revanche, d’autres fonctionnalités sont discutables, comme la décision de verser une récompense de 2 % sur tous les achats plutôt que d’obliger les consommateurs à attendre un mois pour une plus grande récompense de remise en argent, comme le proposent de nombreuses cartes de crédit.

L’Apple Card veut ainsi rendre tout de suite l’argent aux consommateurs, ce qui pourrait les pousser à consommer davantage à un moment où ils devraient, au contraire, penser à épargner, estime David Gal.

Il fait toutefois valoir qu’une récompense aussi petite et constante pourrait aussi lasser les consommateurs : « J’ai l’impression que, dans un certain sens, la récompense est si faible que je ne le remarquerai pas », explique-t-il.

Un autre élément négatif, selon David Gal, est la facilité avec laquelle les utilisateurs peuvent diminuer le montant de leurs paiements mensuels dans Apple Pay et ainsi augmenter leurs intérêts. L’expert craint que cela, combiné aux micro-récompenses constantes, transforme l’Apple Card en un service « d’abonnement pour dettes ». Les gens pourraient trouver naturel de devoir toujours des petites sommes d’argent et de payer un peu d’intérêt.

LA CARTE POURRAIT ÉVOLUER

Toutefois, l’expert estime que l’Apple Card pourrait évoluer en fonction de l’utilisation des consommateurs pour les aider à adopter des habitudes de consommation plus saines.

Selon lui, concilier des objectifs de dépenses à court terme et une transparence à long terme, qui les aide à comprendre le processus de remboursement d’une dette, peut réellement améliorer les dépenses des consommateurs.

« Mes recherches, et celles d’autres experts, montrent que les consommateurs ont tendance à être motivés par la perception du progrès. Si Apple proposait une application qui montre des progrès en matière de remboursement de la dette, cela pourrait être utile pour les consommateurs », affirme David Gal.

Une telle fonctionnalité n’existe toujours pas dans l’Apple Card, mais espérons que le géant américain y travaille.